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29 février 2008
Traces sur la neige
Jérémie le contremaître est resté devant la maison pour attendre la visite d'un entrepreneur. Nous sommes partis sur nos skis, Monsieur derrière nous sur nos pistes. D'abord à travers champ derrière la maison, ensuite nous avons bifurqué vers la pinède jusqu’à l'érablière où il n'y avait plus de vent. La neige légère, abondante parfois jusqu'aux genoux, le soleil éblouissant, le silence mélodieux et l'air un peu fourbu du chœur des épinettes emmitouflées de polars blancs, les belles joues rouges et le sourire de Josse. La sérénité. Et l’oubli. Du monde qui parfois nous enserre. Nous étouffons de colère ou de pitié. Alors il faut apprendre encore une fois à respirer. Au retour, qui me saisit l’oreille à la radio, un extrait d’entrevue avec Boris Cyrulnik. Vous savez c’est celui qui a donné de bien beaux titres à ses livres : Un merveilleux malheur, Le murmure des fantômes, L’ensorcellement du monde… Pour parler de la résilience.
« Notre histoire n’est pas un destin. / Ce qui est écrit ne l’est pas pour longtemps. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain, car les déterminismes humains sont à courte échéance », écrit-il dans Un merveilleux malheur (page 16). De la fenêtre je regarde nos traces sur la neige. Demain le champ apparaîtra à nouveau intact.
07:09 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note



Commentaires
Je viens de mettre en ligne un petit texte qui dit la même chose. Souhaitons que ce soit vrai, que demain plus rien ne paraitra de nous.
Ecrit par : Moukmouk | 01 mars 2008
@ Moukmouk : J'y vais. Avec une légère appréhension, ce « plus rien... ».
Ecrit par : Marc | 02 mars 2008
Pourtant indéniablement les fantômes murmurent, et même si c'est juste un chuchotis quand nous ne serons plus là, nous murmurerons aussi, Moukmouk, non? Je ne crois pas que plus rien ne paraitra de nous.
Il est doux que la neige soit intacte mais nos coeurs ne le sont pas, enfin je ne crois pas.
Il y a tant de traces dans nos coeurs.
Ceci dit, c'est vrai, Marc que parfois nous n'arrivons pas à respirer.
Ici il n'y a pas de neige qui éblouit.
Les arbres sont en fleurs, mais le ciel gris.
Il n'y a pas longtemps c'était le contraire: les arbres gris, le ciel en fleurs !
Ecrit par : sophie LL | 02 mars 2008
Prendre conscience de l'impermanence des choses : C'est l'un des 3 principes du boudhisme,pour trouver "le bonheur".
Je découvre ton blog,Marc, il me touche.
Amitié,si tu permets.
Lydie
Ecrit par : Lydie | 02 mars 2008
@ Lydie : L'amitié, bien sûr. Ton mot me touche. Le nirvana, c'est le bonheur ? Je me sens encore bien loin de cet idéal. Observateur de l'impermanence, de la souffrance et de la cessation de la souffrance, je médite pour ressentir plus et pour aller plus loin en pensée que si je me laissais distraire. Un occidental qui s'enfonce dans l'ego. Pour me connaître jusqu'aux moindres recoins, peut-être pour m'affranchir de moi-même. De toutes façons un jour...
@ Sophie LL : Si les fantômes ne faisaient que murmurer. Parfois ils hurlent. Je crois comprendre ce qui préoccupe Moukmouk. Je partage son point de vue. Mais votre commentaire me rappelle qu'on a laissé en moi des traces, des chuchotements, des cris même qui font que je me réjouis de ne pas être né intact.
Ecrit par : Marc | 02 mars 2008
Par analogie,je vous retransmets ce poême:
"Des pas dans le sable
Une nuit,je fis un rêve:Je marchais sur la plage avec mon Seigneur.Sur le ciel noir,des épisodes de ma vie furent projetés,Comme sur un immense écran.Et sur le sable je voyais à chaque fois deux traces de pas:Les miens et ceux de mon Seigneur.
Après la dernière scène de ma vie,je me retournai.Je fus surpris de voir par endroits les traces d'une seule personne.Je me rendis compte Que je traversais alors les moments les plus difficiles Et les plus tristes de ma vie.
Inquiète,je demandai au Seigneur: "Le jour où j'ai décidé de te suivre Tu m'as dit que tu marcherais toujours avec moi Mais je découvre maintenant Qu'aux pires moments de ma vie Il n'y a les empreintes que d'une seule personne.Pourquoi m'as tu abandonnée Lorsque j'avais le plus besoin de toi?"
Il me répondit:
"Mon enfant chérie,je t'aime
Et je ne t'abandonnerai jamais,jamais,jamais,
Surtout pas lorsque tu passes par l"épreuve
Là où une seule personne a marqué le sable de ses pas,
C'était moi qui te portais."
Margaret Fishback Powers
Ce poême est pour moi d' un grand réconfort.C'est pourquoi j'ai eu envie de le partager.
Ecrit par : Lydie | 05 mars 2008
@ Lydie : Merci de cette invitation au partage. Mon billet d'aujourd'hui (Lettre ouverte...) est une réponse à votre commentaire.
Ecrit par : Marc | 06 mars 2008
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