24.01.2009
Anshan
Anshan est une ville chinoise très peuplée... De l'autre côté du monde dit-on ici.
Mais le monde n'a pas de côtés. Où je me trouve présentement, face au soleil, s'y trouvait il y a quelques heures, un inconnu qui pensait à un inconnu, ici.
« Il se peut alors qu'une ultime fois le miracle, déjà tant de fois attendu et vécu, ait lieu. Il ne se peut pas, une ultime fois, que le miracle n'ait pas lieu. En restituant morceau par morceau les événements d'une existence, cet être nommé Tianyi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d'une eau vive de relier ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d'un seul tenant ; au souffle de retrouver les méandres de sa voie, laquelle était d'une seule poussée. S'avançant dans l'écriture, il est tout d'un coup frappé par une certitude. Certitude qu'en dépit de tout la vraie vie ne fait que commencer. Puisque lui, Tianyi, avait appris la vie par un corps d'emprunt, l'heure est venue pour lui de l'apprendre par lui-même. La souffrance engendrant un sursaut toujours plus intense, la joie engendrant une joie toujours plus dense, ce qui pourrait arriver ne serait-il pas aussi réel que ce qui est effectivement arrivé ? »François Cheng, Le dit de Tianyi, Albin Michel, 1998
09:13 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : a, tianyi, nostalgie

Commentaires
C'est vrai que le monde n'a pas de côtés... A quoi se raccrocher alors ?
Merci pour ce beau texte de F.CHENG.
Ecrit par : frasby | 25.01.2009
@ Frasby : On ne se raccroche à rien. À rien. Sinon peut-être à la certitude que si on se met à glisser dans une direction, l'une ou l'autre direction, on finira par faire le tour et revenir exactement, ou presque, à l'endroit d'où l'on est parti. Et on en aura vu du pays en chemin ! Merci d'apprécier le bel extrait du roman de F. Cheng. Je pourrais facilement trouver un paragraphe à citer à toutes les deux pages de ce magnifique roman.
Ecrit par : Marc | 26.01.2009
On peut se raccrocher à l'amour qu'on éprouve, non? bon, je sais ça fait idiot!
Ecrit par : Sophie L.L | 26.01.2009
@ Sophie L.L : Je sais que ça va faire idiot moi aussi... D'après mon expérience, se raccrocher à l'amour qu'on éprouve n'arrête rien, ni le temps, ni le voyage, ni les paysages qui défilent, ni la vie qui passe, ni la glissade qu'on a entamé depuis le premier jour de notre vie, rien. Mais on a le sentiment - et c'est parfois réalité, de voyager accompagné. Le chemin nous apparaît alors plus étroit, plus large, plus sensé, plus difficile, plus facile, plus long, plus, plus, plus et autrement que si on le fait en ne pensant qu'à soi. Et dans la solitude, je dirais même surtout dans la solitude, l'amour qu'on éprouve est indispensable. Je veux ajouter que mon rapport avec les autres devrait tenir compte de ces deux priorités, ces deux choses à protéger : la solitude (la mienne et celle de l'autre) et l'amour que j'éprouve (de même que celui qu'éprouve l'autre à mon endroit). Merci de m'avoir, encore une fois, permis de trouver une issue, un petit sentier inattendu ici.
Ecrit par : Marc | 26.01.2009
Comme les points de vue sont différents! et comme c'est cela qui est intéressant! jamais de ma vie je n'ai eu le sentiment d'être accompagnée, jamais.Je le dis vraiment, sincèrement.Car le sentiment d'être aimée, c'est très différent. "Accompagnée",jamais. Et je n'avais jamais pensé aux choses sous cet angle, découvert par votre mot "accompagné".Je suppose qu'il ouvre un abîme car il me met les larmes aux yeux. Sinon bien sûr: protéger la solitude de l'autre c'est une priorité.C'est difficile.
Ecrit par : Sophie L.L | 28.01.2009
@ Sophie L.L : Nous vivons entourés d'abîmes.
Ecrit par : Marc | 28.01.2009
Bonsoir Monsieur Marc
"Rien qu'à me le demander, je ressens combien nous sommes différents, combien aussi nous sommes complémentaires"
Tiannyi aurait peint cette vue du mont Huangshan, dissimulée dans des voiles de brouillard.
Respectueusement
xuan-lay
Ecrit par : xuan-lay | 29.01.2009
@ Xuan-Lay : Imaginer cette scène, peinte ou dessinée, avec les voiles de brouillard... C'est bien vrai que la photo ci-haut a quelque chose d'accentué, de net et de brutal. Un dessin, une peinture eut sans doute été préférable.
J'étais fasciné par l'attitude de cette pierre, à profil d'homme, qui regarde, qui déchiffre et qui lit - qui connaît par cœur et qui médite sur ce qui est écrit sur la pierre devant elle. Je ne peux pas déchiffrer ce message, cependant je peux vivre avec le fait de l'ignorer. Car le sens de cette scène et la raison du travail de ceux qui ont voulu la consolider en ce lieu sur un socle, ne m'échappe pas.
...
« ... nous sommes complémentaires ». L'un et l'autre plus complets, grâce à l'autre.
Ecrit par : Marc | 30.01.2009
Pourrait on arriver un jour, Marc, au sentiment qu'il n'y ait pas à "protéger "puisque il n'y a pas/plus de sentiment de "danger "...Et puis ,au fond, de quoi protège t on cette solitude ? De la frénésie ? de la collusion ? peut être...peut être aussi que l'on peut imaginer une sorte de 'clarté ,ou de 'conscience ' qui permettrait une juste distance .Et peut être que cette distance - parfois douloureuse - est ce qui permet à la personne qui est en face de nous de tenir toute sa place ,non comme complement (ou comme complété) mais comme un être singulier .C'est vrai qu'il est merveilleux, d'être accompagné comme le dit joliment Sophie...et je crois que cela suppose un espace ,un entre -deux qui offre la rencontre , les points de vue et les échanges .Merci sincèrement pour tous les vôtres .
Ecrit par : violette | 30.01.2009
Cette petite distance qu'on appelle Amour... oui qui permet l'amour... Je crois bien que l'Amour commence peut être pas le respect de la solitude de l'autre , il me semble si cette chose là, existe, tout est envisageable... Le dialogue s'étoffe de tant de vues ici qui ne se contredisent pourtant pas qu'il pourrait nourrir un bel arbre tout en arborescences. L'idée d'être aimé, accompagné me fait penser à 2 directions différentes - celui qui ou celle qui recherche le concubin (partageant le lit) ou celui ou celle qui cherche le compagnon (partageant le pain) cela n'est sans doute pas du même ordre (ou du même désordre) mais il faudrait un mot intermédiaire pour ceux qui cherchent à la croisée ... Espace entre deux de violette ;-) Pourtant très étrange semble ce proverbe "Je préfère être seul, que mal accompagné"... Alors que la logique aurait pu dire "Je préfère être seul, que mal aimé..." Comme si mal accompagné était la pire des choses...
Merci Marc pour votre réponse : cette vision du monde en forme de toboggan circulaire ;-)
Se raccrocher non ? à rien ! vous avez raison... Se raccrocher n'est pas un joli verbe, il est un peu griffu (ça se dit griffu ?)
Ecrit par : frasby | 30.01.2009
PS : petite erreur (non, ce n'est pas un lapsus, juste un clavier très froid) : il faut lire "Je crois bien que l'amour commence peut être PAR le respect de la solitude de l'autre." Sorry. Je tenais vraiment
à corriger, sinon on inverserait le sens, et ça euh... je n'y tiens pas trop ;-)
Ecrit par : frasby | 30.01.2009
@ Frasby : Je vais citer encore le roman de F. Cheng ? Et puis j'aime d'autant plus votre image d'un toboggan qu'il y a de la neige dans mon pays ces jours-ci, assez pour remonter jusqu'au ciel en glissant.
« Le temps procéderait donc par cercles concentriques, ou par cercles tournant en spirale si vous voulez. Mais attention, ce cercle n'est pas la roue qui tourne sur elle-même, sur les choses du même ordre selon la pensée indienne, ni ce qu'on appelle l'éternel retour. Le nuage condensé en pluie n'est plus l'eau du fleuve, et la pluie ne retombe pas sur la même eau. Car le cercle ne se fait qu'en passant par le Vide et par le Change. Oui, l'idée de la mutation et de la transformation est essentielle dans la pensée chinoise. Elle est la loi même de la Voie. » P.191
...
@ Violette : Merci de votre beau commentaire. J'espère qu'on ne prend pas trop à la lettre mes commentaires et mon point de vue sur l'amour ici. J'ai écrit plus haut quelque chose de moi ; dans la spirale restreinte de ma vie et du peu de temps que j'ai eu pour apprendre quelque chose sur l'amour. La solitude, l'amour que éprouve... S'il n'y avait pas à les protéger de la frénésie, de la collusion - ou des collisions avec ce qui en moi n'est pas moi, ni totalement capable d'ouverture, je crois que je ferais comme notre ami Xuan-Lay dont l'amour affronte des ténèbres qui ne sont pas uniquement les siennes. J'aime à penser qu'une part de sa lumière brille aussi en moi. Mais c'est vrai que le complémentaire ne signifie pas complétude. J'aime votre formulation à propos de la singularité. Et si vous me permettez, je vais reprendre la dernière phrase de mon commentaire adressé à Xuan-Lay ci haut, voici :
« ... nous sommes complémentaires. » L'un et l'autre plus, grâce à l'autre.
Ecrit par : Marc | 31.01.2009
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