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24 mai 2008

Nuits de mai

« La musique se fait entendre là où elle est désirée », dit Whitman, et donc ils sont tous là. Toute la bande. Lamartine, Musset, Nerval, Hugo, Flaubert, Balzac, Maupassant. La bande du 19ème. Ils m'accompagnent. Ils sont là. Ils sont toujours là avec moi. Au Monoprix quand j'attends mon tour à la caisse, quand je m'ennuie, dans le métro entre deux tunnels quand le wagon est bloqué, quand les profs de mes enfants me parlent de leur fâcheuse conduite (pas la conduite de la bande, mais celle de mes garnements bien sûr !). Ils me parlent. Ils me chuchotent des choses consolantes. N'est-ce-pas étrange ? Eux d'un siècle passé, d'un siècle dépassé, d'un siècle même très trépassé, eux, les extra-terrestres, ils me comprennent mieux que n'importe qui. Non que je les aime davantage que n'importe qui. Non, non ! C'est autre chose : ils sont là, ils me comprennent, ils sont vivants en moi.

Le pire : j'ai un chouchou. Le plus pleurnichard. Lamartine ? Ah, vous trouvez ? Peut-être. Mais moi c'est Musset. On peut dire ça : Musset, il est vivant en moi ? Ouvrons ses Nuits. Nuits de mai, d'août, d'octobre, de décembre. Déjà les nuits de mai sentent l'odeur blanche du seringa.

Mais surtout c'est sa voix. Nuit d'août.

« [...] Le coeur a beau mentir, la blessure est au fond.

Hélas ! par tous pays, toujours la même vie :

Convoiter, regretter, prendre et tendre la main ;

Toujours mêmes acteurs et même comédie

Et, quoiqu'ait inventé l'humaine hypocrisie

Rien de vrai là-dessous que le squelette humain [...] »

              

Et vous, qui est vivant en vous ? 

Commentaires

@ Sophie : Bienvenue Sophie. Ici vous participez à Épistolaire courageusement à plus d'un titre. Quelle bonne question ! Comme elle est bien posée ! Et comme votre réponse est étonnante. Non pas que la bande du 19e que vous évoquez ne puissent être des intimes intéressants. Non, c'est que cela me paraît... Inhabituel, disons. Qui lit Musset aujourd'hui et s'en vante ? Qui parle de Flaubert, de Maupassant, sans montrer le billet signé (de l'autorité) ; c'est-à-dire sans l'apport critique, oblique, départementalisé - littératures comparées ; études françaises quand on lit ça à l'étranger... Enfin. Qui en parle encore avec cœur ? Merci de l'avoir fait. Vous avez ouvert des volets sur un espace de lumière. Je vais tenter de répondre à la question plus loin car il y a des écrivains, il y a des musiciens et quelques femmes qui ont eu le courage et la possibilité de laisser une trace et qui forment en moi quelque chose qui ressemble à une famille.

Ecrit par : Marc | 24 mai 2008

@ Sophie : Il y a quelques années, vous m'auriez demandé qui est vivant en moi et je vous aurais répondu, penaud, attristé, « bien trop de monde ! » À l'occasion d'un tournant de ma vie que je n'arrivais pas à prendre avec confiance, j'entendais la légion me tourmenter. J'ai mis bien du temps à rassembler, autour de moi, ceux qui vivent en moi. Ce matin je pense à deux écrivains, familiers pour moi, plus obscurs par rapport à la bande du 19e, qui sont des compagnons de rébellion : Tom Robbins, écrivain américain, « de la littérature populaire m'avait dit mon frère en m'offrant un de ses livres avec une moue de dédain » et Jean Sulivan, prêtre ! vade retro !, et pourtant...

Ecrit par : Marc | 26 mai 2008

"Compagnons de rebellion", c'est pas mal...pas mal du tout...
Je suis sidérée de m'apercevoir qu'aucun écrivain, aucun livre, ne constitue pour moi un compagnon de rebellion....
En cherchant bien pourtant, j'en trouve...
Anaïs Nin dans son journal...
Jim Harrison dans " De...-j'ai oublié un morceau du titre!- à Vera Cruz"...
Marina Tsvetaïeva quand elle demande avec ce courage incroyable, à Rilke: "est-ce que tu m'aimes encore?"...
mais je n'avais jamais pensé sous l'angle de la rebellion et pourtant c'est pan dans le mille...
Et puis allez, zou,découvrir Jean Sulivan....

Ecrit par : sophie L.L | 26 mai 2008

Vivants, ceux que j'aime lire sans, je le sais bien, n'en rien comprendre, Marcel Proust ou Claude Simon, ou Robert Pinget.

Vivants, celui avec lequel je voyage , Balzac.

Merveilleux, Marcel Aymé

Madame de Sévigné et forcément Laclos.

Enfin, le fondement de ma vie, la vie de mes sourires, Guy de Maupssant.

Ecrit par : patrick | 31 mai 2008

@ Patrick : Maupassant ! Le génie. Ainsi qu'une part de moi, réaliste et pessimiste - il serait plus juste d'écrire la folie et le suicide, avec laquelle je suis en duel fréquemment.

Ecrit par : Marc | 31 mai 2008

Vivante en vous, Madame de Sévigné ,Patrick, je suis épatée. C'est rarissime quelqu'un qui l'aime...cette pourtant merveilleuse et drôle et pas pimbêche marquise, divine...épistolière.
Pinget, Claude Simon, Marcel Aymé, du coup j'ai envie de les approcher...
Moi aussi ceux qui sont vivants en moi je ne les comprend pas des fois, mais c'est si souvent que je ne comprends rien.C'est pour ça que plus je vieillis, plus j'essaie de me garder, comme de la peste, de tout jugement sur autrui...Et comme vous dites Marc, parfois souvent on ne se comprend pas soi-même,on ne sait pas de quel bois on est fait, bref on est pas sortis de l'auberge!
Ah et "Boule de suif" : splendide. Je pense souvent à elle.

Ecrit par : sophie LL | 31 mai 2008

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