01.12.2008
Rome
![pieds-mains-statue-rome-italie-337335468-907823[1].jpg](http://epistolaire.hautetfort.com/media/00/02/1167411349.jpg)
Cette photo vient d'ici.
Merci monsieur Donato Altieri. C'est un peu comme si je publiais le commentaire avant d'écrire le billet. Mais je me demande ici laquelle est la chair la plus vivante. Lequel de la main ou du pied aura été caressé du regard et de la main le plus souvent ?
17:01 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : r

Commentaires
La question est étrange... Car de cette main et de ce pied, l'un des deux n'est pas éternel oui mais lequel ?
Caressé le plus ???
ROME - MORE ?
Ecrit par : frasby | 01.12.2008
@ Frasby : More. Peu d'endroits au monde me rendent l'objet, l'art, l'architecture, les choses fabriquées par les humains aussi présents, aussi pressants, aussi vivants. Le sentiment et l'expérience que je tente d'évoquer est difficile à dire. Marcher dans les chefs-d'œuvres, s'appuyer dessus, caresser du bout des doigts le pied, le genou, l'épaule des statues et des sculptures, me pousse à entretenir avec les objets une conversation constante, en italien, en français, ou dans n'importe quelle langue, ce qui à pour effet de rendre les autres romains un peu moins présents, un peu moins réels. J'ai des amis à Rome. Pas discrets. Mais silencieux. Je voudrais pouvoir expliquer simplement qu'à Rome, pour moi qui ne suis qu'un passant, l'art n'est pas de l'art. Les humains, un peu moins des humains qu'ailleurs. Bien sûr que tous ces objets n'auraient aucun sens sans les humains qui les contournent, les caressent, les mettent en joue. Bien sûr que tous ces humains sont imprégnés de la légèreté et de la densité de tous ces citoyens solides, ou plats, magnifiques.
Je pense que j'essaie aussi de dire qu'à Rome j'oublie l'Histoire.
Ecrit par : Marc | 02.12.2008
Je comprends tout, et c'est si vrai sur Rome, mais bien sûr et vous vous en doutiez sûrement, la dernière ligne, un peu provocatrice, non?, je la comprends et en même temps ça me parait si impossible. Je sais que c'est banal, convenu peut-être de sentir les "voix du passé" à Rome, mais comment oubliez-vous l'Histoire (avec une grande hache comme disait Pérec!) à Rome?Ce n'est pas une question inquisitrice hein ou suspicieuse, c'est juste je crois, que cette ligne intrigante, est la plus intéressante du billet et ouvre peut-être un chemin que je n'imagine pas, et que je serais heureuse que vous développiez comme on dit! enfin si vous voulez bien sûr.
Ecrit par : Sophie L.L | 02.12.2008
@ Sophie LL : Je veux développer bien sûr. Ici, vous le savez, je suis le lapin, parfois je le précède. Nous allons, au gré des ouvertures des boîtes aux lettres, nous promener le jour, la nuit. Parfois nous rencontrons ses amis, parfois les miens. À Rome, Monsieur L. est muet. Ailleurs, le plus souvent, il est donneur de leçon, se tient droit appuyé sur sa cane et jure de m'intéresser à la couche du réel qui échappe à ma courte vue. Partout il me rappelle que nous circulons dans un décor. Je crois qu'il veut me faire comprendre que ces changements de décors sont des changements d'épiderme, de costume, de langue, de paradigme, d'accent, de ton, de musique. Mais que partout le cœur, si on a du cœur, est le même. Changeant...
Simple.
À Rome, donc, Monsieur L. est muet. Quoi ? Eh oui ! Comme dans un film muet. "Mute" en anglais. Le petit bouton sur sa console de son dont la lumière rouge est allumée.
Donc l'Histoire avec la grande hache s'arrête au Rubicon. Ne le traverse pas. Les armées et les rois, les empereurs, les papes, les dates, les édits, les victoires et les revers campent sur la plage boueuse et boivent l'eau qui coule, comme des vaches. Je marche ici totalement zen dans le maintenant et joue mon propre rôle dans la pièce intitulée Les enfants de la Louve. Il n'y a pas de fantômes, tout est contemporain. Tout est actuel. Le voyage en T, hanté, est terminé pour l'instant. Il n'y a jamais eu de Michelange ici, la Sixtine est l'œuvre, terminée hier à peine, de jeunes artisans, artisanes, qui me montrent leur mains fines et fortes et me font comprendre d'un seul regard appuyé que les élites n'ont jamais abandonné la Ville, les barbares ne sont jamais entrés dans Rome désorganisée, livrée d'abord à elle-même et que le déclin n'a jamais eu lieu. Je reconnais chacun des personnages nus, couchés, allongés, debout au milieu des fontaines. Ils tiennent boutique, ils vont au marché, ils se lèvent bon matin pour aller travailler. Les sculptures, les statues ne sont pas des représentations, elles se lèvent la nuit pour aller se dégourdir sur les trottoirs ou pour danser autour des fontaines.
Je marche dans Rome. Sous les vestes, les robes, les châles, les foulards, je vois les corps musclés, les peaux de pêche. Je sais que je vais les croiser à nouveau tout à l'heure à la sortie de scène, plus fragiles, vraiment nus et loquaces dans la loge quand la porte sera enfin fermée.
Ecrit par : Marc | 03.12.2008
Marc, désolée, je n'avais pas compris que c'est cela que vous vouliez dire, mais bien sûr. Sur le "tout est contemporain" comment ne pas ressentir cela en effet?parfois je le ressens aussi pour les siècles à venir et nos descendants; cela donne le vertige aussi, mais nous n'y pouvons rien: cela s'impose à nous, dans un sens ou dans l'autre, n'est-ce-pas
Ecrit par : Sophie L.L | 03.12.2008
@ Sophie : Absolument. La nostalgie de l'avenir... Aussi poignante que la nostalgie du passé. C'est peut-être parce que la tentation de la nostalgie est si grande à Rome que je lui résiste de toutes mes forces ?
Ecrit par : Marc | 04.12.2008
Je vous lis bien ... J'adore ROMA , les deux fois où j'y suis allée dans la ferme intention de ne visiter que des monuments , des musées, des tableaux, et de m'instruire les deux fois je ne l'ai pas fait.La deuxième fois, voyage exprès pour m'instruire du passé: je suis tombée par hasard sur un ami lyonnais en plein centre de Roma accompagné d'une bande de gens foufous et fabuleux qui nous ont fait goûter des pâtes, à toutes leurs sauces et on traînait d'appartements en appartements tous plus bruyants les uns que les autres , on était étourdis par le mouvement et on regardait des heures les chats sauvages qui vivent derrière le monument Victor Emmanuel et le soir c'était dolce vita , et le scooter dans la nuit, et les garçons avec la mandoline, et ils voulaient tout le temps qu'on leur parle des écrivains français du XIXem siècle. Et on reprenait les Piaggio cheveux aux vents dans Roma by night , ou les fiat (images d'Epinal) concerts gratuits dans les jardins, photos de Cinecitta vue de loin. J'ai fait des centaines de photos que le labo a perdues au retour. De mon second voyage à Roma il ne reste plus rien en preuve, de mon premier voyage non plus (m'étant fait volé mon apareil de photos en route) Conclusion ces deux voyages ont l'air de rêves, je n'ai aucune trace, aucune preuve pour m'assurer que j'y suis bien allée... et , j'ai vu plus de Piaggio que de Caravage . En plus ces romains et romaine pour nous faire plaisir nous emmenaient dans un café qui s'appellait "L'esprit français" je crois, et tous les soirs on écoutait de l'accordéon Boris Vian, Barbara, Brel, Gréco, Brassens... J'en garde un souvenir extraordinaire, même si l'ambiance avait un côté St Germain période existentialistes.
Alors c'est un peu le contraire, de vous, j'aimerais bien retourner à Rome pour me pencher sur poids des siècles passés, juste pour voir ce que ça fait de ne pas oublier l'Histoire ...
Ecrit par : frasby | 06.12.2008
Marc, Moukmouk, Frasby: n'est-ce pas justement drôle et délicieux (et exactement aussi ce que vous vouliez -sauf erreur?- dire, Marc) qu'à Rome s'empilent dans l'Histoire nos histoires? à Rome, orage quelques minutes avant l'atterrissage de l'avion il y a quelques années, partie avec un homme en pensant à un autre, lauriers-roses des Thermes visités avec l'un glissés dans l'enveloppe adressée à l'autre, vatican et trastavere regardés de travers, etc etc, peut-être bientôt sous l'éventail, -ou souvenirs trop brûlants?, ah Frasby aux mille et une photos: quelles preuves avons-nous de notre enfance, de notre jeunesse, de notre vie?! notre vie semble un rêve, et Rome pour nous tous, plus que nulle part ailleurs qui aurait, dit-on, été... notre "berceau"??? Etait-ce l'hiver, était-ce l'été? Le bleu du ciel fait-il figure de preuve? et les sculptures qui dansent la nuit? et les chats sauvages? Sur quels pas marchèrent nos pas? Y-a-t-on marché? On a marché sur la lune. Vraiment? A Rome? Tous les chemins y mènent?Là-bas esclave d'un mariage, je me figurais sans cesse à Rome les esclaves.
Ecrit par : Sophie L.L | 06.12.2008
@ Sophie LL : Déceler dans Rome l'apport des esclaves... Parce qu'on est soi-même (en cette période) une esclave. Votre exemple est excellent. C'est exactement ce mouvement que je cherche à saisir et à dire. Car s'intéresser à un événement, à une époque, à des auteurs, à un angle particulier des choses n'est pas un penchant innocent on le sait bien. Voyager, comme nous le faisons, avec des auteurs, des livres, en suivant les signes de pistes bombés sur les murs, en interrogeant les noms de rues ou les signes des difficultés actuelles que vit l'habitat humain, c'est toujours (mon, notre) petit je "pas" plat qui cherche à percevoir et à donner aux choses, aux êtres, une dimension... Ici je cherche le mot en vain : disons vraisemblable. Merci pour votre très beau commentaire.
@ Frasby : J'aime votre récit. En effet, voyager à Rome ou ailleurs, c'est souvent préparer la part de soi qui, normalement, doit apprendre, accueillir, interpréter ce qui sera donné. Et le voyage réel lui, pardonnez-moi d'insister, nous surprend et nous révèle notre propre cœur. Désolé pour vos photos. Mais en réalité, peut-être ne sont-elles pas plus perdues que la page d'un livre qu'on vient de fermer sans y avoir glissé un signet.
Ecrit par : Marc | 07.12.2008
Vous avez complètement raison: c'est notre petit "je" -pas, très, ou plus ou moins!- plat qui cherche à donner aux choses, aux êtres...+ qu'une dimension vraisemblable, moi je dirais simplement un sens, nous cherchons un sens, + ou moins aussi pathétiquement (cela lorsque nous ne sommes indulgents ni envers soi ni envers les autres). Mais nous ne faisons pas que chercher, je crois qu'aussi quelque chose nous guide. Et je en suis pas d'accord avec vous sur ce que vous glissez ailleurs sur le "ressentiment". Je crois que la singularité de chacun se situe là, sur ce qui le guide.Tout le monde cherche un sens.
Mais tout le monde n'est pas mû par la même faible lumière qui nous éclaire. Ressentiment peut-être, mais vraiment je ne crois pas pour moi. Cynisme pour certains, oui, quoiqu'ils fassent, quoiqu'ils disent, quoiqu'ils s'en défendent, c'est plus fort qu'eux. Jalousie aussi ou envie.Ou espoir. Ou déception. Il y a - à mon avis tout subjectif - quelque chose qui guide chacun de façon singulière, personnelle, qui lui est propre, un certain dosage de quelque chose qui réapparait toujours -et qui se lit assez clairement sur chaque blog, aussi varié, divers etc qu'il puisse se présenter. Et puisque je me permets de dire ces choses qui touchent tant à l'intime de chacun et qui en même temps ne sont tellement pas des secrets! se voient tellement comme le nez au milieu de la figure! eh bien pour moi je le sais ce qui est plus fort que moi, "indécrottable" en moi c'est la déception, la déception au sens large, qui revient toujours en vague, colorier tout sous forme de déception (et je n'en suis ni fière ni honteuse, c'est ainsi) (or la déception a cela de particulier qu'elle s'exerce en boucle et ne crée rien d'autre que la déception comme une boule qui se fait et se défait et se refait toujours, parfois réduite à une balle ou une bille, parfois comme un énorme ballon de foot qui empêche de respirer et de vivre, mais elle ne crée pas le ressentiment.
Ecrit par : Sophie L.L | 08.12.2008
@ Sophie LL : La déception... Le désappointement. Je comprends. Je suis pour moi-même l'élément le plus constant de déception. Car il me semble que je n'arrive pas à me hausser à la « hauteur » de la vie. Le ressentiment, selon moi, est une façon de faire porter le blâme aux autres pour ceci. Une position très fréquente il me semble.
Ecrit par : Marc | 08.12.2008
Voilà encore une singularité. Etre soi-même un élément constant de sa déception. Ou penser que c'est les autres qui sont cet élément constant. Ou pour ma part -ce qui est assez irréversible et embêtant, penser qu'on est arrivée au monde terriblement déçue, c'est à dire trouvant le monde très très très décevant! Et bien sûr que c'est lié à l'histoire de chacun, à la grande Histoire aussi où nous sommes nés, à ce que disait notre "entourage" etc.
Pour ce qui est de faire porter le blâme aux autres, je suis persuadée que nous le faisons tous, que c'est même un des moteurs des êtres humains.Déjà quand on le sait on le fait moins.
Enfin bien sûr il y a le corrolaire: se poser en victime. Moi c'est ma grande spécialité. On peut aussi conjuguer les deux.Blâmer et jouer les victimes. Fromage et dessert. Eh bien moi je fais les deux, ça ya pas à tortiller et il me faudrait trois vies pour redresser la barre. Mais il n'y a pas que les voyages réels qui permettent de révéler nos coeurs, il y a les conversations de bon aloi aussi, comme ici! -donc en tous cas ici n'est pas décevant, CQFD!
Ecrit par : Sophie L.L | 08.12.2008
@ Sophie LL : « Ici, pas décevant »... Bien sûr il l'est. Il le sera évidemment.
Mais votre point de vue exige du courage. Ça ! CQFD.
Bonne journée. Je n'ose vous la souhaiter sans déception. Cela voudrait dire que vous n'auriez rien espéré n'est-ce pas ?
Ecrit par : Marc | 08.12.2008
Bien sûr. Vous avez (presque !) tout compris. Bonne journée à vous aussi. (Ici elle est bien commencée et déjà tissée de menues déceptions sur la trame de la grande!!!)
Ecrit par : Sophie L.L | 08.12.2008
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