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23 juin 2008

Qu'est-ce que la mélancolie ?

Ma chaumière

«  Ma chaumière aurait, l'été, la feuillée des bois pour parasol, et l'automne, pour jardin, au bord de la fenêtre, quelque mousse qui enchâsse les perles de la pluie, et quelque giroflée qui fleure l'amande.

Mais l'hiver - quel plaisir, quand le matin aurait secoué ses bouquets de givre sur mes vitres gelées, d'apercevoir bien loin, à la lisière de la forêt, un voyageur qui va toujours s'amoindrissant, lui et sa monture dans la neige et la brume !

Quel plaisir, le soir, de feuilleter sous le manteau de la cheminée flambante et parfumée d'une bourrée de genièvre, les preux et les moines des chroniques, si merveilleusement portraits qu'ils semblent les uns jouter, les autres prier encore !

Et quel plaisir, la nuit, à l'heure douteuse et pâle qui précède le point du jour, d'entendre mon coq s'égosiller dans le gelinier et le coq d'une ferme lui répondre faiblement, sentinelle juchée aux avant-postes du village endormi.

Ah ! si le roi nous lisait dans son Louvre, - ô ma muse inabritée contre les orages de la vie ! - le seigneur suzerain de tant de fiefs qu'il ignore ne nous marchanderait pas une chaumine ! »

Aloysius Bertrand

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Gaspard de la Nuit, Ondines, Maurice Ravel

 

Commentaires

@ Sophie : J'ai un étonnant exemplaire du Gaspard de la Nuit de Aloysius Bertrand. Il a été publié par le Nouvel Office d'Édition (NOÉ), 4, rue Guisarde, Paris en 1965. Une maison d'édition dont je n'ai jamais vu d'autres livres. Le dessin de la page couverture est étrange, trois visages de gnomes (ou quelques diables) reliés entre eux par les lignes courbes. La mélancolie. Vous ne m'en voudrez pas d'avoir ajouté comme illustration la référence à la musique de Ravel qui porte le même titre. C'est par celle-ci que j'ai découvert celui-là. Ce qui m'a rappelé, eh oui !, les dimanches soirs (plutôt tristes) de la fin de mon adolescence.

Ecrit par : Marc | 23 juin 2008

Noe? c'est la maison d'édition fondée en 1963 par Pierre Belfond avec sa femme, Franca. En " poche club" ils ont publié des livres merveilleux: Les chants de Maldoror, Les amours jaunes... Les éditions ont pris le nom Belfond en 66.
Quelle chance d'avoir ce livre! Vous ne pouvez pas d'un coup de baguette magique nous montrer ces trois diables (la couverture)?Et il y a des illustrations à l'intérieur?

Ecrit par : sophie LL | 23 juin 2008

@ Sophie LL : Je n'ai pas, ici, l'équipement qu'il faut pour reproduire la couverture du livre. Je tâcherai de trouver ailleurs. Merci de l'information sur Noé.

Ecrit par : Marc | 24 juin 2008

@ Sophie LL : Puis-je me permettre d'ajouter, à mon tour, un bout de citation à propos de la mélancolie. Je crois que quelqu'un qui lirait ce blog en entier y trouverait une sorte de description de la mélancolie - dans mes propres mots. Mais voici quelque chose qui me ramène invariablement là où je suis « heureux d'être triste ».

C'est une version préliminaire (d'avant le grand ménage) de « La mémoire et la mer »
(...)
Les coquillages figurants
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Je fais les bars américains
Et je mets les squales en laisse
Des chiens aboient dessous ton bien
Ils me laisseront leur adresse

Je suis triste comme un paquet
Sémaphorant à la consigne
Quand donnera-t-on le ticket
A cet employé de la guigne
Pour que je parte dans l'hiver
Mon drap bleu collant à ma peau
Manger du toc sous les feux verts
Que la mer allume sous l'eau

Avec les yeux d'habitants louches
Qui nagent dur dedans l'espoir
Beaux yeux de nuit comme des bouches
Qui regardent des baisers noirs
Avec mon encre Waterman
Je suis un marin d'algue douce
La mort est comme un policeman
Qui passe sa vie à mes trousses

Je lis les nouvelles au sec
Avec un blanc de blanc dans l'arbre
Et le journal pâlit avec
Ses yeux plombé dessous le marbre
J'ai son Jésus dans mon ciré
Son tabernacle sous mon châle
Pourvu qu'on s'en vienne mouiller
Son chalutier sous mon Bengale

Je danse ce soir sur le quai
Une rumba toujours cubaine
Ça n'est plus Messieurs les Anglais
Qui tirent leur coup capitaine
Le crépuscule des atouts
Descend de plus en plus vers l'ouest
Quand le général a la toux
C'est nous qui toussons sur un geste

Le tyran tire et le mort meurt
Le pape fait l'œcuménique
Avec des mitres de malheur
Chaussant des binettes de biques
Je prendrai le train de marée
Avec le rêve de service
A dix-neuf heures GMT
Vers l'horizon qui pain d'épice
(...)
Léo Ferré

Ecrit par : Marc | 24 juin 2008

"C'est extra".

Ecrit par : sophie LL | 24 juin 2008

Marc, à quelle saison préférez-vous être "heureux d'être triste" dans votre chaumière?
Denis

Ecrit par : denis | 25 juin 2008

@ Denis : L'automne, l'hiver, je suis plus souvent à l'intérieur. Cette description de la disposition du poète dans sa chaumière en hiver, me convient tout à fait. / Le choix de l'extrait du Gaspard de la Nuit de Aloysius Bertrand est de Sophie. Est-ce ainsi qu'elle voit la mélancolie ?

Ecrit par : Marc | 25 juin 2008

des fois je suis effaré par mon ignareté, mon manque de culture classique...
Pour la mélancolie j'ai une chanson de Mylène Farmer : Je t'aime mélancolie. Poétique aussi mais plus provocatrice (?)

J'ai comme une envie
De voir ma vie au lit
Comme une idée fixe
Chaque fois que l'on me dit
La plaie c'est ça :
C'est qu'elle pousse trop vite
La mauvaise herbe nuit
C'est là qu'il me vient une idée :
Pouvoir m'apitoyer

C'est bien ma veine
Je souffre en douce
J'attends ma peine
Sa bouche est si douce

J'ai comme une envie
De voir ma vie au lit
Comme une idée fixe
Qui me poursuit la nuit - la nuit - la nuit
Je savoure la nuit
L'idée d'éternité
La mauvaise herbe nuit
Car elle ne meurt jamais

Quand tout est gris
La peine est mon amie
Un long suicide acide
Je t'aime mélancolie
Sentiment qui
Me mène à l'infini
Mélange du pire, de mon désir,
Je t'aime mélancolie

Quand tout est gris
La peine est mon amie
J'ai l'âme humide aussi
Tout mon être chavire
Oh viens je t'en prie
C'est ton amie aussi
C'est l'élixir de mes délires
Je t'aime mélancolie

J'ai comme une envie
De voir ma vie en l'air
Chaque fois que l'on me dit
C'est de la mauvaise herbe
Et moi je dis :
Qu'une sauvage née
Vaut bien d'être estimée
Après tout elle fait souvent la nique
Aux "trop bien" cultivées, et toc!

C'est bien ma veine
Je souffre en douce
J'attends ma peine
Sa bouche est si douce

J'ai comme une idée
De la moralité
Comme une idée triste
Mais qui ne meurt jamais
En somme c'est ça :
Pour plaire aux jaloux
Il faut être ignorée
Mais là, mais là, mais là, pour le coup
C'est Dieu qui m'a planté, alors ???

Ecrit par : PaysageMan | 25 juin 2008

@ Denis: vous parliez de saison. Quelle est celle pour laquelle vous avez un faible? Notre penchant pour telle ou telle saison change-t-il au cours de la vie?(zut, on dirait un sujet du bac! j'ai mal tourné ma question, pardonnez-moi!)

@ Oliv' :" c'est bien ma veine je souffre en douce..."me plait beaucoup...moi qui ne sais pas tellement souffrir en douce...

Ecrit par : sophie LL | 25 juin 2008

@ Marc,
Voici deux jours que j'hésite à vous répondre. Je botte en touche, je vais répondre par des mois: j'aime énormément les mois de mai, juillet, octobre. Je déteste novembre, le mois où papa est mort...

Ecrit par : denis | 26 juin 2008

@ Denis : Merci pour cette réponse. Botter en touche, moi pour qui cette expression n'est pas familière, signifie sans doute que vous y allez d'un bon élan en dirigeant le tir vers le but ?

Depuis quelques semaines nous sommes deux à écrire des billets dans ce blogue. Sophie et moi. Je voulais vous faire remarquer que c'est elle qui vous a posé la question sur les saisons et vos préférences. Ce n'est peut-être pas aussi évident que nous le souhaitions.

Je souhaite que Épistolaire soit un endroit public de correspondance. Il le devient peu à peu. Et je suis vraiment enchanté de la qualité des interventions et des rencontres qui se font ici. Depuis quelques jours en particulier, il y a un climat de douceur et d'attention à l'autre vraiment splendide.

Épistolaire est ouvert à tous ceux qui désirent commenter. Il est possible également que certaines personnes qui souhaitent y publier un billet, une note, une photo, un poème, le fassent en communiquant avec moi à l'adresse courriel mentionnée dans la colonne de droite.

Ecrit par : Marc | 26 juin 2008

@ denis:je suis émue que vous parliez de votre papa.

Ecrit par : sophie LL | 27 juin 2008

@ Marc, petite leçon de football, botter en touche: se débarasser du ballon, en l'envoyant en dehors des limites du terrain. Au figuré ici: ne pas répondre sur les saisons, mais par les mois.
@ Sophie,
L'absence de mon père me fait beaucoup de mal en ce moment.

Ecrit par : denis | 29 juin 2008

@ Denis : Leçon retenue. Merci. Une occasion de moins pour moi de « m'enfarger dans mes lacets. »

Je suis encore très impressionné par votre amour pour votre père. Votre amour et votre peine lui donnent, à lui aussi, une stature impressionnante. Je ne peux que vous exprimer ma reconnaissance ici et espérer, avec vous, que votre chagrin impossible à fuir fasse de nous, avec vous, des êtres humains encore plus tendres.

Ecrit par : Marc | 30 juin 2008

@ Denis : le mal que vous fait l'absence de votre père me fait mal aussi depuis que j'ai lu votre phrase. J'aimerais que le mois de juillet que vous aimez beaucoup, et nos pensées aux uns et aux autres vous accompagnent avec douceur.
Est-ce possible à votre avis cela : que la pensée d'inconnus adoucissent un instant une blessure, desserre un peu le nœud dans la gorge ou le cœur serré?

Ecrit par : sophie LL | 30 juin 2008

Nous reverrons un jour ceux qui nous ont quittés cher Denis. Père et grand- père me manquent aussi, depuis si longtemps partis et encore si présents... Je me dis qu'ils ont le droit au repos , non? Vivre avec les vivants, les frères et les soeurs, n'est ce pas là notre chemin, incontournable, épreuves et joies aussi... ainsi va la vie.

Ecrit par : Lydie | 01 juillet 2008

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