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14 avril 2008
On dirait que ce monde a été fait pour elles
J'ai de l'admiration, quelle admiration est sans frayeur ?, pour certaines personnes dont le succès est reconnu. Je veux placer ici une photographie de Madeleine Careau, actuelle directrice de l'OSM, dont le parcours professionnel est impeccable. Depuis trente ans j'observe son ascension régulière et conséquente. Présentement, elle y est pour beaucoup dans le dynamisme de l'orchestre et elle fut l'élément clef, j'en suis sûr, dans la venue de Kent Nagano à Montréal.
Ceci est un billet difficile à écrire. Car je voudrais arriver à exprimer, sans aucun ressentiment, sans une adhésion candide non plus, mon sentiment ambivalent face au succès. Comment se fait-il que certaines personnes connaissent aussi bien les usages du monde ? Comment ces personnes arrivent-elles à diriger des entreprises sans terroriser, sans écraser qui que ce soit ? Car je ne parle pas ici de ceux et celles, bien plus nombreux qui visent des sommets, qui les atteignent parfois, au prix d'immenses efforts que d'autres qu'eux doivent fournir. Non, je pense ici aux talents de certaines personnes qui font en sorte qu'elles arrivent à créer, à produire, à réaliser des choses qui reçoivent d'emblée l'approbation de leur entourage, ou du grand nombre. Ces personnes qu'on récompense très souvent ne sont-elles que des émissaires des valeurs du monde actuel : l'argent, la superficialité, le pouvoir dominateur, la globalisation et la simplification de la pensée... Ou vivent-elles (en plus !) une vie intérieure très riche qu'elles n'étalent pas au grand jour ? Que savons-nous réellement de la vie des grandes courtisanes et des princes ?
Je ne ressens pourtant jamais cette gêne, cette ambivalence devant le succès des artistes. J'ai, pour toutes les formes d'art, une disposition qui fait en sorte que le succès d'un véritable artiste me semble aléatoire, superflu. Car la finalité de l'art n'est pas le succès. Mais ces gens fascinants qui, grâce à quoi ?, visent et obtiennent le succès dans le monde m'impressionnent et m'interrogent. Car, oserai-je l'admettre, une part de moi jongle encore avec cette idée irrationnelle, une croyance infantile dont je ne suis jamais arrivé à me débarrasser tout à fait, que « le prince » de ce monde est une âme damnée.
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