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30 juin 2008

Carte postale (2)

« Le pays me manquait parfois. Mais pas la maison familiale. »

Amin Maalouf, Les échelles du Levant.

 

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26 juin 2008

Carte postale

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« Qui nous a retournés de la sorte, que nous

ayons dans tous nos actes, l'attitude

de quelqu'un qui s'en va ? Et comme sur

la dernière colline qui lui montre encore une fois

sa vallée tout entière, il se retourne et tarde -,

tels nous vivons, à chaque pas prenant congé. »

R.M. Rilke, Huitième Élégie

25 juin 2008

Les bras des hommes

À cette époque les sources d'énergie disponibles ne pouvaient être que les chevaux, ou plus souvent les bœufs, les bras des hommes, le vent et, bien entendu, l'eau des rivières. Les moulins étaient donc des points forts de l'économie locale.

C'est pourquoi le lit de la rivière recevait tous les soins nécessaires : à la faux, sur des barques plates, les hommes coupaient les herbes  poussant au fond... Ils taillaient les arbres des rives, les peupliers, les ormes... Ils évacuaient la vase... Et chaque jour ils visitaient les digues, les chaussées de pierre et les écluses, pour réparer les dégâts provoqués par la force du courant. 

Sans ce travail, les deux roues à aube du moulin n'auraient pas pu tourner.

Les jours d'été étaient brûlants. L'eau de la rivière ruisselait sur les deux roues, la "grande" et la "petite". Une fraîcheur indescriptible saisissait quand on s'approchait d'elles. Le vacarme des roues rendait sourd. Les poulies, les pignons, les couronnes dentées n'arrêtaient jamais leur mouvement.

Aujourd'hui c'est ainsi, tout s'est tu, sauf quelques semaines durant l'année, de temps en temps, les cris joyeux des vacanciers en canoë.

23 juin 2008

Qu'est-ce que la mélancolie ?

Ma chaumière

«  Ma chaumière aurait, l'été, la feuillée des bois pour parasol, et l'automne, pour jardin, au bord de la fenêtre, quelque mousse qui enchâsse les perles de la pluie, et quelque giroflée qui fleure l'amande.

Mais l'hiver - quel plaisir, quand le matin aurait secoué ses bouquets de givre sur mes vitres gelées, d'apercevoir bien loin, à la lisière de la forêt, un voyageur qui va toujours s'amoindrissant, lui et sa monture dans la neige et la brume !

Quel plaisir, le soir, de feuilleter sous le manteau de la cheminée flambante et parfumée d'une bourrée de genièvre, les preux et les moines des chroniques, si merveilleusement portraits qu'ils semblent les uns jouter, les autres prier encore !

Et quel plaisir, la nuit, à l'heure douteuse et pâle qui précède le point du jour, d'entendre mon coq s'égosiller dans le gelinier et le coq d'une ferme lui répondre faiblement, sentinelle juchée aux avant-postes du village endormi.

Ah ! si le roi nous lisait dans son Louvre, - ô ma muse inabritée contre les orages de la vie ! - le seigneur suzerain de tant de fiefs qu'il ignore ne nous marchanderait pas une chaumine ! »

Aloysius Bertrand

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Gaspard de la Nuit, Ondines, Maurice Ravel

 

22 juin 2008

Un merveilleux vaisseau

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Ceux qui n'ont pas eu faim souvent, ou dont les êtres aimés n'ont pas été emportés par la mer, le vent, un tremblement de terre... Ceux d'entre nous qui trouvent que l'humanité voyage sur un merveilleux vaisseau (je suis de ceux-là !), se souviennent-ils une fois de temps en temps que le mode d'emploi n'est pas facile à lire ? De tous temps, les hommes ont eu faim, soif, sont morts faute d'avoir su lire les directives des commandes du vaisseau.

D'ailleurs existent-elles ?

 
Les photos : Les Amériques, Gibraltar, les Himalayas 

The Bidules

J'aime bien les Bidules.

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Ce qui me donne l'occasion de mentionner le merveilleux travail du musicien Francis Colpron, flûtiste, et de l'ensemble de musique baroque Les Boréades : http://www.boreades.com/

Leurs arrangements des musiques des Beatles nous confirment que ces Anglais furent des mélodistes époustouflants.

19 juin 2008

Lutter

Ici, on affronte rarement des cachalots.

Un étrange système météo, stationnaire, s'est endormi au-dessus du nord-est du continent. On n'a pas vu le soleil souvent depuis dix jours. J'abuse sans doute en y voyant un lien. Mais le verger, très humide, accueille un indésirable ces jours-ci. Abondant. Le carpocapse, papillon gris (éventuellement), dont la larve s'installe au cœur du fruit. Cette larve pousse ses déjections à la bordure de la petite pomme en attendant sa transformation. C'est assez repoussant. Et inquiétant.

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Josse et moi allons effectuer un éclaircissage systématique dès ce matin. La « june-drop » comme on le dit familièrement. Il s'agit de sélectionner sur chaque bouquet de petites pommes naissantes (cinq par bouquet), un seul ou deux fruits qui se rendront jusqu'à maturité. Bien entendu les pommes qui servent de logis à ces larves vont disparaître. Ensuite, un des moyens de contrôle biologique, est d'installer des pièges contenant des phéromones qui poussent les insectes à confondre les sexes. Ils ont alors bien du mal à se reproduire. Voilà peut-être pourquoi, dans le dictionnaire, c'est un des rares mots dont le genre est masculin... Ou féminin.

Et puis dans quelques jours, si notre intervention n'a pas été efficace, nous irons consulter Diane du Verger Gros Pierre. Une lutteuse expérimentée... Et une lectrice avisée.

18 juin 2008

L'enchanteresse de Virginie*

Dans Télérama n°3048/11-06/2008.

*Le titre est de Télérama, tout le texte aussi. Et il y a une jolie photo, où elle ressemble un peu à Meryl Streep, une photo sous-titrée De la nature au cœur. annie-dillard.jpgJ'ai juste une question, ou plutôt deux : c'est quoi " le courant transcendantaliste "? Qui peut m'éclairer ? Pourquoi diable n'ai-je pas encore lu Annie Dillard ? Ce n'est pas faute que le maître des lieux en parle ! Je cours demain réparer cette bêtise !

...

« Il est des livres qui passionnent, d'autres qui émeuvent, d'autres encore qui irritent ou consolent... Plus rares en revanche, sont les ouvrages qui enchantent. C'est pour cela que dix-huit ans après sa traduction, on se souvient de celui-ci : Pèlerinage à Tinker Creek. Un livre des merveilles qui, en 1990, a révélé en France l'existence, dans le paysage littéraire contemporain, d'une femme écrivain, héritière directe et moderne d'Emerson, de Whitman, de Thoreau et du courant transcendantaliste : Annie Dillard (née en 1945). Qui, de la même façon qu'un siècle plus tôt Thoreau tient le " journal atmosphérique " du bois de Walden où il vivait en ermite, s'attacha, elle, à explorer et à décrire le petit coin de Virginie où elle avait élu domicile. S'appuyant sur l'observation minutieuse de la nature, la minuscule faune aquatique et des insectes, la flore, les variations du contour des nuages, pour se hisser vers des sommets poétiques et métaphysiques.

Annie Dillard l'enchanteresse est de retour, avec un roman cette fois, L'Amour des Maytree - une histoire d'amour, de désamour, de fidélité, qui est pour l'auteur l'occasion de poser sur le coeur humain et ses fluctuations subtiles le même regard précis et empreint de vraie grâce qu'elle posait naguère sur la nature. Étincelant ! »

traduit de l'anglais par Pierre-Yves Pétillon, Christian Bourgois, 278 p., 25€.

La déception est au coin de la rue !

Dédié à Emma Bovary, si déçue qu'elle s'empoisonna.


Ma fille (13 ans) qui part à New-York quelques jours vendredi. Elle s'avise de regarder la météo sur internet. « Ah, quelques averses éparses, c'est quoi éparses ? Ah la la, dégueulasse. Il va pleuvoir ! »

Déçue avant d'avoir commencé ce voyage qui l'enchantait ! Moi, déçue qu'elle ne connaisse pas le mot épars ! Pour la consoler et parce que je le pense : « Mais c'est pas grave, c'est très romantique New-York sous la pluie. »

Elle, déçue que je ne partage pas son affliction: « On voit bien que c'est pas toi qui pars ! »

...

Moi la semaine dernière, ayant réussi, à mon avis !, un truc professionnel qui m'inquiétait beaucoup, m'avait donné du fil à retordre - et attendant, espérant, de la reconnaissance, des compliments, des félicitations, des éloges, bref de quoi nourrir sans vergogne un ego affamé de ré-assurance... Eh bien, non ! Le silence !

Chacun vaquant à ses occupations. Moi affreusement déçue, puis soudain troublée : et s'ils ne disent rien, parce qu'ils sont déçus ? Oui, en fait, je les ai déçus !

 ...

Une rencontre, légère et grave, simple et périlleuse, improbable et miraculeuse, essayant de cheminer avec raison, respectueuse, confiante, sans faux-semblant - quoique comme le dit Marc-Aurèle : Quelle perversité, quelle fausseté de dire : J'ai décidé de jouer franc-jeu avec toi. (Pensées, XI, 15) Et assez vite, accentuée par les cabossages de la vie, cette crainte légitime, fondatrice, qui tisse ou effiloche les liens : « J'ai peur que tu sois déçu... J'ai peur que vous soyez déçue... »

... 

Les voyages, les enfants, les recettes de cuisine, les parents, l'écriture, les livres, les étoiles qui s'éteignent, le lilas qui rouille, l'amitié, le travail, l'idée de la vie, les révolutions, le temps qui passe, les trahisons, les soirs d'été sur la terrasse à regarder la mer, les bras ouverts, les disparitions, les blogs : machines à déception ?!?

 

 

 

15 juin 2008

L'exil (de celui qui ne va pas loin)

r720no141960m.jpgIl n'y a pas de dessin dans le ciel, pas de carte routière, ni de GPS.

Tu cherches l'enfance, le coin du feu, la maison aimantée

Qui n'a jamais cessé, été éteint, été fermée.

À chaque jour devant cette porte

    qui n'a jamais existé

Tu te trouves... 

 

Mark Rothko, No.14, 1960

07:43 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : poésie

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