15.12.2008
Rome (5)
Traverser les collines d'Amor à pieds, en marchant ou en courant, c'est arriver mille fois à l'ouverture du rideau de scène. Les occasions de m'échapper du réel sont si nombreuses ici qu'elles me poussent au contraire à résister, à rester là où je suis, à ne pas me dérober à mon propre cœur. Car il suffit de franchir par une fente dans un tissus très léger pour enjamber le temps et sortir vers l'autrefois d'un seul pas de géant. Je ressens un malaise face à mon peu d'intéret manifesté pour les évidences de Rome.
L'expérience de Rome met en lumière pour moi des questions liées à l'instruction. J'ai grandi dans une société où la connaissance devait faire de nous des êtres humains meilleurs. Sinon, nous n'en étions pas vraiment dignes. L'instruction au Québec, à l'époque de mes grands-pères, était un mandat que le politique confiait au(x) religieux. C'est-à-dire qu'elle n'était pas laïque, évidemment ; ni gratuite, c'est encore plus évident ; pas tout à fait rationnelle bien entendu. La majorité des enfants québécois du début du 20e siècle pouvaient aller en classe jusqu'à ce que leur famille leur trouve plus d'utilité au travail ou aux travaux des champs. Certains y allaient juste assez longtemps pour savoir lire, écrire. Les filles le plus souvent ; la plupart des garçons, non.
Mes parents et mes concitoyens contemporains ont rattrapé cet effrayant retard et traversé l'étrange brouillard. Mais autour de moi demeure, non pas de la méfiance à l'égard de la connaissance, mais une exigence certainement. Une attente à laquelle je ne peux qu'adhérer. Je viens de produire quatre pages sur Rome qui semblent faire fi des choses que l'on se doit de dire sur Rome. C'est vrai. Je suis un fervent lecteur (correcteur et défenseur) de l'encyclopédie gratuite en ligne Wikipedia. Je pense d'ailleurs que la page sur Rome dans Wiki vaut mille fois n'importe laquelle des miennes dans Épistolaire.
Or je pense aussi que j'ai raison de croire que les lecteurs ne sont pas floués ici s'ils découvrent qu'un homme, voyageur dans un temps immobile, vaniteux comme chacun bien entendu, préfère qu'on le considère pour ce qu'il est (ce qui n'est possible que pour lui) que pour ce qu'il sait (ce qui est accessible à n'importe qui).
16:15 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : r

Commentaires
Ah Marc, vous avez le chic pour toujours nous remettre le nez dans nos innombrables défauts!!!! On "s'écoute écrire",... on est "vaniteux"...Vous vous incluez dedans, mais qu'est ce qu'on dérouille avec vous!!!!! Allez on vous aime quand même! Ou on vous aime à cause de ça -allez savoir hein! En tous cas, on vous aime. En tous cas moi. Et faites pas cette tête-là!
Ecrit par : Sophie L.L | 15.12.2008
"Je pense d'ailleurs que la page sur Rome dans Wiki vaut mille fois n'importe laquelle des miennes dans Épistolaire" : non je ne crois pas.
Dans vos pages il y a de l'âme, du bruit, des couleurs... du ressenti. Quelque chose qui vient de vous et en ce sens, quelque chose de précieux. Plus précieux de la connaissance, et à mon sens plus précieux que Wikipedia et Google réunis.
Ecrit par : Leyla | 16.12.2008
Vous voyez!!!
(Bien vu Leyla !)
Ecrit par : Sophie L.L | 16.12.2008
Ah, pardonnez-moi Marc, juste vite vite une seconde, je me permets de laisser un message pour Leyla: impossible de vous laisser des commentaires Leyla , j'y comprends rien à cette histoire de compte google nécessaire pour le faire, c'est trop super technique!
Ecrit par : Sophie L.L | 16.12.2008
ah bon ?
mais non les commentaires sont ouverts... vous avez le choix (sur la petite fenetre "commentaires" qui s'ouvre, il faut cliquer sur "anonyme" ou sur "nom", en bas de la fenetre. Vous n'êtes pas obligés d'avoir un compte google...
faites moi signe sur djahaane@yahoo.fr si ça ne marche toujours pas, je regarderai alors mon blog entre 4 yeux ;)
marc, pardonnez, nous abusons de votre hospitalité.
au passage en perse, "djahaane" veut dire "le vaste monde" en perse... cela va bien à l'idée que je me fais de votre blog.
belle journée à vous
Ecrit par : Leyla | 16.12.2008
@ Sophie LL, @ Leyla : Ceci est une scène de théâtre non ? Le premier message de Sophie LL auquel j'ai pensé répondre : « Mais non, je ne fais pas la tête que vous imaginez ! J'ai esquissé un sourire, c'est tout. J'ai pensé à César, à Cléopâtre. "Vous pouvez venir jusqu'ici, lui dit-elle, je serais heureuse de vous connaître." Mais il était tard, je suis allé dormir.Je me suis dit qu'au réveil les mots... Et puis me voici bon matin, mes nuits sont courtes et la vie a repris dans le vaste monde ; la conversation des femmes, les vraies choses, terre à terre, comment fonctionne le compte google et le reste... Toutes les deux vous m'avez fait rire et cette journée démarre superbement. Merci. Bonne journée à vous aussi.
Ecrit par : Marc | 16.12.2008
Mais comment distinguer ce qu'on est, de ce qu'on sait?
Nous sommes faits de ce que nous savons.
Plus nous avançons en âge plus c'est le cas d'ailleurs.
Quelle serait la valeur supérieure d'être sur savoir? savoir-être?
Savoir nous aide à être mieux, je veux dire mieux envers les autres.
De toutes façons quand nous naissons, nous savons déjà tant de choses. Et ça s'arrange pas ensuite!
Ce que nous savons chacun de nous dans notre singularité, est unique.
Les mêmes connaissances, transcrites avec des mots communs pour tous, nous les appréhendons chacun différemment!
Nous en pouvons pas soit "être" soit "savoir". C'est le corps qui fait le lien entre les deux.
Mais je comprends aussi ce que vous voulez dire et qui a pesé sur vous.
Mais quelle étrange chose aussi -qu'est-ce-que je suis sérieuse tout d'un coup, ça m'étonne!- d'employer ce mot "floué"...
Mais qui pourrait être floué sur un espace comme nos blogs?
C'est comme des jardins, des forêts, des terrains vagues, des clairières, des routes!
On est pas floués quand on marche au milieu des jardins, des terrains vagues etc!
ça nous plait ou non, c'est tout!
Et parfois il y a des paysages qu'on trouve somptueux et où cependant on n'a pas envie d'aller!
Des gens à la beauté magnifique et qui en nous plaisent pas...
Et d'autres, bah, et qui nous rendent fous!
On SAIT qu'on ne devrait pas les aimer mais on EST dans l'amour!
Ah ah, ah ah!
Ecrit par : Sophie L.L | 16.12.2008
@ Sophie LL : Je peux contresigner ce que vous venez d'écrire ? Sauf les derniers ah ah, ah ah !, car je me donne un air sérieux.
Ecrit par : Marc | 16.12.2008
j'adore vous lire, je reviendrai très souvent, vous comprendre / ne pas vous comprendre est mon baromètre de "suis-je bien réveillée ce matin".
et ce matin, ma réponse est non.
dans mon savoir je mets mon vécu, mes émotions, mon ressenti - qui à mon sens sont le savoir le plus précieux. j'intègre aussi la connaissance mais en 2nd lieu seulement... erreur ?
[quant au sérieux, j'ai tenté ds mon premier commentaire de faire bonne figure, mais me suis trahie dans la minute avec mon 2ème destiné à Sophie.
si ma mère voyait cela ! toute cette éducation que je t'ai donné ma fille !]
allons, belle journée.
Ecrit par : Leyla | 17.12.2008
@ Leyla : Méfiez-vous des baromètres ! Savoir et connaître ce n'est pas la même chose... Vous nous mettez sur une piste ici. Salutations respectueuses à Madame votre mère, qui n'a aucune raison de ne pas sourire.
Ecrit par : Marc | 17.12.2008
J'adore le dernier paragraphe de votre texte, il est obsédant ;-)
Et plus il m'obsède plus je l'adore. ah! ah ! (je vous jure !)
Ecrit par : frasby | 20.12.2008
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