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29.02.2008

Traces sur la neige

Jérémie le contremaître est resté devant la maison pour attendre la visite d'un entrepreneur. Nous sommes partis sur nos skis, Monsieur derrière nous sur nos pistes. D'abord à travers champ derrière la maison, ensuite nous avons bifurqué vers la pinède jusqu’à l'érablière où il n'y avait plus de vent. La neige légère, abondante parfois jusqu'aux genoux, le soleil éblouissant, le silence mélodieux et l'air un peu fourbu du chœur des épinettes emmitouflées de polars blancs, les belles joues rouges et le sourire de Josse. La sérénité. Et l’oubli. Du monde qui parfois nous enserre. Nous étouffons de colère ou de pitié. Alors il faut apprendre encore une fois à respirer. Au retour, qui me saisit l’oreille à la radio, un extrait d’entrevue avec Boris Cyrulnik. Vous savez c’est celui qui a donné de bien beaux titres à ses livres : Un merveilleux malheur, Le murmure des fantômes, L’ensorcellement du monde… Pour parler de la résilience.

« Notre histoire n’est pas un destin. / Ce qui est écrit ne l’est pas pour longtemps. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain, car les déterminismes humains sont à courte échéance », écrit-il dans Un merveilleux malheur (page 16). De la fenêtre je regarde nos traces sur la neige. Demain le champ apparaîtra à nouveau intact.

28.02.2008

John Wheelwright

Ce n’est pas une préoccupation. C’est un souvenir de lecture, un chuchotement fugace mais récurrent qui sollicite mon attention. Le titre de ce billet, c’est le nom du narrateur d’un roman de John Irving, A Prayer for Owen Meany (Une prière pour Owen). Ce qui me titille c’est un extrait de la conversation entre Owen Meany et son ami John Wheelwright qui refusait de s’inscrire à Yale ou à Harvard. De mémoire cela va ainsi : Owen insiste, TU POURRAIS AU MOINS ESSAYER D’ÊTRE ADMIS DANS UNE MEILLEURE UNIVERSITÉ et John tout simplement et sans esbroufe se rappelle qu’il est un bon étudiant en Histoire et en Anglais, qu’il est un lecteur lent mais pespicace et qu’il ne se considère pas de l’étoffe de Yale ou de Harvard… Où Owen va évidemment être admis . TU POURRAIS FAIRE UNE MAÎTRISE EN LITTÉRATURE ANGLAISE, ajouta alors celui-ci, TU N’AS PAS BESOIN DE TALENT PARTICULIER POUR ÇA, TU N’AS QU’À ÊTRE ATTENTIF À CE QU’UNE PERSONNE VEUT TE FAIRE VOIR…

La lenteur, la perspicacité et l’attention (avec beaucoup de bonne volonté souvent), des hésitations cruelles sur mon propre compte et une disposition naturelle à admirer sans restriction ceux que j’aime. Ça c’est moi.

27.02.2008

L'amarante de Powell

Il s'agit d'une plante généralement indésirable dans un potager ou dans un jardin et qu'on appelle en anglais « green pigweed ». Les fleurs de l'amarante, vertes et petites, sont regroupées très serré au sommet de la tige de sorte que lorsque nous y glissons les doigts toutes les fleurs cèdent et viennent... J'aime la sensation de cueillir, entre le pouce et l'index, des centaines de ces petites fleurs et d'en faire un bouquet bref au fond de ma main. Ai-je jamais su bien nommer cette plante abondante par ici, qui me poussa cent fois, mille fois, à poser ce geste doux en juillet ?

Je me remets aux livres et aux sites en vue de préparer les plans du potager et des premières buttes de framboisiers que nous allons transformer pour la culture sans engrais, sans compost, sans intrants extérieurs d'aucune sorte. Je me laisse distraire à chaque page du Guide d'identification, ce qui me fait l'effet en ce matin de neige et de vent, d'un retour vers l'été. Un petit murmure, dans mes racines à moi.

26.02.2008

Polycultures

Refaire le potager (tout le jardin en réalité) de telle sorte
qu'éventuellement aucun compost, aucun engrais, très peu
d'interventions sinon celles de semer, planter, cueillir, enlever ce
qui prend trop de place et admirer tout yeux, oreilles, la terre
qui produit sur trois, quatre niveaux, cinq ou dix fois plus de petits
fruits et de légumes qu'à présent ? C'est ce que nous propose Réjean Roy
dans un cours intitulé « Permaculture » auquel j'ai assisté hier et
avant-hier au cégep. J'ai encore quelques semaines pour y penser. Mais
ça me travaille drôlement. Pas principalement à cause du rendement.
Mais parce que cela me paraît évident maintenant qu'une terre vivante et fertile,
n'est pas naturellement un lieu de monoculture.

On peut lire ici une métaphore sociale si on veut.

23.02.2008

Une préface aux livres de recettes

À défaut d'une santé formidable, de bons moments de répit ; si vous avez de l'âge, quelques beaux souvenirs, sinon, non, c'est irremplaçable, il en faut absolument (peut-être est-il possible d'en embellir quelques-uns ?) ; du silence, quelques plages ; de l'attention en abondance (voir recette à la page mille) ; avant d'ajouter le reste, vérifiez dans toutes vos armoires, votre frigo, vos réserves, votre congélateur (ah lui !) ; allez aussi au potager si c'est le temps de la récolte ; prenez tout si vous le voulez, ou bien ne choisissez qu'une seule chose ; mélangez, ou ne mélangez pas ; cuisez, ou ne cuisez pas ; laissez fermenter, ou buvez tout de suite ; c'est à vous de décider. Et partagez (tous les jours, ou parfois, à votre guise), c'est indispensable.

21.02.2008

J'm'appell' la lune

Blanche, noire, jaune et puis rouge. De ma vie, je n'avais encore jamais eu la possibilité, les circonstances ne s'y étaient pas prêtées, d'assister au spectable sans en manquer un moment ou un geste. Josse, Monsieur et moi sommes sortis pour la « grande marche » à vingt heures quinze, nous avons grimpé la côte vers chez Patrick et Guylaine, puis nous sommes descendus du côté de chez Michel et c'est alors, au-dessus de la petite colline juste après les ruisseaux, que l'effeuilleuse s'est mise à l'ouvrage. Durant la longue montée ensuite vers chez Jean-Louis et Brigitte, nos pas craquant sur le sentier glacé, le premier quartier est disparu, puis la demie et toute la suite... En moi, celui qui a vécu il y a mille ans au moins, ignorant qu'il s'agissait bien du même ouvrage de la terre, qui d'ordinaire s'accorde vingt-huit jours... Paisiblement, sans anxiété, observant comme un caprice de la nature, il y en a tant, une rupture dans l'habitude du ciel, j'avais le regard, qui ne dure jamais longtemps, d'avant les pourquoi.

20.02.2008

L'intrus

« Le spectateur, la tragédie finie, décide de retourner au théâtre, non de se crever les yeux... Il ressent l'intrusion de l'homme parmi les forces dont il n'était que l'enjeu, - l'intrusion du monde de la conscience dans celui du destin. » A. Malraux, Les Voix du Silence. / J'avais allongé le bras vers la bibliothèque. Pris un livre. Ouvert au hasard... Voici. Possible que cette citation ne trouve aucun écho dans les lignes qui suivent. On verra. / Je lève le regard. De l'autre côté de la fenêtre, les gourmands oscillent sur les plus hautes branches des poiriers. Quelques feuilles repliées sur elles-mêmes, petites notes couleur chair collées aux squelettes gris, protègent encore le secret de cet hiver qu'elles ne devraient pas vivre. Sur la vitre une coccinelle, attentive, explore les millimètres de la surface qui l'empêche de se perdre dans le vaste froid. / En attendant la faille où un jour, fatigué ou distrait, je glisserai pour retourner là d'où je suis venu, j'explore moi aussi la limite contre laquelle je m'acharne. Parfois je me rends compte que c'est une fenêtre...

19.02.2008

Ouvre grand

« Où, dans quels bienheureux jardins constamment arrosés, sur quels arbres, aux calices de quelles fleurs tendrement défleuries, mûrissent-ils, les fruits étranges de la consolation ? Ces délices dont il se peut que tu découvres l’un dans les vergers écrasés de ta pauvreté. De l’une à l’autre fois, tu t’émerveilles de la dimension du fruit, de son intacte perfection, de sa douceur de peau, dont tu ne fus privé ni par l’oiseau léger, ni, dessous, par la jalousie du ver. Y a-t-il donc des arbres sous le vol des anges, et soignés si étrangement par de secrets jardiniers de lenteur, qu’ils portent fruit pour nous, sans nous appartenir ? Avons-nous jamais pu, nous, ombres et fantômes, en notre précipitation à mûrir et flétrir, troubler dans leur sérénité ces étés impassibles ? ». / R.M. Rilke, Les Sonnets à Orphée (#17), traduit par Armel Guerne, Seuil, 1972. / ... Voici simplement une tentative pour me familiariser avec le fonctionnement du site. Je ne veux cependant ni effacer ce poème, ni le commenter. Bienvenue.

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