29.12.2008
Reykjavik

Un peu partout dans le monde, on prépare en ce moment des bûchers immenses ou petits, qu'on allumera durant la nuit du 31. Dans certaines traditions d'Amérique du sud les gens brûlent les vieux meubles, les objets brisés, « le diable » pour tenter d'amorcer la nouvelle année sans les poids qu'ils traînent, ou qui les entraînent. Ici, cette année, il y aura au moins huit feux importants dans la ville. Pour célébrer la lumière. Pour reconnaître l'improbable et merveilleux rapprochement des êtres dans un endroit presque hostile. Josse m'a enseigné à écrire sur quelques feuilles les faits saillants de ma vie durant l'année passée. Ces feuilles passeront au feu à la veille du nouvel an. Un geste de réconciliation. Et d'ardeur. Car ce qui survit au feu...
J'entame aujourd'hui ce bilan. S'y trouveront les souvenirs de moments heureux. Mais aussi, sans doute, quelques colères encore chaudes, des coins mal lavés de ma vie et de la poussière sous les tapis.
08:25 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : r, brûler les diables, brûler l'année

Commentaires
Je ne connaissais pas cette tradition; mais pourquoi donc brûler les écrits des souvenirs de moments heureux??? Ne pourrait- on pas les garder précieusement et se dire qu'avec une certaine volonté d'autres moments heureux sont à notre portée, malgré les épreuves inévitables?...
Ecrit par : Lydie | 29.12.2008
Pour le bilan je vous admire, je suis incapable du moindre bilan. Je ne sais que regarder devant (c'est mauvais, très mauvais... je sais).
Chez nous aussi nous avons cette tradition de feu, hérités de nos ancetres zoroastriens. La veille du nouvel an (qui est le 21 mars pour nous) nous faisons de grands feux, et il faut sauter par dessus pour, je crois, laisser derrière soi l'année passée... Je ne me lasse pas de le faire année après année.
Reykjavik, ah Reykjavik... un jour j'y retournerai, à cheval sur un balai s'il le faut.
Ecrit par : Leyla | 29.12.2008
@ Lydie : Je pense que l'exercice a un petit côté bouddhiste... Les bons, les mauvais souvenirs, quand on y pense et quand on s'en souvient, portent les uns et les autres leur petit lot d'illusion. Une circonstance heureuse, un événement joyeux, quand on l'inscrit dans la durée de notre vie, porte en lui-même un jour où l'autre autre chose que de la joie. Tout comme un événement malheureux, quand on le regarde dans la trame de notre vie n'est pas que malheureux. Merci de ta visite. J'espère que tu te portes bien.
@ Leyla : « Incapable du moindre bilan - mais regarder en avant ». Ce n'est pas mauvais du tout. Avec Rolande, la sœur de Josse et les neveux il y a quelques années nous avions passé la veillée du nouvel an à découper dans des revues et des magazines des photos qui ressemblaient à la vision que nous avions de notre vie au cours de la prochaine année. Ces photos, ces images, parfois quelques mots découpés aussi, ensuite nous les disposions sur un grand carton. À notre goût. Sans contraintes. En somme c'était un collage intitulé : voici ce que j'aimerais voir se réaliser dans ma vie au cours de la prochaine année.
J'ai été étonné de constater à quel point cet exercice (dont une bonne part d'inconscient effleure) m'a proposé une lecture idéale - mais pas impossible, de ma vie. J'ai trouvé l'exercice « enracinant ». Nous avons tous conservé (chacun pour soi) les cartons-collages. J'y suis retourné souvent. Je suis convaincu qu'il n'y a pas de mal à tenter de saisir tout en étant créatif, la forme de nos ambitions, de nos désirs, de nos objectifs.
Ecrit par : Marc | 30.12.2008
Au début de cette lecture, j'ai d'abord vu le feu; comme une de ces images de violences qui peuvent exister à chaque instant dans le monde puis j'ai lu votre texte qui transformait et apaisait la première impression.
J'aime beaucoup ce billet, et cet exercice de collages très interessant (ce billet d'ailleurs est comme un merveilleux couper-coller)
Il ne faudrait pas brûler les cartons-collages. Avec le temps le sens du carton -collage grandira... Je partage la question de Lydie: Pourquoi brûler ? Si je comprends bien le sens purificateur du feu , je préfère l'idée du "purgatoire" c'est ainsi que j'appelle ces textes dessins collages "à oublier"... Alors ils vont quelquepart dans des cartons assez loin de ma vue et je les oublie... Ce qui permet de passer à autre chose .Et forcément un jour en rangeant je retourne dans le "purgatoire" par hasard mais le moment où je tombe dessus n'est jamais si fortuit que cela...au final (c'est même impressionnant de coincidences)
Chacun a sa méthode... J'aime le travail sur le temps alors brûler les écrits fait toujours un peu mal, encore plus voir brûler les écrits d'autrui. Je me souviens d'un ami qui sous mes yeux avait brûlé tous ses carnets de poésie écrits entre l'âge de 15 ans et 25 ans car ceux ci rangés à la cave étaient très abîmés cette image de carnets gondolés, rongés d'humidité , d'encre illisible par endroits, était douloureuse mais moi je voulais oeuvrer à sauver quelques écrits ,ceux qui étaient sauvables, et lui a préféré faire un feu et tout brûler en bloc, il m'a demandé de l'aider à jeter les poésies au feu, je n'ai pas pu, juste un seul carnet et j'avais l'impression de commettre un crime. Quelque chose de symboliquement inacceptable mais il peut y avoir d'autres lectures symboliques pour un même geste... J'ai brûlé pourtant par le passé des textes, lettres photos concernant une époque peu en accord avec mes idéaux, c'était plaisant , tout le contraire des carnets de mon ami et je crois que ça peut être très libérateur comme lorsqu'on fait des feux dans les jardins avec de vieilles branches mortes, ensuite, il y a comme une sensation de "nouvelles possibilités", on peut redessiner le jardin autrement et s'y mouvoir différemment... Quelquechose d'autre peut commencer, mais j'envisage cela comme un tournant, une urgence (l'idée de bilan m'échappe un peu, le bilan me paraît trop réfléchi pour conduire à l'ardeur du feu mais là encore c'est très subjectif...)
Nous sommes le 29 chez vous et il y a du neuf dans l'année un peu partout...
ça ne vous dérange pas si je désynchronise virtuellement la logique des horloges pour vous souhaiter de belles et douces choses en ce premier jour de remise à neuf ? ;-)
Très belle Année à vous Marc, à vos proches, et merci pour ce blog touchant et si libre...
Ecrit par : frasby | 01.01.2009
@ Frasby : J'ai été ce jeune homme qui brûle ses cahiers de jeunesse - la décision est facile à prendre. Comment expliquer ? La poésie est un projet double : celui d'écrire de la poésie ET celui d'être poète. Un jour, pour que le l'écriture ait du sens, le poète doit exister. Si le poète existe enfin, il constate qu'il y a de l'indécence à montrer tout le travail (très souvent pénible) que cela a représenté. Imagine-t-on un équilibriste mimer toutes ses chutes ?
(Plus jeune je me faisais une si haute idée de l'art (et des artistes) - c'en était suffoquant.)
...
Merci de votre visite. Bienvenue autour du feu, lumière et chaleur tout simplement.
Ecrit par : Marc | 01.01.2009
Bon. Feu, pas feu, vous voilà tous bien désobéissants les enfants! et moi je vous le dis il ne faut pas jouer avec le feu (ni se pencher au-dessus du petit mur au-dessus du coteau!) non mais oh qu'est ce que c'est que tout ça! Marc je vous embrasse, je vous ai envoyé un mail de voeux mais il est tombé dans l'atlantique. Bah vous savez bien que je vous souhaite à vous, Josse, et tous, une belle année au verger. Dites -s'il y a de la neige? beaucoup? dites un peu des nouvelles de chez vous. feu et neige, c'est une superproduction, ça!
Ecrit par : Sophie L.L | 01.01.2009
@ Sophie LL : C'est vrai que vos vœux sont tombés en chemin. Mais je reçois avec bonheur le commentaire. Votre question. Froid (très), neige (pas beaucoup) et feu (chaud, odorant de résine du vieux pin qui est tombé au bout du champ et que j'ai débité). Superproduction, Jour simple de l'an neuf, en effet. Merci de votre agréable visite dans notre monde tranquille.
Ecrit par : Marc | 01.01.2009
Je n'ai jamais brûlé ce que j'avais écrit, ayant trouvé une autre façon de m'en débarasser en jetant les feuillets d'un pont (celui de la Guillotière eut tôt ma préférence). C'est plus doux comme séparation, les petits carrés blancs flottant, emportés par le courant au petit matin. Au final, cela revient eau même. Tiens, j'ai écrit "eau". Pas fait exprès. Je laisse.
J'étais venu vous souhaiter une bonne année. Alors très bonne année à vous, malgré le vacarme du monde et de ses villes.
Ecrit par : solko | 01.01.2009
Oh j'ai oublié quelque chose qui me tient à coeur, c'est de souhaiter une belle et bonne année à Lydie.Je pense Marc que vous me donnez la permission. Lydie, je t'embrasse, ça me fait plaisir quand tu réapparais, et j'ai vu qu'il y a très peu de jours tu étais ici, bonne année pour toi et tes petites filles. L'éventail aussi t'est grand ouvert.
Ecrit par : Sophie L.L | 01.01.2009
@ solko : Merci pour ces vœux. À vous aussi des jours heureux en 2009.
@ Sophie L.L : Merci de cette gentille intervention. Je peux compter sur vous pour dire ce que (par distraction, par fausse pudeur) j'omets de dire. Épistolaire vous est grand ouvert.
Ecrit par : Marc | 02.01.2009
Mille merci Sophie: je suis émue... Un coeur léger à toi et à tous pour 2009... C'est Moukmouk qui me l'a soufflé: j'ai trouvé cela joli et tellement tendre et que même mon coeur s'en est allégé :o) Merci aussi à toi Marc pour tes voyages , ta poésie , ta sagesse et de toujours nous répondre fidèlement, c'est très doux!
Ecrit par : Lydie | 02.01.2009
Brûler les carnets de jeunesse est peut être un passage non pas obligé mais nécessaire. Quand on découvre au sortir de l'adolescence qu'on ne sera jamais Rimbaud, il faut vite trouver la boite d'allumettes pour effectivement se donner une autre chance ;-) Peut être...
Et tout garder n'est pas forcément inclus dans l'idée de tout montrer. C'est peut être juste qu'il dur de se séparer...(de défaire...)
Enfin je vous comprends tout à fait, et vous lis bien ,je crois... ensuite sont venus les purgatoires mais bien des années après... Entre les deux, il me semblait que ne plus écrire du tout était mieux, cela évitait de détruire.
Du début période "purgatoire" j'ai encore des exemplaires d'un recueil détestable cachés sous un lit à la campagne, écrits que j'aimerais bien brûler aujourd'hui, mais ayant poussé à l'époque ces exemplaires maudits sous ce lit avec un balai, je ne peux pas les brûler, car je ne peux pas soulever ce lit, beaucoup trop lourd ;-) le lit est lit rouleau (que j'aimerais "compresseur") quand j'y repense, brûler ces trucs me soulagerait. J'adore la méthode à Solko "Eau même"... J'imagine bien un fragment naufragé sur une rive, juste un ou deux mots à peine lisibles... et un(e) inconnu(e) recueillant peu à peu les fragments avec un soin patient.
Je voulais aussi présenter mes voeux à Lydie, dont l'extrême fidélité à ce blog et la douceur des commentaires est touchante. Et vous remercier encore pour ces voyages qui nous accueillent si chaleureusement.
Ecrit par : frasby | 03.01.2009
@ Frasby : Brûler, ne pas brûler... Est-ce la question ? Si je vous comprends bien, il s'agit de poser un geste qui ressemble à ce qu'on est et qui se situe dans la « logique » de ce qu'on écrit. Moi j'aime le feu, solko aime la rivière, vous aimez aussi la chance qu'offre le cours d'eau ou la marée... D'autres aiment les valises, les lits, les livres... On peut ranger ses papiers, les offrir, les organiser, écrire un scénario ou les oublier dans un grenier. Le ciel, le purgatoire et l'enfer sont des mondes qui existent en nous seulement. Écrire les font exister, ou bien nous en libèrent. Et je n'associe pas nécessairement le feu et l'enfer.
C'est très agréable de voyager avec vous. Les chemins de traverse ne vous échappent pas.
http://www.cnrtl.fr/definition/traverses
Ecrit par : Marc | 03.01.2009
@ Lydie : Comment dire avec justesse le poids, léger, de ton humanité ? Merci pour de tes passages ici, et pour tes silences aussi que je dois remplir de questions et qui me gardent en alerte.
Ecrit par : Marc | 03.01.2009
Nous ne poserons pas de question... Brûler ne pas brûler , une logique (intrinsèque ?) à la personne ??? ;-) (je crois bien oui...)
J'aime beaucoup ce lien... de traverses
Les chemins de traverses ne m'échappent pas (c'est relatif) , je les aime bien justement parce qu'ils échappent ... Ce mot de "traverses" c'est kl-loth qui m'en parla de façon étonnante lors de ce projet de législation des blogs, où nous devrions atterir tous très bientot dans des tiroirs bien nommés d'où rien ne dépassera (manie des classifications crétines de notre époque) (blog de filles, blog politique, blog érotique etc ...) et kl-loth se demandait à juste titre
"Et nous? où est ce qu'on va atterir , nous ? les inclassables , les"BLOG DE TRAVERSES" (Je crois que vous en êtes, aussi Marc des" blogs de traverses" ;-) Il faut donc que nous enfermions cette pauvre "de traverses" dans notre catégorie à nous avant que l'on se retrouve dénominés d'office blogs "Atypiques" ou bien pire encore ! (quel mot !!! atypique ! affreux et fourre- tout)... Merci pour votre lien. Je vous retourne le compliment c'est vraiment très très agréable de voyager avec vous aussi...
PS: (à propos de "brûler par brûler) Un copain dessinateur m'a raconté un jour que lorsqu'il voulait jeter ses vieux dessins, esquisses etc , il allait dans un musée, et il faisait exprès de les oublier dans des coins sans les déchirer, en prenant evidemment bien soin que son nom ne figure nulle part, je trouvais ce purgatoire assez libre... Bonne journée à vous. Notre soleil ici dans Lyon glacé est radieux...
Ecrit par : frasby | 04.01.2009
Petite correction (sorry) dans le Post scriptum il faut lire :
"à propos de Brûler ? ou ne pas brûler ?) et non "brûler par brûler"
"Brûler par brûler" doit vouloir dire quelquechose ;-)) Mais c'est dimanche Freud ne bosse pas !
(pirouette un peu fumiste certes ;-))
Ecrit par : frasby | 04.01.2009
@ Frasby : Brûler, ne pas brûler... Je me brûle et me protège.
Dommage, il faudra bien nommer nos bricolages un jour, espérons que le fonctionnaire qui aura à le faire sera un atypique.
Ecrit par : Marc | 04.01.2009
Pourquoi il faudra bien ? Nous les nommons, leurs titres déjà en disent un peu sur le style (enfin,j'espère) , les lecteurs se débrouillent très bien tout seuls pour les trouver nos blogs, et savoir si cela correspond à leurs désirs de lecture; pourquoi prémâcher ce travail de glanage et d'errance en faisant fabriquer des tiroirs par des fonctionnaires ?
Je vous épargne l'adjectif ;-)) ah ah! Vous allez me faire enrager ;-))
Ecrit par : Frasby | 04.01.2009
@ Frasby : « Il faudra bien... ». J'écrivais cela comme le constat d'une fatalité. Il ne s'agit pas d'un vœu. Je vois ce besoin de tout classer (pour contrôler) comme un appauvrissement de plus, bien sûr.
Ecrit par : Marc | 05.01.2009
Ecrire un commentaire