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17.05.2008
La barre du jour
Comment parler des fleurs ? Elles sont là autour de moi, elles sont belles, odorantes, toutes pareilles, des promesses que la nature finira par tenir... Autrement. Sur les arbres fruitiers, on dirait qu'elles sont lourdes, qu'elles ont toujours été là. Les branches semblent ployer sous leur poids, et pourtant, au moindre coup de vent, au premier orage, elles cèdent. Elles sont les pays éphémères des voyages d'insectes. Elles bégayent en chuchotant, comme en ce moment, à la barre du jour. Que tentent-elles de dire ? Ou ou ou ou ouais ouais ouais où est le ? Ne finissent jamais la phrase...
...
La barre du jour. Le beau mot, le beau moment. Mais c'est aussi le nom d'une revue de poésie influente dont les auteurs ont sévit dans mon pays vers la fin de l'autre siècle. Elle eut une fille, La Nouvelle barre du jour... Diable, que je me suis senti différent et exclu du monde en ce temps-là ! Peut-être était-ce leur réaction au baroquisme de Hugo, je n'y avais pas pensé avant aujourd'hui, merci Moukmouk, ou à la verve débridée des hugoliens et des romantiques ? Je soupçonnais moi qu'ils souffraient d'une incapacité, d'une maladie que j'appelais la rétention orale... On a publié dans ces revues des « poètes » subventionnés qui écrivaient par exemple les mots Possibles / transformations sur une page, toute une page, et c'était suffisant. Ils signaient (en caractères gras), obtenaient des bourses et des postes d'enseignants à l'UQAM (Université du Québec à Montréal) et enterraient avec sérieux la parole qui commençaient à jaillir ici. En fait, La barre du jour et sa fille, expriment, le réflexe est courant, une préférence pour la nuit. Ou le refus, dès la première lueur, de voir se lever le jour. Pas étonnant que les institutions approuvèrent.
06:21 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : poésie, culture, québec, fleurs, fruits



Commentaires
Je suis presque d'accord avec toi. Souvent la recherche se contente d'être de la recherche, se complet dans la forme et oublie de toucher. Est-ce encore de la poésie?
Poème, mot qui vient du grec poyen qui décrit l'action du potier tournant un pot.
Ecrit par : Moukmouk | 17.05.2008
@ Moukmouk : Je suis « presque » d'accord avec moi-même. D'abord je trouve que j'étire la sauce au sujet de Hugo. Ensuite, le rapt de la poésie québécoise durant vingt ans, par des fonctionnaires de la création (oxymore) et des "formalistes", en attendant qu'ils passent le flambeau, virage à droite oblige, à un éditeur/directeur de Festival, fut une expérience pénible à vivre. Point. J'entrais en adolescence. Je fus désenchanté.
Ecrit par : Marc | 18.05.2008
Les formalistes en tous genres: étouffeurs d' aspirations, de paroles, de voix: les pénibles.
(Marc je vous ai envoyé un mail, peut-être adresse inexacte?)
Ecrit par : sophie L.L | 18.05.2008
Et le petit Prince qui passe par là, "on ne voit bien qu'avec le coeur" ...C'est ce que fait le potier, et aussi avec ses mains... La poésie, étymologiquement, " tiendrait" donc de la création. Cette image est plaisante,premièrement, le Père, sublime poête qui créa l'homme avec l'argile, l'oriole, les bleuets... et tout le reste. Beaucoup de poésie dans certains livres de la bible, la Genèse, les psaumes, (le 104 entre autre ) et dans ce blog
aussi, tant et tant, merci.
Ecrit par : Lydie | 18.05.2008
@ Lydie : Encore une fois ton passage ici me suggère un rapprochement inattendu. La poésie, les psaumes. Qui ne voudrait pas avoir écrit, comme David et les autres, des prières qui, traversant les siècles, disent encore adéquatement la crainte, la joie, la colère de l'être humain quand il s'adresse à son Dieu (s'il y croit bien sûr). Je trouve le psaume 104 très beau, j'ai un peu de difficulté avec sa chute. Ces derniers vers me forcent à adopter une position différente disons, et de situer ce psaume dans le contexte qui l'a vu naître.
@ Sophie L.L : Oh, j'ai le sentiment que ce billet vous rappelle une difficile expérience à vous aussi... Certains formalismes sont des manifestations antihumanistes agressives et dangereuses. L'histoire est criblée de ces moments où le sens est évacué au profit de la méthode. / Je n'ai pas reçu votre courriel. Je viens de vérifier pourtant, ici, à droite, iledelatortue@gmail.com, l'adresse est bonne et le lien, en cliquant dessus, apparaît correctement. Svp, si votre message s'est perdu quelque part dans les sphères, adressez-le moi à nouveau. Merci.
Ecrit par : Marc | 19.05.2008
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