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29.04.2008

Impeccable

Quelques dizaines de décisions par jour durant ce projet de construction depuis un mois. Deux ou trois d'entre elles m'ont tenu éveillé la nuit dernière.

Bouguereau - L'Aurore

Pourtant je sais que l'impeccable provoque l'ennui.

26.04.2008

Haïku pour Ole et Anne

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Avec quelle pauvreté et quel silence, je dévoile ce que je cache.

Car je connais le désert où mes racines trouvent leur nourriture.

Loin de la surface, les trésors.1417748474.gif

 

25.04.2008

Soleils

« NOMBRES. Il y a dix ans, j'ai lu qu'il y avait deux galaxies par être humain en vie. Depuis le lancement du télescope Hubble, nous avons révisé ces chiffres. Il y aurait environ neuf galaxies pour chacun d'entre nous - soit quatre-vingt milliards de galaxies. Chaque galaxie abrite au moins cent milliards de soleils. Dans notre galaxie, la Voie Lactée, il y a quatre cents milliards de soleils - à cinquante pourcent près - soit soixante-neuf soleils par être humain en vie. Selon un des premiers comptes rendus, Hubble montre que les étolies "n'ont pas douze mais treize milliards d'années". Deux galaxies, neuf galaxies... cent milliards de soleils, quatre cents milliards de soleils... douze milliards d'années, treize miliards d'années...

Ces astronomes vont finir par avoir notre peau à force de pinailler ainsi. » 

 Annie Dillard, Au Présent.

24.04.2008

Embâcle

C'est le premier mot que prononce Josse aujourd'hui. Qui décrit très bien l'état d'esprit dans lequel je me trouve. 

Je cherche dans Menaud Maître-Draveur le moment où l'embâcle cède emportant un des bûcherons dans le courant furieux. 

« Soudain l'embâcle se mit à frémir, à gronder, à se hérisser. / La bête monstrueuse se dressa sur l'eau, se tordit, et se mit à dévaler en vitesse, tandis que, derrière elle, s'acharnaient toutes les meutes de l'eau. » 

21.04.2008

Mme Massot

La lecture de chaque page est une expérience nouvelle. Pourtant, on dirait que je me souviens... 

« C'était une agréable dame des champs, très laide ; avec tant de bonté dans son œil crevé, tant de bonté dans son œil vivant, tant de bonté dans sa moustache, dans son nez priseur, dans ses joues décollées, dans sa bouche aux lèvres noires qu'elle en était effroyablement laide. C'était une laideur faite de tout ce sacrifice, de tout ce martyre qui est la vraie bonté. Sur la photographie que je vis à la chambre et où elle tenait à pleine main l'index du berger Massot habillé de noce, elle était belle et fraîche et comme gonflée d'une vénusté naïve. Il avait fallu peu à peu briser, brûler, tordre, pétrir ces chairs, se faire crever l'œil, se déhancher, se cuire au four de la bonté comme la brique ou le pot, ne plus penser qu'à ce petit fruit rouge du cœur. » 

 Jean Giono, Jean le Bleu

20.04.2008

Cadenas, clefs perdues

Un énorme clou fiché dans le mur à l'extérieur de la maison. J'ai songé aux habitants précédents de notre demeure. Pourquoi, depuis quand ce clou, oublié, endormi sur les planches, rouillait-il là de sa belle mort. Quelle décision l'avait porté en cet endroit. Une fête au cours de laquelle il fallait tendre une corde entre la maison et la grange ? Une impatience pour un manteau, une ceinture ou un outil qui traînait ? Une fantaisie tout simplement ?

Qui pourra lire les signes que nous produisons ? La plupart des objets et des traces que fabriquons, utilisons et laissons derrière nous, sont des clous fichés sur les écrans virtuels des esprits qui ne les remarqueront même pas ou les considèreront un bref instant interloqués, indifférents.  

16.04.2008

L'album

Chaque Homme*, stimulé par la lecture du dernier livre de Annie Ernaux, nous offre un court texte sur les images qui traversent son esprit. Il nous invite à faire de même. Voici donc, pêle-mêle, avant de me mettre à l'ouvrage dehors... En ce matin de printemps magnifique.

Dehors : Josse allongée sur un banc près du longhouse au Petit Lac Carré, le petit Philippe près d'elle s'amusant avec des bouts de bois et des cailloux ; en été la montagne derrière le collège à Ayer's Cliff ; le cimetière d'Aylmer sous les érables où Diane et moi avons fumé nos premières cigarettes ; la framboisière, ici, à dix-sept heures en juillet ; l'automne, le sommet du Pinacle ; le sentier ensoleillé vers le Pic Martin ; l'eau transparente de la Méditerranée autour des îles de Lérins ; l'île-aux-chèvres près de Montréal ; des villes où j'ai habité ; d'autres que je n'ai pas vues de « mon vivant » : Venise il y a cent ans, Rome en l'an VIII, Florence au 15e siècle, Paris avant 1939...1153917230.JPG ; le boulevard Saint-Laurent tous les matins autrefois, la terreur qui me possédait constamment en parcourant ce chemin de croix, le temps dilaté jusqu'à l'épuisement ; le sommet du Mont Albert et les Chics-Chocs. 680610412.jpg 

Dedans :  l'âtre immense des foyers du Séminaire de Québec ; des murs de livres ; l'opéra du CNA des soirs d'orchestre ; les murmures dans l'église du Thoronet ; ma chambre sur Clearwater ; la bibliothèque de l'université d'Ottawa le dimanche ; la chambre où s'est doucement éteinte Hélène ; la cuisine, la salle à manger et la chambre à coucher ici.

Avec : Josse, aller, ou marcher n'importe où ; G. L., sur la route de Niagara Falls à Toronto, l'une des nombreuses fois où mon corps a su ce qu'ignorait mon esprit ; J.D. marchant à côté de moi, son babil d'enfant que j'aimais tant ; M.E. à deux ans et demi qui me saute au cou sur le Pont-des-Arts à Paris,  il me sauve la vie ; Martin chez Romolo avant le déménagement ; la chorale, les lundis ; Théo et Donia chanter pour l'amitié d'abord ; le voisin Georges et sa famille, malgré qu'on se parle peu, pour le respect, la bienveillance ; le regard curieux, amusé de certains lecteurs réels-imaginés sur cette page-ci.

*chaquehomme.canalblog.com   

 

15.04.2008

Retenir l'attention

Rien aujourd'hui sur la page de Cyberpresse à propos des manifestations sur le prix des aliments, sur la vie chère, sur la FAIM dans le monde. Déjà ?

14.04.2008

On dirait que ce monde a été fait pour elles

423066102.jpgJ'ai de l'admiration, quelle admiration est sans frayeur ?, pour certaines personnes dont le succès est reconnu. Je veux placer ici une photographie de Madeleine Careau, actuelle directrice de l'OSM, dont le parcours professionnel est impeccable. Depuis trente ans j'observe son ascension régulière et conséquente. Présentement, elle y est pour beaucoup dans le dynamisme de l'orchestre et elle fut l'élément clef, j'en suis sûr, dans la venue de Kent Nagano à Montréal.

Ceci est un billet difficile à écrire. Car je voudrais arriver à exprimer, sans aucun ressentiment, sans une adhésion candide non plus, mon sentiment ambivalent face au succès. Comment se fait-il que certaines personnes connaissent aussi bien les usages du monde ? Comment ces personnes arrivent-elles à diriger des entreprises sans terroriser, sans écraser qui que ce soit ? Car je ne parle pas ici de ceux et celles, bien plus nombreux qui visent des sommets, qui les atteignent parfois, au prix d'immenses efforts que d'autres qu'eux doivent fournir. Non, je pense ici aux talents de certaines personnes qui font en sorte qu'elles arrivent à créer, à produire, à réaliser des choses qui reçoivent d'emblée l'approbation de leur entourage, ou du grand nombre. Ces personnes qu'on récompense très souvent ne sont-elles que des émissaires des valeurs du monde actuel : l'argent, la superficialité, le pouvoir dominateur, la globalisation et la simplification de la pensée... Ou vivent-elles (en plus !) une vie intérieure très riche qu'elles n'étalent pas au grand jour ? Que savons-nous réellement de la vie des grandes courtisanes et des princes ?

Je ne ressens pourtant jamais cette gêne, cette ambivalence devant le succès des artistes. J'ai, pour toutes les formes d'art, une disposition qui fait en sorte que le succès d'un véritable artiste me semble aléatoire, superflu. Car la finalité de l'art n'est pas le succès. Mais ces gens fascinants qui, grâce à quoi ?, visent et obtiennent le succès dans le monde m'impressionnent et m'interrogent. Car, oserai-je l'admettre, une part de moi jongle encore avec cette idée irrationnelle, une croyance infantile dont je ne suis jamais arrivé à me débarrasser tout à fait, que « le prince » de ce monde est une âme damnée.

13.04.2008

Les Charbonniers de l'enfer

1483343775.gifDepuis bientôt une quinzaine d'années, ces bonshommes présentent sur scène et sur disques des chants traditionnels en français. A capella ils chantent - deux d'entre eux font aussi de la podorythmie (ils tapent des pieds) ; bien entendu ils racontent les histoires des amours comblées, des amours frustrées, des amours défendues, de l'amour foudre (j'emprunte cette dernière expression au merveilleux auteur Henri Gougaud), des rumeurs de villages, des curés et des servantes, des curés et des vicaires, des secrets de familles avoués à demi-mots, des fous du village... Dans la langue de nos ancêtres, quand elle était déliée, qu'elle turluttait, tourlidounait, patatitringuait et tadalidounait bellement. Mon grand-père avait, c'est vrai, un répertoire assez étonnant de sentences qui n'appartenaient qu'à lui, celle-ci par exemple : la minou raplaye ticaye [!?], qu'il disait à tout propos, pour faire rire, pour détendre l'atmosphère, pour faire rimer quelque chose dans le silence. Je ne sais trop.

Pour revenir aux Charbonniers, de bons diables évidemment, je les ai vus hier en spectacle dans l'ancienne église protestante transformée en centre culturel dans notre municipalité. Un beau moment. Puis ce commentaire sympathique de Pascale, une amie, en sortant du spectacle : bien des artistes sont des drôles de bêtes, à peine humaines dirait-on quand on les voit sur scène. Ce que j'ai aimé ici c'est que ces Charbonniers de l'enfer m'ont paru humains, normaux, réels ... Kyrie !

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