05.01.2012

Carthage

c,carthage,didon,joieJ'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis, j'ai perdu la mer, tous les luxes alors m'ont paru gris, la misère intolérable. Depuis j'attends. J'attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j'admire les paysages, j'applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n'est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m'offense, je m'étonne à peine. Puis j'oublie et souris à qui m'outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j'aime. Que faire si je n'ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore... »

Albert Camus, La mer au plus près, Journal de bord. 1953

26.12.2011

Sfax

SfaxRempart.jpgTout ce que je fabrique, me ressemble. Comment vivons-nous sous les remparts ?

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Je suis construit - je ne peux pas dire constitué, de telle sorte qu'éventuellement je serai en mesure de cesser de m'acharner sur des représentations de moi-même que je crois partagées, que je veux faire partager.

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Reconnaître ou abolir l'autre, c'est l'enjeu de toutes mes communications.

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Entrer dans le sommeil, sortir du sommeil, entrer dans le sommeil, sortir du sommeil ; et heureusement, entrer dans le silence en sortant du sommeil.

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Une orange, un café, tout à l'heure un peu de miel... De l'amertume, de la chaleur, possiblement un peu de douceur. Voilà le monde que je protège tous les jours, entre le désert et la mer. Voilà, ce qui valait la peine d'être fortifié.

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Si je vous enlevais vos dieux et les remplaçais par le goût de la recherche, le plaisir du chant, le désir de durer, l'acceptation de la solitude, l'adhésion volontaire au silence, le silence devant les mystères ; vous me reprocheriez de désenchanter le monde ?

17.12.2011

Terre de légendes

Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda ;

car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. Matthieu, 2,6

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Je veux mettre ce billet en lien avec celui de certains jours intitulé Aventure.

Cela vaut la peine d'écouter et regarder la pièce de Francis Dhomont là-bas puis de revenir, après avoir lu le texte, s'interroger sur l'une ou l'autre des façons humaines d'approcher le « tumulte intérieur de notre esprit et sa profondeur ».

Le conte : récit de choses invraisemblables ou inouïes.

La légende : récit d'un fait plus ou moins historique, amplifié...

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Pourquoi, pourquoi arrivons-nous à établir un consensus très large sur le fait que certains récits ne valent la peine d'être lus qu'à distance tandis que nous collons au sens littéral d'autres ?

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Le tumulte : agitation désordonnée, confusion.

 

 

08.12.2011

Calico skies

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Le livre ouvert contient les Notes sur la mélodie des choses de Rilke. Si je lève le regard, je plonge dans le ciel jaune, ocre et vert de la fin du jour.

Il va neiger la nuit prochaine c'est certain. J'ai l'estomac noué. Les articulations des épaules et des genoux sont pleines de souvenirs. C'est bavard en moi où se tient une assemblée générale sans fin.

Oh. Ô. Ommm... Passent les outardes devant le rideau de scène. Le monde entre par la fenêtre ouverte. Hivers arabes. Élections congolaises. Pingreries occidentales. Défaites des démocraties. Peurs et replis partout.

Puis il y a toi. Ton regard tendre posé sur moi, ma main sur ton épaule.

 

 

 

16.11.2011

Tête d'or (le parc)

Le premier mouvement de l'automne

Avant l'enfer.

I can still only think of God as the One who allows everything, the One who is not caught up in the whole inexhaustible drama.

Rainer Maria Rilke, Letter to Marianne von Goldschmidt-Rothschild
December 5, 1914

01.11.2011

Santiago, Cuba (2)

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 Quand arrive novembre, je pense que ce qui me manque déjà le plus, citoyen du nord - fils de nord-man (des North men), c'est ce qui me manquera jusqu'au printemps...

La chaude lumière que dégagent les corps.

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Jose Aquiles.

photo: www.guije.com / André Bergeron

27.10.2011

Rimouski

rimouski,rTiens... Depuis dix mois qu'il est au fond du sac à dos. Le petit cœur rouge qui s'allume et qui s'éteint sur un clic. De la taille d'une cerise. Parmi les stylos, la monnaie, d'autres petits objets épars qui s'accumulent là comme par enchantement et dont je fais la découverte de temps en temps.

Dans ma main, voici la chose. Je l'observe, la colle contre mon oreille, comme si elle pouvait murmurer un mot de plus que ceux que j'ai entendus quand elle me fut donné, voici c'est pour toi, c'est un coeur et un porte-clef ; car tu ouvres les coeurs... 

C'est une borne. Merci. Ce sont les mots qui montent en ce moment du fond de mon propre cœur.

Car aujourd'hui j'avais grand besoin de comprendre la signification d'une limite qui n'est pas un obstacle. Toute la journée j'ai été celui qui se croyait trop petit pour la vie grande, trop étroit pour la vie vaste, trop sombre, une tache sur la lumière.

J'apprends. C'est long. À devenir. Celui. Qui. Sans cesser de vouloir. N'es-PÈRE rien.

11.10.2011

Anticosti

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Je suis las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage

 

Je partis pour l'île recouverte de neige.

 

L'indomptable n'a pas de mots.

Ses pages blanches s'étalent dans tous les sens !

Je tombe sur les traces des pattes d'un cerf dans la neige.

Pas de mots, mais un langage.

 

 

Tomas Tranströmer, mars 1979

 

photo : Robert Deschênes

01.10.2011

Tripoli

Prophètes. cohortes de voyants

Le feu depuis longtemps était tombé sur terre

Vous chevauchiez dans la douleur les signes des cendres

En cherchant au sein d'elle un chemin de retour.

Cahier, 1975

10.09.2011

Ayer's Cliff

03 Oncle Archibald.m4a

La marché champêtre d'Ayer's Cliff en saison les samedis. Une fois, l'été dernier, Théo, Donia et moi (Sixte) avons chanté un peu à l'écart sous un toit de toile, pendant que les autres faisaient leur marché.

Joyeux et intelligents, deux heures à chanter Brassens.

02 Au bois de mon cœur.m4a

25.08.2011

Et ici (6)

Jamais, jamais, si tu veux vivre et croitre, tu ne pourras dire à la Matière: Je t'ai assez vue, j'ai fait le tour de tes mystères... j'en ai prélevé de quoi nourrir pour toujours ma pensée...
Quand même, entends-tu, comme le Sage des Sages, tu porterais dans ta mémoire l'image de tout ce qui peuple la terre ou nage sous les eaux... cette Science ne serait comme rien pour ton âme, parce que toute connaissance abstraite est de l'être fané... parce que pour comprendre le Monde savoir ne suffit pas : il faut VOIR, TOUCHER, VIVRE dans la Présence... boire l'existence toute chaude au sein même de la Réalité... !
Ne dis donc jamais, comme certains : La matière est usée, la matière est morte !
Jusqu'au dernier moment des Siècles, la matière sera jeune et exubérante, étincelante et nouvelle pour qui voudra...
Ne répète pas non plus : La matière est condamnée, la matière est mauvaise !
Quelqu'un est venu qui a dit : Vous boirez le poison et il ne vous nuira pas ! et encore : La vie sortira de la mort !... et enfin... proférant la parole définitive de ma libération Ceci est mon Corps !
Non, la pureté n'est pas dans la séparation... mais dans une pénétration plus profonde de l'Univers...
Elle est dans l'Amour de l'unique essence... incirconscrite... qui pénètre et travaille toute chose par le dedans... Plus loin que la zone mortelle où s'agitent les personnes et les nombres...
Elle est dans un chaste contact avec ce qui est "le même en tous" !
Oh ! Qu'il est beau l'esprit s'élevant tout paré des richesses de la terre !
Baigne-toi dans la Matière fils d'homme !
Plonge toi en elle, là où elle est la plus violente et la plus profonde !
Lutte dans son courant et bois à son flot !
C'est elle qui a bercé jadis ton inconscience... c'est elle qui te portera jusqu'à Dieu !


Pierre Teilhard de Chardin

14.08.2011

Trois-Pistoles

Le cadeau le plus précieux que m'ait donné mon grand-père, fut ce petit canif léger à fonctions multiples : couteau, tire-bouchon, ouvre-boîte. Je le porte toujours avec moi.

Quelques pommiers sauvages bordaient sa propriété. Joseph m'a enseigné qu'il faut trancher la pomme avant de la manger. L'ouvrir, pour vérifier que ne s'y trouve un ver qui lui ronge le cœur. "C'est pareil pour tous ces gens, avait-il ajouté en me donnant le canif. Leur aspect laisse rarement présager le dégoût dont on fera l'expérience quand on les verra ouverts. Et comme on ne peut pas les ouvrir avec un couteau pour vérifier, il faut chercher ailleurs des indices, ou ne s'approcher de leur cœur qu'avec précaution." 

Victor Laberge-Boileau, Roman-fleuve.

12.08.2011

Coaticook (La rivière aux pins)

Juste un peu plus loin que le milieu dans Le roman inachevé, ces deux pages de vers qui riment et que nous apprenons par cœur dès la première lecture.

...

Il n'aurait fallu / Qu'un moment de plus / Pour que la mort vienne / Mais une main nue / Alors est venue / Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu / Leurs couleurs perdues / Aux jours aux semaines / Sa réalité / À l'immense été / Des choses humaines

Moi qui frémissais / Toujours je ne sais / De quelle colère / Deux bras ont suffi / Pour faire à ma vie / Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement / Ce geste en dormant / Léger qui me frôle / Un souffle posé / Moins Une rosée / Contre mon épaule

Un front qui s'appuie / À moi dans la nuit / Deux grands yeux ouverts / Et tout m'a semblé / Comme un champ de blé / Dans cet univers

Un tendre jardin / Dans l'herbe où soudain / La verveine pousse / Et mon cœur défunt / Renaît au parfum / Qui fait l'ombre douce

...

Tous ces trésors. Que faisons-nous de ces trésors ? Nous qui, pour un peu de temps encore, parlons français et partageons le privilège d'entendre cette musique sans effort.