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21 avril 2008
Mme Massot
La lecture de chaque page est une expérience nouvelle. Pourtant, on dirait que je me souviens...
« C'était une agréable dame des champs, très laide ; avec tant de bonté dans son œil crevé, tant de bonté dans son œil vivant, tant de bonté dans sa moustache, dans son nez priseur, dans ses joues décollées, dans sa bouche aux lèvres noires qu'elle en était effroyablement laide. C'était une laideur faite de tout ce sacrifice, de tout ce martyre qui est la vraie bonté. Sur la photographie que je vis à la chambre et où elle tenait à pleine main l'index du berger Massot habillé de noce, elle était belle et fraîche et comme gonflée d'une vénusté naïve. Il avait fallu peu à peu briser, brûler, tordre, pétrir ces chairs, se faire crever l'œil, se déhancher, se cuire au four de la bonté comme la brique ou le pot, ne plus penser qu'à ce petit fruit rouge du cœur. »
Jean Giono, Jean le Bleu.
13:21 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
"Se cuire au four de la bonté"...Quelles belles trouvailles vous avez de nous faire découvrir ces lignes de Giono, dont j'aime tellement "Le chant du monde" -mais je ne connais pas Jean le Bleu.
Quant au "petit fruit rouge du coeur", et au "ne plus penser qu'à lui", je suis désarmée, muette, devant cela...
En voilà des clés qui ne sont pas perdues !
Ecrit par : sophie LL | 21 avril 2008
@ Sophie LL : Vous soulignez ce qui vous paraît l'essentiel dans ce paragraphe. Ce faisant, vous me faites entendre clairement la note fondamentale de l'accord : Mme Massot / laideur / bonté. Merci.
Bien sûr je vous recommande la lecture de Jean le Bleu ; et pas trop longtemps plus tard, celle de Que ma joie demeure, un livre pour lequel Giono aurait exprimé des sentiments ambivalents. Car il y est question de générosité. Une vertu pour laquelle la température du four (cuire au four de la générosité...) serait passablement moins élevée que pour la bonté si je l'ai bien compris. Cependant, dans ce livre, il y a des pages dont la musique est inoubliable aussi.
Enfin, pour ce qui est du cadenas et des clefs perdues. Pardonnez-moi. C'est une image de jour gris. Parfois, dans mon ciel, les nuages sont si lourds qu'ils ont l'air d'avoir toujours été là.
Ecrit par : Marc | 22 avril 2008
Et quant à moi, votre commentaire me fait songer aux nuances (peut-être pas si grandes, peut-être pas si ténues non plus!) entre bonté et générosité...
Mais plus encore je pense à ces nuages lourds que vous évoquez.Hop je souffle dessus deux secondes pour qu'ils s'effilochent! (quelle présomption de ma part!)
Ecrit par : sophie LL | 22 avril 2008
Je pense qu'effectivement,les nuages n'ont pu que s'effilocher.Merveilleuse tendresse dans cette phrase,chère Sophie : et quelle foi !
Ecrit par : Lydie | 26 avril 2008
@ Lydie : Votre passage ici laisse un parfum de gentillesse. Agréable. Merci.
Ecrit par : Marc | 27 avril 2008
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