22.01.2009

Astrakhan

471px-Caspian_Sea_from_orbit.jpgLà-haut, à gauche de l'étendue d'eau, une artère verte descend du nord vers la mer, c'est la Volga. Astrakhan s'y trouve, sur le delta. Ce sont les filaments verts, ou l'éponge effilochée juste à côté de la petite tête d'éléphant turquoise. Astrakhan, dont j'évoque le beau nom, est pour moi signe d'étrangeté et d'éloignement.

Des êtres humains vivent là. Nombreux. Je n'ai jamais connu personne qui vive là. Je ne connais personne qui ait eu la mer Caspienne pour paysage quotidien durant l'enfance.

J'ai la nostalgie de ce que je n'ai pas eu l'occasion de connaître.

C'est loin là-bas. Comme cela se rapproche soudain... Alors, boujour Natalia, Nikolaï, Lilia, Kolia, Boris, Lubov, Vatiana, Maksim, Piotr, Serafim, Vassili... Et bonjour à la terre silencieuse qui vous habite. Car ce qui me rend votre vie familière ce sont vos lieux, moins étrangers que vos gestes.

Commentaires

Vous êtes très très près de là où est né mon grand-père, le père de ma mère Regardez un peu à l'est encore. Il est né dans une petite ville près d'Ouralsk au bord de l'Oural.Maintenant ce n'est plus la Russie mais le Kazaksthan.
Et mon fils s'appelle Vladimir. Pour ça bien sûr, et aussi pour Nabokov, et Maïakowski.
Je suis émue que vos "voyages" vous amènent si près de lui -qui est mort entre Drancy et Auschwitz. C'est quelque chose tout ça, non? Moi aussi je salue tous ceux qui vivent là-bas.

Ecrit par : Sophie L.L | 22.01.2009

@ Sophie L.L : Et bonjour Vladimir ! Bonjour grand-papa de Sophie, où que tu sois. Respectueusement je te salue.

Ecrit par : Marc | 22.01.2009

Cette image est d'une étrange beauté, on dirait la carte de votre nostalgie - de ces lieux pas (encore ) connus ...
Une carte particulière comme il existe une carte du tendre...

Ecrit par : frasby | 23.01.2009

Merci.

Ecrit par : Sophie L.L | 23.01.2009

@ Frasby : L'image de la nostalgie. C'est excellent. Je pense que tout ce qu'on cherche à comprendre, tout ce qu'on veut vivre, nous invite à créer - ou à trouver, l'image qui lui corresponde.

@ Sophie L.L : Je place ce lien d'une image satellite d'Ouralsk ici. En déplaçant le curseur à gauche, on s'approche d'une image qui n'est plus une photo mais qui a la texture d'un tableau, d'un détail, important et touchant. En s'éloignant on voit le monde entier. On peut le regarder paisiblement et continuer à vivre.

http://www.maplandia.com/kazakhstan/uralsk/ural-sk/

Ecrit par : Marc | 23.01.2009

Bien sûr... mais si l'on se dit que tout ce qu'on regarde est faux, il n'est pas si simple parfois de trouver l'image qui corresponde, exactement, ou bien faut il romancer un peu notre propre mémoire (qui doit déjà se romancer d'elle même, dès qu'on sort de l'instant présent) mais là bon; euh... Ce sont des sphères bien trop vertigineuses pour un tout petit soir de commentaire, il nous faudrait des siècles... Pour comprendre, vivre créer, et peut être trouver ? Quoique...

Ecrit par : frasby | 25.01.2009

@ Frasby : Je suis d'accord avec vous, il faudrait que notre vie soit beaucoup, beaucoup plus longue. Nous pourrions ainsi profiter sans remords des « petits soirs de commentaires » en se disant que bof, demain, après-demain ça reviendra, j'aurais compris, je m'y mettrai, ou quelque chose comme ça. Je fais cela souvent, j'ai de moins en moins de remords, on dirait que la source du remords, abondante en moi autrefois, est tarie. Peut-être pas tarie, mais le filet est mince qui coule encore... Merci. N'hésitons pas à profiter de nos petits soirs. Quand les grands soirs viendront, au moins, nous saurons les reconnaître.

Ecrit par : Marc | 26.01.2009

Marc, avez vous remarqué que le nord de l'iran ressemble à une tête de chat ? avec ses deux oreilles en pointe..., et une partie de moi défile à l’intérieur (sophie ! nous ne sommes pas si éloignées que ça !)

Je salue mon grand père né à Bakou, Bakou qui est la pointe que vous voyez s'avancer au milieu de la mer caspienne. Je salue ma grand-mère née à Tabriz, au beau milieu de la tête du chat.
Quelques millimètres de plus au bas de votre image m’auraient permis de saluer mes parents, nés à Téhéran.

Mince !

"La mer caspienne pour paysage quotidien de l'enfance", et bien ! mais j’ai eu cette chance là voyez vous ! et puis, après notre départ, la famille restée sur place nous a fait construire une maison. Elle est au bord de la mer, là-bas, juste devant la Caspienne, là où j’ai appris à marcher, à nager, à grandir.
Tous nos meubles, nos photos, nos souvenirs, ou ce qu'il en reste - y sont entreposés. Quelqu’un passe de temps en temps pour faire la poussière. Et tous les ans la famille nous assure que nos souvenirs nous attendent, qu’ils sont bien là, entreposés sagement. Je les verrais presque, là, me regardant, dans les méandres de votre image.

Ecrit par : Leyla | 28.01.2009

Oh Leyla, quelle splendeur! Marc, quelle belle visiteuse vous avez en la personne de Leyla dont la maison pleine de souvenirs est au bord de la mer Caspienne. C'est magnifique par ici
chez vous Marc!

Ecrit par : Sophie L.L | 28.01.2009

Et bonjour Leyla ! Et bonjour à toute la famille. Ceux qui sont au loin et ceux qui attendent ici sur cette carte et qui protègent de la poussière et de l'oubli les objets familiers.

C'est vrai j'étais resté un peu collé au nord chez les Russes. Je m'y sentais bien. Mais voici que se manifeste sous ce billet, une personne merveilleuse qui a eu pour paysage de l'enfance la mer Caspienne. Le cœur liquide du continent. Je suis joyeux et plein de reconnaissance.

@ Sophie L.L : Merci d'être la lectrice attentive que vous êtes. Vous avez lu le commentaire de Leyla avant moi et vous en avez saisi la portée et souligné la belle coïncidence. Magnifique.

Ecrit par : Marc | 28.01.2009

Ah, amis,
J'aimerais être près de vous et vous serrer dans mes bras, je suis émue, très touchée, merci, pour tout : merci, et pour ce lieu, pour ce lien, mille mercis.
J'entendrais presque les vagues en vous lisant vous savez.

Moi aussi Marc j'ai la nostalgie de ce que je n'ai pas pu connaître... ou pas assez.

Ecrit par : Leyla | 28.01.2009

@Leyla : « Une enfance Caspienne »... J'imagine le roman d'une jeune fille qui découvrirait le monde en voyageant avec ses parents sur les rives de cette grande étendue d'eau. Ils traverseraient, bienvenus et curieux, les nombreuses frontières humaines de ce monde si éloquent.

Voici la tête de chat et la mer qui se dépose - en Iran comme dans un vase précieux.

http://www.lexilogos.com/satellite/iran.htm

Ecrit par : Marc | 29.01.2009

bonsoir marc, merci pour ce cadeau, j'ai passé une bonne demi heure à me promener en bord de mer... c'est fou le degré de détail, quand on s'approche du bord de mer, à certains endroits on distingue les vagues... et les maisons alignées tout devant.

l'une d'entre elle renferme plus que mes souvenirs - mes espoirs, mes attentes, mes rêves : finalement, plutôt l'avenir que le passé. J'en suis toute étonnée.

Ecrit par : Leyla | 29.01.2009

@ Leyla : Autre petite coïncidence, je suis en train de découvrir une écrivain né à Téhéran en 1960 et qui est arrivée à Paris à 17 ans. Elle a étudié le chinois (doctorat) et présenté dans cette langue le poète Rumi. Nahal Tajadod, que vous connaissez probablement déjà, contribue à faire connaître la lumière de ces contrées. Et moi qui suis passé de Astrakhan à Anshan en empruntant peut-être sans le savoir un chemin qu'elle aurait tracé.

Merci de vos visites, toujours les bienvenues, ici ou là-bas.

Ecrit par : Marc | 30.01.2009

Marc, cela va vous faire bondir, mais non, je ne connais pas ! et vous m'offrez ce cadeau là aussi, décidément, quel billet fécond, et donc, je m'en vais découvrir Nahal Tajadod grâce à vous...
Une iranienne arrivée à paris à 17 ans et qui traduit Rumi en chinois ?? fichtre, voilà une vocation ! c'est très fort...

Ecrit par : Leyla | 30.01.2009

@ Leyla : Bon voyage,

http://www.sitartmag.com/tajadod.htm

Donnez-nous de vos nouvelles !

Ecrit par : Marc | 30.01.2009

mais c'est tout simplement incroyable je suis plongée dedans à l'heure qu'il est,
ah marc, merci, merci, merci !
je me répète !
mais ce n'est pas grave.
allez j'y retourne.
bonne nuit !

Ecrit par : Oranginablack | 31.01.2009

Leyla, j'adore que tu fasses ce voyage! (pendant ce temps je fais mon tout petit voyage du 2eme au 9eme étage!)Merci Marc pour Epistolaire. Et vous Marc, quand est-ce que vous donnez des nouvelles de vous, du verger, des chiens, de vous un peu quoi...

Ecrit par : Sophie L.L | 01.02.2009

@ sophie, tu plaisantes !! c'est un immense voyage du 2ème au 9ème étage !! ton horizon change, ton point de vue s'élève, tu deviens d'un coup plus grande que les arbres !! quand j'étais gosse, je rêvais d'être plus grande que les arbres...
c'est chose faite depuis mai, j'habite au 6ème.
mais tu me bats à plate couture !

[marc, sophie a raison. Puis je me permettre de vous demander où en sont vos chemins escarpés à vous. pendant que moi je fais ma petite randonnée... que sophie fait de l'escalade...]

Ecrit par : Oranginablack | 01.02.2009

@ Oranginablack, Sophie L.L : 2e, 6e, 9e... Je comprends le plaisir de se retrouver plus hauts que les arbres. Je n'ai, pour ma part, jamais habité plus haut qu'un 3e. Ma sœur habite dans un immeuble au 15e et je dois l'avouer c'est vertigineux, elle ne voit que le vent ; mon père est au 5e depuis décembre, son regard peut embrasser le fleuve en hiver quand les arbres n'ont pas de feuilles. Moi, debout, ici dans cette pièce, mon regard est à moins de trois mètres du sol (du sol, pas du plancher). Je suis donc, si je regarde par la fenêtre, à hauteur des gourmands des pommiers, des petits nids d'oiseaux abandonnés pour l'hiver, du toit de la remise, celui du petit kiosque et de la neige lourde sur les cèdres qui bordent le chemin. Je suis, en cette heure matinale, à hauteur du silence. Au ras des étoiles.

Ecrit par : Marc | 01.02.2009

"à hauteur du silence. Au ras des étoiles."

Marc vous êtes un magicien.

Ecrit par : Leyla | 02.02.2009

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