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31.05.2008
Effet de surprise
Elle est longue et douce cette espèce de ribambelle des odeurs de notre enfance, de notre jeunesse, de la vie, celles qui lorsqu'elles apparaissent brusquement aujourd'hui nous restituent tout, intact. Intact à en pleurer. Voilà pourquoi je suis émue chaque fois que j'entre dans une pizzéria, que la tête me tourne quand une banane se fait écraser (par un thon en goguette) ou que dans un pays inconnu, passant dans la rue, je me dis que là, sous ces fenêtres, cuisent des poivrons.
N'est-il pas curieux que ceux que je cuis, moi, ne me fassent pas cet effet ? Manquerait-il le précieux effet de surprise ?
Et même, si j'y songe, ne manquerait-il pas parfois terriblement dans nos vies, cet effet-là ?
09:10 Publié dans Sophie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Parfums de couleurs

Les parfums où dorment mes souvenirs d'enfance, sont mauves. Je ferme les yeux et j'imagine la couleur de la mélisse, bleue ; du santal, rouge ; du patchouli, noire. Je vois celles du muguet, de la rose, du citron, des oranges. Du tabac, blond ; du cèdre, brun ; du café, gris ; de la gomme de sapin ou d'épinette, vert-de-gris. Le romarin prend un appui sur l'air il est bleu azur ; la sauge est couleur chair, de cuivre doux ; l'érable, plus pâle, je la retrouve dans pli du poignet d'une main qui travaille. Et dans le cou penché de Josse quand je m'y colle le nez, une petite explosion du jaune des premières fleurs de mai, de la limonade, du cuir.
Il y a aussi dans mes souvenirs, l'odeur des livres neufs. Une odeur d'encre. Il y avait autrefois du plomb dans l'encre. On en faisait de l'or.
07:15 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.05.2008
Mal dormir
Le sommeil réparateur ? Pas toujours.
C'est vrai en général, si la journée a été dure, mauvaise ou moins bonne, que je trouve dans le sommeil l'interruption, la compensation, la hauteur ou la profondeur ; ce qui me permet de reprendre avec entrain l'aventure au réveil. Mais certaines nuits je fais des rêves, ils manquent étonnamment de fantaisie en ces circonstances, qui me montrent soit un aspect de moi-même qui me désole, soit un côté de la vie que je n'aime pas voir.
Ensuite je n'arrive pas facilement à partir du bon pied.
06:14 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
27.05.2008
Voyager
« Si je suis, le plus souvent, en train de faire quelque chose que je ne sais pas faire, c'est pour apprendre à le faire. »
Picasso
...
Comment serais-je si je me réveillais quelque part, à l'étranger, chez des humains dont les habitudes, les façons de vivre étaient radicalement différentes des miennes ? Je voyage peu. Pas souvent. Je suis malheureux si je dois me déplacer constamment ; manger à l'extérieur tous les jours. Malheureux si je dois participer à rencontres sans suite, rencontrer des gens pour quelques instants puis les oublier. J'ai besoin de créer des habitudes, de trouver mes repères, partout. Il m'est arrivé en voyage d'être si fatigué, si complètement dépassé, que je ne cherchais plus que le coin tranquille où je pouvais devenir invisible. Besoin impérieux de lire, de ne rien faire, d'écouter, de regarder. Besoin de m'absenter, comme ici. Non pas que je désirais le retour. Mais je suis lent et je n'ai pas une bien grosse valise pour accumuler des expériences et les transporter. Je suis un sédentaire. J'ai fini par l'admettre et cela me désole bien sûr. J'admire les nomades. Je veux dire ceux qui peuvent se retrouver presque sans préavis au Népal, au Vietnam, en Inde, sur une place fourmillante au Caire, à Alger, à Ouagadougou...
Car on ne revient jamais de voyage. On poursuit le voyage dans un contexte plus familier, c'est tout.
07:51 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25.05.2008
Lourdes (tendances)
« Allez boire à la fontaine et vous y laver ; vous mangerez de cette herbe qui est là », aurait dit la dame à Bernadette Soubirous le 25 février 1858 ; un mois plus tard, à sa dix-septième apparition, en patois bigourdan : « Que soy era immaculada councepciou ». Je le rappelle ici, pour donner suite au billet précédent de Sophie, car le 19e siècle loge chez moi à bien des enseignes. Il y a la bande, certes, il y avait aussi l'armée ! Je l'avais presque oublié. Mais un excellent article de Gary Lawrence (Tourisme) dans Le Devoir du samedi /dimanche 24, 25 mai me le rappelle.
07:47 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24.05.2008
Nuits de mai
« La musique se fait entendre là où elle est désirée », dit Whitman, et donc ils sont tous là. Toute la bande. Lamartine, Musset, Nerval, Hugo, Flaubert, Balzac, Maupassant. La bande du 19ème. Ils m'accompagnent. Ils sont là. Ils sont toujours là avec moi. Au Monoprix quand j'attends mon tour à la caisse, quand je m'ennuie, dans le métro entre deux tunnels quand le wagon est bloqué, quand les profs de mes enfants me parlent de leur fâcheuse conduite (pas la conduite de la bande, mais celle de mes garnements bien sûr !). Ils me parlent. Ils me chuchotent des choses consolantes. N'est-ce-pas étrange ? Eux d'un siècle passé, d'un siècle dépassé, d'un siècle même très trépassé, eux, les extra-terrestres, ils me comprennent mieux que n'importe qui. Non que je les aime davantage que n'importe qui. Non, non ! C'est autre chose : ils sont là, ils me comprennent, ils sont vivants en moi.
Le pire : j'ai un chouchou. Le plus pleurnichard. Lamartine ? Ah, vous trouvez ? Peut-être. Mais moi c'est Musset. On peut dire ça : Musset, il est vivant en moi ? Ouvrons ses Nuits. Nuits de mai, d'août, d'octobre, de décembre. Déjà les nuits de mai sentent l'odeur blanche du seringa.
Mais surtout c'est sa voix. Nuit d'août.
« [...] Le coeur a beau mentir, la blessure est au fond.
Hélas ! par tous pays, toujours la même vie :
Convoiter, regretter, prendre et tendre la main ;
Toujours mêmes acteurs et même comédie
Et, quoiqu'ait inventé l'humaine hypocrisie
Rien de vrai là-dessous que le squelette humain [...] »
Et vous, qui est vivant en vous ?
08:26 Publié dans Sophie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23.05.2008
Se souvenir, oublier
« Une fois, dit Noah, quand mes enfants étaient petits et que nous étions tous là où je vis maintenant, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu les enfants jouer près de la rivière. Il y a un petit banc de sable à cet endroit. Les enfants étaient tous très jeunes, très petits, et jouaient à se verser de l'eau et du sable sur le pieds avec des seaux. Je me souviens avoir pensé : c'est comme cela tant que les enfants sont petits. Ce sera un temps appelé "quand les enfants étaient petits". À travers la fenêtre, je n'entendais rien ; je les voyais seulement. C'était le matin. Ils étaient tous les trois blonds et bouclés, et le soleil brillait derrière eux. [...] Je me suis dit à moi-même : "Noah, désormais tu te souviendras de ce spectacle, les enfants si jeunes, tous ensemble jouant près de la rivière en ce matin précis. Tu t'en souviendras." Je m'en souviens comme si cela datait de ce matin. [...] Entre temps, vingt autres années ont passé que j'ai totalement oubliées. »
Annie Dillard, Apprendre à parler à une pierre
07:01 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.05.2008
Invitation au voyage
Ce blog-ci, comme bien d'autres, nous offre deux façons d'intervenir. Soit qu'on rédige un billet, ou bien qu'on réagisse par des commentaires. Je pense que nous pourrions envisager la formule autrement. Car je serais ravi de partager cette aventure - d'offrir à d'autres l'occasion de prendre la route, pour continuer sur le thème du billet précédent. À ceux et celles qui voudraient publier un billet (identifié sous leur propre nom), je suis tout à fait disposé d'ouvrir la porte de ce blog. Comme j'avais dès le départ conçu Épistolaire comme un espace public d'écriture, je crois que cette adresse n'en sera que plus intéressante et notre rencontre plus dynamique. Si cette ouverture vous tente, écrivez-moi à l'adresse courriel affichée ici. Au plaisir.
08:53 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.05.2008
Pour apprendre à communiquer
16:23 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19.05.2008
Poète-guerrier
Psaumes, chapitre 104
| Ps 104:1- | Bénis Yahvé, mon âme. Yahvé, mon Dieu, tu es si grand! Vêtu de faste et d'éclat, |
| Ps 104:2- | drapé de lumière comme d'un manteau, tu déploies les cieux comme une tente, |
| Ps 104:3- | tu bâtis sur les eaux tes chambres hautes; faisant des nuées ton char, tu t'avances sur les ailes du vent; |
| Ps 104:4- | tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flammes. |
| Ps 104:5- | Tu poses la terre sur ses bases, inébranlable pour les siècles des siècles. |
| Ps 104:6- | De l'abîme tu la couvres comme d'un vêtement, sur les montagnes se tenaient les eaux. |
| Ps 104:7- | A ta menace, elles prennent la fuite, à la voix de ton tonnerre, elles s'échappent; |
| Ps 104:8- | elles sautent les montagnes, elles descendent les vallées vers le lieu que tu leur as assigné; |
| Ps 104:9- | tu mets une limite à ne pas franchir, qu'elles ne reviennent couvrir la terre. |
| Ps 104:10- | Dans les ravins tu fais jaillir les sources, elles cheminent au milieu des montagnes; |
| Ps 104:11- | elles abreuvent toutes les bêtes des champs, les onagres y calment leur soif; |
| Ps 104:12- | l'oiseau des cieux séjourne près d'elles, sous la feuillée il élève la voix. |
| Ps 104:13- | De tes chambres hautes, tu abreuves les montagnes; la terre se rassasie du fruit de tes œuvres; |
| Ps 104:14- | tu fais croître l'herbe pour le bétail et les plantes à l'usage des humains, pour qu'ils tirent le pain de la terre |
| Ps 104:15- | et le vin qui réjouit le cœur de l'homme, pour que l'huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l'homme. |
| Ps 104:16- | Les arbres de Yahvé se rassasient, les cèdres du Liban qu'il a plantés; |
| Ps 104:17- | c'est là que nichent les passereaux, sur leur cime la cigogne a son gîte; |
| Ps 104:18- | aux chamois, les hautes montagnes, aux damans, l'abri des rochers. |
| Ps 104:19- | Il fit la lune pour marquer les temps, le soleil connaît son coucher. |
| Ps 104:20- | Tu poses la ténèbre, c'est la nuit, toutes les bêtes des forêts s'y remuent. |
| Ps 104:21- | Les lionceaux rugissent après la proie et réclament à Dieu leur manger. |
| Ps 104:22- | Quand se lève le soleil, ils se retirent et vont à leurs repaires se coucher; |
| Ps 104:23- | l'homme sort pour son ouvrage, faire son travail jusqu'au soir. |
| Ps 104:24- | Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé! toutes avec sagesse tu les fis, la terre est remplie de ta richesse. |
| Ps 104:25- | Voici la grande mer aux vastes bras, et là le remuement sans nombre des animaux petits et grands, |
| Ps 104:26- | là des navires se promènent et Léviathan que tu formas pour t'en rire. |
| Ps 104:27- | Tous ils espèrent de toi que tu donnes en son temps leur manger; |
| Ps 104:28- | tu leur donnes, eux, ils ramassent, tu ouvres la main, ils se rassasient. |
| Ps 104:29- | Tu caches ta face, ils s'épouvantent, tu retires leur souffle, ils expirent, à leur poussière ils retournent. |
| Ps 104:30- | Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre. |
| Ps 104:31- | A jamais soit la gloire de Yahvé, que Yahvé se réjouisse en ses œuvres! |
| Ps 104:32- | Il regarde la terre, elle tremble, il touche les montagnes, elles fument! |
| Ps 104:33- | Je veux chanter à Yahvé tant que je vis, je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure. |
| Ps 104:34- | Puisse mon langage lui plaire, moi, j'ai ma joie en Yahvé! |
| Ps 104:35- | Que les pécheurs disparaissent de la terre, les impies, qu'il n'en soit jamais plus! Bénis Yahvé, mon âme. |
06:37 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



