« 2008-06 | Page d'accueil
| 2008-08 »
30 juillet 2008
Espèce menacée
Je suis né dans le pays du peuple de l'aurore près du fleuve Saint-Laurent. J'ai passé ma petite enfance sur une rive du Mississippi. Adolescent, mon totem a été reconnu par les cousins Pieds-Noirs qui vivent au pied des Rocheuses du côté des Prairies. Je fus prisonnier des cités pendant bien des années. Je suis de retour, libre, en pays Abénakis ; comme il se doit, les ancêtres ont laissé bien peu de traces ici. Je me suis fabriqué un nid au cœur d'un verger, sur un plateau au sommet d'une framboisière, entre lacs et rivières au pied des Appalaches. J'ai toujours pour objectif de considérer les choses d'un point de vue élevé.
06:12 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, aigle, ours, abénakis, totem
29 juillet 2008
L'Ecclésiaste
J'allais écrire, à la suite du dernier commentaire de Lydie qui cite l'Écclésiaste, quelque chose sur le temps du silence. Mais une belle photo, d'un étonnant ensemble architectural sur le blogue de Frasby* m'a fait penser ce matin à Montaigne. L'une des sentences inscrites par celui-ci sur les poutres du plafond de son atelier : Cognoscendi studium homini dedit Deus ejus torquendi gratia. (Dieu a donné à l'homme le goût de connaître pour le tourmenter), est de l'Écclésiaste.
« Une pensée qui se reprend et se corrige », c'est en ces termes que l'École Biblique de Jérusalem présente les quelques pages du prédicateur. Et s'il faut résumer la pensée de Montaigne en deux mots : le doute.
Perplexe (et amusé par ces rapprochements) que je suis en ce début de journée.
*certainsjours.hautetfort.com
08:32 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, ecclésiaste, montaigne, dieu
27 juillet 2008
Enfermement
Pour sortir de l'enfermement : une fenêtre, une porte, un pont, un sentier ombragé, une longue promenade, une main, une tête familière penchée sur le travail, un tintement doux, une voix, un regard tendre, un pommier, une présence dans l'allée verte où tremblent les feuilles, un livre, un souvenir, des souvenirs, un écran, le réel, la confusion ténue, la lumière, le mur troué, la clôture de pierres rondes, le regard du chien, l'être au loin, la distance irréelle, impossible, les fleurs, les fruits, les rencontres, le regard sévère sur soi des juges durant la nuit, l'esprit, les chants, pas de drapeaux, des routes, un couple, l'attente. Des mots fastes.
07:55 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : epsitolaire, poésie, nuit, jour
24 juillet 2008
Averses, risques d'orages
C'est l'histoire de la récolte 2008 jusqu'à présent. Tous les jours depuis le 13 juillet, entre les orages, nous espérons que les framboises auront le temps de sécher. Hélas, nous cueillons souvent, avec un jour de retard parfois, des framboises encore gorgées d'eau.
...
Quand nous arrivons chez les marchands des alentours avec les petits fruits que nous avons réussi à sauver du déluge, leurs tablettes sont déjà occupées par des produits qui proviennent des USA. Ces momies* qui se vendent à meilleur prix que nos fruits (à prix coupés - avec la complicité de qui ?).
Voici un des effets concrets de la globalisation et des accords de libre-échange. La « saison » des petits fruits n'existe plus. L'anticipation du plaisir et des plaisirs retrouvés - le temps des fraises, des framboises, des bleuets, la récolte des potagers, le temps des pommes, des poires, des prunes, la belle chronique de l'été est effacée. Mais ce que les gens consomment ce ne sont pas des aliments. Ce sont des ersatz.
* C'est ainsi que désignent, les producteurs d'ici, ces objets comestibles qui conservent vaguement le goût du petit fruit auquel ils ressemblent. Ils sont tant pollués de pesticides et enrobés d'agents de conservation qu'ils « sauvent les apparences » pour des durées vraiment très étonnantes. Mais leur goût ! Bof... Du MacDo sucré.
...
Je veux vous encourager, où que vous soyez, à vous intéresser aux produits alimentaires de la région où vous vivez. Sinon votre pain quotidien c'est la pollution, le transport longue distance, le gigantisme, l'exploitation et les bas salaires.
06:11 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, framboises, été
22 juillet 2008
Le livre de la Pauvreté...
Je veux poursuivre sur la prière. C'est-à-dire sur l'interrogation (l'allégresse ou la plainte) que nous dirigeons vers l'invisible. Comme souvent, lorsque je crains que ma disposition lyrique me conduise loin de la simplicité, j'ouvre Poésie de R.M. Rilke. Il y a un signet au début du Livre de la Pauvreté et de la Mort, c'est la photo de ma petite sœur. HMB - 7juin 1961 - 11 mai 2000 / Et cette brève dédicace sous la photo où on la voit souriante et calme : Il y a deux choses que tu ne refusais jamais : l'aventure et les gens. Comme personne tu savais solliciter notre courage et notre générosité. Jusqu'au bout de ta vie tu as choisi la douceur et l'amour. Merci.
Je nous revois tous deux à la veille de sa mort, j'étais assis à côté d'elle sur le lit où elle était étendue. Je lisais à voix haute (pour elle et pour moi surtout)...
[...] Fais moi gardien de tes espaces,
fais-moi veilleur sur ton rocher,
donne-moi d'ouvrir grands les yeux
sur l'isolement de tes mers ;
fais-moi, suivant le cours des fleuves,
quitter les cris de leurs rivages
pour pénétrer profondément le chant des nuits.
Envoie-moi dans tes déserts [...]
07:04 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, rilke, prier
18 juillet 2008
Stand by me
Anniversaire hier du neveu Léo. Quinze ans. Garçon talentueux et gentil, au sens de l'humour formidable, très urbain, qui passe quelques semaines avec nous durant la récolte. Lundi dernier, nous avons travaillé ensemble toute la journée à installer le grand filet au-dessus de la bleuetière. Cet enfant de l'IPOD connaît énormément de chansons qui étaient populaires lorsque moi j'étais adolescent. Nous avons passé ces heures (agréables) côte à côte à fredonner des airs que je croyais moi-même avoir oublié. La petite mélodie qui fait tache depuis quelques jours c'est Stand by me. Nous entonnons depuis, à tout propos - (à tout bout de champ, on peut le dire), les quelques notes de basse de l'intro. Sourires garantis.

Nous aurions aimé visionner avec lui hier soir le beau film, pour lequel la chanson n'a pas été composée, mais qui porte le même titre (Compte sur moi). On ne l'a hélas pas trouvé sur les tablettes du club vidéo près d'ici.
08:26 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, anniversaire, léo
16 juillet 2008
Vous qui entrez ici...

06:28 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, dante, rodin
15 juillet 2008
Les Grandes Espérances
C'est le titre qu'on a donné en français au fabuleux roman de Charles Dickens : Great Expectations. Comme je l'entends cependant, cette expression veut dire autre chose que les grandes espérances. Elle signifie les attentes, les espoirs immenses (comme les espoirs que l'on place en quelqu'un - , ou dans un destin qu'on souhaite voir se réaliser.) Les grandes attentes donc (c'est moins beau j'en conviens). Si les espérances peuvent signifier de telles attentes, je crois comprendre pourquoi les Inuits se méfient des Torngats qui leur suggèrent d'espérer. Dans le monde où ils vivent, il est dangereux d'attendre autre chose du réel que d'être ce qu'il est. Il serait bien étonnant, se disent-ils avec raison, que leurs attentes (leurs espoirs, leurs espérances), façonnent une réalité meilleure que ce qu'elle est. C'est une façon de comprendre et de veiller à l'équilibre du monde, comme le dit Moukmouk dans un commentaire du billet précédent.
Cependant, il y a dans le mot espérance autre chose que la tension d'un désir irréalisé. Je crois comprendre pourquoi ailleurs l'espérance est souvent considérée comme une vertu. C'est peut-être aussi une disposition fort louable, dont l'objet n'a pas à être précisé mais qui pourrait être formulée ainsi : sans trop penser aux détails, espérer, c'est peut-être souhaiter, pour soi, pour les autres, pour ceux qu'on aime, et même ceux qu'on ne connaît pas, que les choses penchent du côté de la vie. Paul Simon, à qui quelqu'un dans l'immense foule a demandé de dire quelques mots à la fin d'un concert à Central Park, a répondu : « Well, let's hope that we live... » (Eh bien ! Espérons que nous allons vivre...) C'est tout ce qu'il a dit. C'est bien. Ça ne me semble pas du tout inspiré par les esprits de la nuit. Ni dangereux pour l'équilibre du Monde.
00:49 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, dickens, moukmouk, inuit, rutebeuf
12 juillet 2008
La fin de la nuit

Parfois, le lever du jour / n'interrompt pas la nuit. / Confusions et espérances / sont des légions qu'exorcise la lumière. / Des vampires qui retournent au tombeau. / Mais ce matin, moi, debout / Mon esprit n'a pas voulu suivre.
... Ah ! Bon. Le voici. Bonjour.
06:09 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, lune, rêves
09 juillet 2008
Les travaux des champs
« Avec quel plaisir je me rappelle avoir pensé, jadis, que pour écrire on a besoin de papier, d'un crayon et de ses genoux. Et quelle horreur fut la mienne en découvrant que, pour écrire, ne serait-ce qu'un sonnet, on a besoin d'un entrepôt. Tu peux facilement te retrouver si dérouté en écrivant un chapitre de trente pages qu'afin de préparer le plan du deuxième jet, tu aies besoin de louer une salle. J'ai souvent "écrit" avec l'aide mécanique d'une table de conférence longue de sept mètres. Tu disposes tes feuilles le long du bord de la table et tu arpentes ton travail. Tu longes les rangées ; tu arraches quelques mauvaises herbes, tu déplaces quelques plants, tu creuses à certains endroits, penché au-dessus des rangées, les mains pleines comme un jardinier. Deux ou trois heures plus tard, tu as fait une marche excessivement lugubre de quinze kilomètres et prends un bain de pieds. »
Annie Dillard, En vivant, en écrivant
08:15 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, dillard, écrire, jardiner


