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18 mars 2008
Annie Dillard
Je veux répondre ici à une question de Sophie LL.
Qui est Annie D ? L'idée que je m'en fais car je ne la connais qu'à travers ses livres. Je pense qu'il y a sans doute quelques sites plus ou moins compétents qui lui sont consacrés . Elle se trouve dans la liste, aléatoire, spontanée, incomplète évidemment, des Métis (des héros) que j'avais énumérés l'autre jour. Je voulais probablement vous communiquer le choc, jamais démenti, que m'a fait la lecture de ses livres. Je me permets de citer (et de traduire) un extrait d'un de ses premiers ouvrages :
« Un jour, alors que je marchais au bord de Tinker Creek ne pensant à rien du tout, tout à coup j'ai vu l'arbre illuminé. J'ai vu le cèdre de la cours arrière sur lequel les colombes se trouvaient chargées et transfigurées, incandescentes. Je me tenais là sur la pelouse lumineuse, une pelouse entièrement en feu ; c'était précis et c'était onirique. Non pas comme si je voyais mais plutôt comme si j'étais vue pour la première fois et j'avais le souffle coupé par le regard qui me traversait... J'avais été une cloche toute ma vie, je ne l'ai constaté qu'à ce moment-là, quand je fus soulevée et sonnée (lifted and struck). » Pilgrim at Tinker Creek
Elle a également écrit An American Childhood, une chronique étonnante sur ses années d'enfance à Pittsburg. Mais les livres pour lesquels je ressens un attachement persistant ce sont ses essais : une intelligence attentive pose les questions qui conduisent inévitablement au mystère (et à la solidarité avec tous les vivants). Ce qui nous amène à penser, avec raison à mon humble avis, que l'expérience de la vie est véritablement une expérience religieuse. Vous en trouverez d'excellentes traductions chez Christian Bourgois. Living by Fiction (1982), Teaching a Stone to Talk (1982), Encounters with Chinese Writers (1984), The Writing Life (1989), The Living (1992), Mornings Like This (1995), For the Time Being (1999)...
17:21 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
Religieuse? Je dirais plutôt sacrée. Je sais qu'il s'agit ici de nuance de sens, mais.... Je ne sais pas si tu connais :" La vallée de l'éternel retour" d'Ursula Leguin. Le livre commence sur la même expérience: une femme de culture amérindienne voit un oiseau se poser sur un arbre et dit :"Eya" elle constate la présence du sacrée.
Ce sacré qui est l'unité de la vie, et fait le lien entre toutes les choses. Le monde n'est pas uni par des causes mais par le sacré.
Ecrit par : Moukmouk | 17 mars 2008
@ Moukmouk : Tu as raison. Sacré. Bien sûr. On dirait que je tente de réhabiliter le mot « religieux ». Car l'attention et l'intense curiosité, le regard sans sourciller que pose Annie Dillard sur le monde, ne m'apparaît pas à proprement parler comme une expérience du surnaturel. Une expérience verticale ou intellectuelle... Je tente de dire que c'est une expérience sensible, englobante, ouverte sur le monde dans sa totalité. Re-liée. Peut-être y a-t-il un sens initial du mot religieux qui se trouve dans cette idée ?
Ecrit par : Marc | 17 mars 2008
Merci beaucoup vraiment!
bien sûr j'attends la suite de pied ferme !
Ecrit par : sophie LL | 17 mars 2008
Religieux et religion, n'ont pas pour étymologie :relier mais religium: régulier, cela s'appliquait à l'origine aux ordres réguliers ( un moine d'un ordre reconnu par le pape) alors qu'il y avait des regroupements non reconnu et des anachorètes ( sans église en quelque sorte).
Ecrit par : Moukmouk | 17 mars 2008
@ Moukmouk : Tu as bien raison encore une fois. Un religieux étant un régulier. Mais de "lier" le sens du mot re-ligion au mot latin «ligare» avec le préfixe, je ne suis pas le premier à le faire tu le sais bien... « La doctrine était peu de chose; c'étaient les pratiques qui étaient l'important ; c'étaient elles qui étaient obligatoires et qui liaient l'homme (ligare, religio) (Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 210) » (Lexilogos sur Religion). /
Je faisais de l'étymologie un peu "créative" disons. Je ne regrette pas ta question toutefois. Car j'ai le sentiment d'avoir manqué la cible en qualifiant ainsi l'expérience que tente de vivre Annie Dillard.
Ecrit par : Marc | 18 mars 2008
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