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06 juillet 2008
Quand j'étais une fille
Avant j'étais un enfant. Comme un chat est un chat, un chameau, un chameau, un arbre ce qu'il peut être... J'étais un petit être humain. Puis j'ai été une fille. J'admirais certains garçons pour leur habileté, leur adresse, leur force, leur vitesse, leur détermination, leur concentration. J'avais des amis. Mais je crois qu'être une fille me permettait d'éviter de me sentir obligé d'aimer les jeux brusques, la cour d'école, les guerres de clans, les silences enragés, les interdictions de chanter, de pleurer, de paraître, de parler et d'aimer. Pendant quelque mois, vers la fin de mon enfance, j'exultais. Je savais reculer, tourner le dos, revenir, parler longtemps plutôt que d'en venir aux poings tout de suite ; je pouvais succomber à la douceur et me laisser aller aux larmes. Et j'avais le droit de chanter, je l'ai déjà dit, c'était très important.
J'ai de la nostalgie pour cette brève période de complexité et d'enchantement.
06:19 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, enfance, fille, garçon



Commentaires
Je veux ajouter ici, pour ceux, celles qui lisent les commentaires, que je suis devenu un garçon. À cause des attributs bien sûr. Puis on a un peu aidé les choses si je puis m'exprimer ainsi. Voici deux souvenirs de passages étroits. Un lié au fait que je chantais. « ... comme une fille ! », s'est exclamé mon grand-père devant toute la famille rassemblée dans le temps des Fêtes - frères, sœurs, cousins, cousines, oncles, tantes et toute la smala ; alors, qu'à la demande de ma mère, je venais de chanter devant tous en y mettant tout mon cœur. Je chantais bien, ils étaient subjugués. Mais ils se sont tous mis à rire après le petit mot assassin du patriarche. L'autre souvenir est aussi explicite. Je revois encore la figure en colère (jalousie ?) de Ronald Brunet, un camarade qui se tourne vers moi en classe et dit à voix haute : « Hé ! la fille... » Je ne me souviens pas pour quel motif. À la récréation j'ai dû me défendre, puis lui donner une correction, pour qu'il me laisse en paix désormais. Je suis devenu un garçon. Au grand soulagement de ma mère.
Ecrit par : Marc | 06 juillet 2008
très beau thème superbement écrit.
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2008
oui, très joli. Je vais faire étalage de mon peu de variation culturelle, en citant encore Mylène Farmer :
"Puisqu'il faut choisir
A mots doux je peux le dire
Sans contrefaçon
Je suis un garçon"
Oliv'
Ecrit par : PaysageMan | 06 juillet 2008
Pour moi, c'était un peu le contraire. J'étais plutôt "garçon manqué" , mais j'en étais assez fière. Par exemple: j'adorais grimper aux arbres et grand père traitait mon jeune frère de lourdeau car il était moins agile que moi, dans cette activité, vu son àge!
Moi aussi, Marc, j'ai la nostalgie de mon enfance, mais je l'ai déjà dit, je radote...
Ecrit par : Lydie | 09 juillet 2008
@ Lydie : (et à Oliv') Est-ce que je me trompe si je dis que pour un homme d'admettre qu'il a été une fille n'a pas la même charge (ni le même coût) que pour une femme d'avouer qu'elle fut un garçon manqué ? Cet écart, arbitraire bien entendu, révèle certaines valeurs du monde dans lequel nous viv(i)ons.
@ Frasby : Ce billet, disons qu'il n'est pas trop mal écrit, contribue à jeter un peu de lumière sur ce que j'ai longtemps considéré comme une zone d'ombre. J'en tire la conclusion suivante : le travail de transformation de soi n'est pas le résultat de l'aveu ou de l'étalage. Mais celui de la création.
Ecrit par : Marc | 10 juillet 2008
Je m'étais dit moi aussi ce jour-là, que Ronald Brunet était jaloux comme un pou!
(Mais quel est le deuxième souvenir?)
Ecrit par : sophie LL | 10 juillet 2008
@ Sophie LL : Ça c'est le deuxième. Le premier, c'est celui avec mon ignorant patriarche. Un personnage, par ailleurs, assez fabuleux.
Ecrit par : Marc | 11 juillet 2008
Mon meilleur ami d'enfance, qui est aussi mon meilleur ami d'aujourd'hui, est un garçon/homme doux et tendre ce qui fait que j'ai longtemps, longtemps cru que tous les hommes étaient comme lui. Je suis tombée de très haut quand j'ai compris, des décennies plus tard, que la plupart avaient enfoui leur coté doux et tendre pour coller à l'image virile ( et dure) qu'on attendait d'eux. C'est triste, non ? Félicitation à Marc, en espérant que la petite fille en lui est quelque part encore bien vivante.
Colleen
Ecrit par : Colleen | 02 août 2008
@ Colleen : Merci. Je l'espère aussi. Je pense que oui.
Ecrit par : Marc | 02 août 2008
@ Colleen : Et je vous trouve bien chanceuse d'avoir conservé cette amitié depuis l'enfance. Je vous souhaite qu'elle dure encore longtemps. Il me semble également que cette amitié doit donner le goût aux gens qui vous côtoient, d'être plus tendres et plus doux.
Quel don précieux que l'amitié ! Comme il m'a fallu du temps pour l'apprécier...
Ecrit par : Marc | 02 août 2008
C'est un don, mais.. Bon, je recommence, c'est un don, oui. Sans mais. Un don total, comme le don d'amour. Et puis, on est doué ou on ne l'est pas. Perso, l'amitié est ma pierre angulaire, l'amour aussi, et je confond souvent les deux, à tel point qu'il m'est arrivé et qu'il m'arrive encore d'aimer d'amour mes amis les plus lointains, et d'avoir eu de l'amitié, sans plus, dans mon mariage. Compliqué, mais non ! transformer en amitié une passion, c'est mieux qu'un divorce, et c'est moins cher.
Et la petite fille, dans tout ceci ? elle continue d'aller vers ce futur où les sentiments se confondront, où il n'y aura plus de sexe, ni d'âge, ni de fric.. et où nous serons, enfin, enfin, rendus à nous-memes.
PS : mon ami d'enfance est effectivement tres, tres loin de moi, mais par la magie de l'Internet, nous continuons d'alimenter nos souvenirs et notre présent. C'est chouette, le web !!!
Ecrit par : Colleen | 02 août 2008
@ Colleen : Un ami, loin, mais qu'on reconnaît dans l'écriture. C'est vraiment chouette en effet !
Ecrit par : Marc | 02 août 2008
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