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  • Anshan

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    Anshan est une ville chinoise très peuplée... De l'autre côté du monde dit-on ici.

    Mais le monde n'a pas de côtés. Où je me trouve présentement, face au soleil, s'y trouvait il y a quelques heures, un inconnu qui pensait à un inconnu, ici.

    13364332.jpg« Il se peut alors qu'une ultime fois le miracle, déjà tant de fois attendu et vécu, ait lieu. Il ne se peut pas, une ultime fois, que le miracle n'ait pas lieu. En restituant morceau par morceau les événements d'une existence, cet être nommé Tianyi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d'une eau vive de relier ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d'un seul tenant ; au souffle de retrouver les méandres de sa voie, laquelle était d'une seule poussée. S'avançant dans l'écriture, il est tout d'un coup frappé par une certitude. Certitude qu'en dépit de tout la vraie vie ne fait que commencer. Puisque lui, Tianyi, avait appris la vie par un corps d'emprunt, l'heure est venue pour lui de l'apprendre par lui-même. La souffrance engendrant un sursaut toujours plus intense, la joie engendrant une joie toujours plus dense, ce qui pourrait arriver ne serait-il pas aussi réel que ce qui est effectivement arrivé ? »
    François Cheng, Le dit de Tianyi, Albin Michel, 1998

     

  • Astrakhan

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    471px-Caspian_Sea_from_orbit.jpgLà-haut, à gauche de l'étendue d'eau, une artère verte descend du nord vers la mer, c'est la Volga. Astrakhan s'y trouve, sur le delta. Ce sont les filaments verts, ou l'éponge effilochée juste à côté de la petite tête d'éléphant turquoise. Astrakhan, dont j'évoque le beau nom, est pour moi signe d'étrangeté et d'éloignement.

    Des êtres humains vivent là. Nombreux. Je n'ai jamais connu personne qui vive là. Je ne connais personne qui ait eu la mer Caspienne pour paysage quotidien durant l'enfance.

    J'ai la nostalgie de ce que je n'ai pas eu l'occasion de connaître.

    C'est loin là-bas. Comme cela se rapproche soudain... Alors, boujour Natalia, Nikolaï, Lilia, Kolia, Boris, Lubov, Vatiana, Maksim, Piotr, Serafim, Vassili... Et bonjour à la terre silencieuse qui vous habite. Car ce qui me rend votre vie familière ce sont vos lieux, moins étrangers que vos gestes.

  • 'ntananariv'

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    Antananarivo07.jpgÀ Madagascar, entouré d'humains gracieux, un endroit où Barack pourrait être anonyme.  

  • Athènes (2)

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    À Frasby.

    autres-alimentation-athenes-grece-1091650860-1129072.jpgVoici la place que je me réserve pour le sacre du héros. Non pas que cet événement ne me réjouisse pas. Mais je suis mal dans la foule. J'étouffe. Barack est roi. Le destin. On voudrait fermer le livre maintenant puisque ce qu'on lui demande est impossible à réaliser.

    J'apporte moi-même mon café ici et je vais le boire, tranquillement assis sur l'une de ces chaises. Car comme vous le voyez, le restaurateur est allé, lui aussi, ajouter sur l'esplanade son poids de rêve et d'espoir.

    Ce que je ressens c'est de l'admiration bien sûr. Pour l'humanité. Pour cette façon que nous avons de chercher l'équilibre en frôlant les abîmes. Après Bush... C'est-à-dire dans l'insignifiance et la fourberie, il y a toujours eu la possibilité d'une grandeur.

    Et je me souviendrai en entendant la clameur au loin, que dans l'allégresse on entend l'accompagnement d'une plainte. (En ré mineur, comme la neuvième). Au sujet de Thésée il y a plusieurs façon de lire les légendes qui le concernent.*

     

    *J'hésite à l'écrire, car je vais piquer la curiosité des lecteurs... Mais cette fois-ci, la page de Wikipedia consacrée à Thésée est particulièrement inepte. Une interprétation "alchimique" et emphatique qui me semble passer à côté de la signification du mythe.

  • Athènes

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    thesee_3.jpg« Rien à Athènes sans Thésée ».

     

    Lumineux , il représente parmi les héros des mythologies, l'honneur et l'humanité, l'idéal masculin. Et comme il ne réclame aucune autre adhésion que celle que je puis consentir à l'égard des valeurs qu'il représente. C'est-à-dire qu'il ne me demande pas, comme Jésus par exemple, de croire qu'il a existé ou qu'il est le fils de Dieu. Je suis tout à la fois libre et pourtant radicalement interrogé et mis au défi.

  • Rotorua

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    455px-Satellite_image_of_New_Zealand_in_December_2002.jpg
    Des amis, qui se sont découvert une passion pour les voyages, y sont présentement.
    Reçu un courriel hier de ce pays insulaire que les humains auraient découvert il y a mille ans à peine. À Rotorua, c'est sur l'île du Nord, des gens viennent de partout dans le monde pour de la boue, des bains, des cures volcaniques... Des réparations. De l'entretien. Et puisque le temps là-bas n'est compté que depuis peu, probablement parfois pour que le temps rebrousse chemin.

  • Ruhengeri

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    Chœur des Tutsis : RRrrrrrm... Rrrrrrwww... RRrrrwwwwaaa... Rrrrrrrmmmm... RRuuuuuuhh...

    Théâtre océanique de Recife (Brésil), des voix tragiques murmurant ces mots incomplets - font voyager notre oublieuse mémoire dans le temps immobile.

    Le voyageur : Être humain est une brève tentative du vivant d'être conscient.

  • Recife

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    01.JPG
    Les récifs, les hauts-fonds, les affleurements, on peut les contourner
    Mais c'est ce qu'il y a de plus beau.

    Les coraux
    C'est ce qui reste des maisons, des rues, des portes et des fenêtres
    Des temps immémoriaux.

    Le temps et la mémoire sous l'eau
    Ne se comptent pas en valeurs humaines
    Sans heures, sans jours, sans années
    Comment dit-on l'expérience des marées ?

    Les hauts et les bas ?
    Les chauds et les froids ?
    Les avants et les après ?

    Quand ?

    ...

    Au-dessus de nous, tout autour l'atmosphère

    Trop dense pour les anges et les visiteurs là-haut

    Qui nous observent, comme nous observons nous-mêmes

    Les requins, les baleines, les grottes et les saumons.

    Le temps se dilate

    L'air se liquéfie

    L'eau.

     

  • Rio de Janeiro (4)

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    « Une lumière éclatante inonde l'atmosphère

    Une lumière si colorée et si fluide que les objets qu'elle touche

    Les rochers roses

    Le phare blanc qui les surmonte

    Les signaux du sémaphore en semblent liquéfiés

    Et voici maintenant que je sais le nom des montagnes qui entourent cette baie merveilleuse

    Le Géant couché

    Le Bico de Papagaio

    Le Corcovado

    Le Pain de sucre que les compagnons de Jean de Léry appelaient le Pot de Beurre

    Et les aiguilles étranges de la chaîne des Orgues

    Bonjour Vous »

     

    Blaise Cendrars, Rio de Janeiro, Feuilles de route

  • Rio de Janeiro (3)

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    Teatro Municipal, année neuve, spectacle intitulé Y - I ?. (Pourquoi - Je ? ou Pourquoi - Moi ?) Je pense que presque tous les prénoms de femmes que je connais contiennent un y ou un i. Et je récite aussi ceci de mémoire en contemplant la crinière blanche de craie de la chorégraphe qui est au parterre et nous tourne le dos et dont nous attendons des indications depuis plus d'une heure :

    Si l'on gardait, depuis des temps, des temps
    Si l'on gardait, souples et odorants
    Tous les cheveux des femmes qui sont mortes
    Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs
    Crinières de nuit, toisons de safran
    Et les cheveux couleur de feuilles mortes
    Si on les gardait depuis bien longtemps
    Noués bout à bout pour tisser les voiles
    Qui vont sur la mer

    Il y aurait tant et tant sur la mer
    Tant de cheveux roux, tant de cheveux clairs
    Et tant de cheveux de nuit sans étoiles
    Il y aurait tant de soyeuses voiles
    Luisant au soleil, bombant sous le vent
    Que les oiseaux gris qui vont sur la mer
    Que ces grands oiseaux sentiraient souvent
    Se poser sur eux
    Les baisers partis de tous ces cheveux
    Baisers qu'on sema sur tous ces cheveux
    Et puis en allés parmi le grand vent...
    Parmi le grand vent...

    Si l'on gardait, depuis des temps, des temps
    Si l'on gardait, souples et odorants
    Tous les cheveux des femmes qui sont mortes
    Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs
    Crinières de nuit, toisons de safran
    Et les cheveux couleur de feuilles mortes
    Si on les gardait depuis bien longtemps
    Noués bout à bout pour tordre des cordes
    Afin d'attacher
    A de gros anneaux, tous les prisonniers
    Et qu'on leur permît de se promener
    Au bout de leur corde

    Les liens des cheveux seraient longs, si longs
    Qu'en les déroulant du seuil des prisons
    Tous les prisonniers, tous les prisonniers
    Pourraient s'en aller jusqu'à leur maison...
    Jusqu'à leur maison...

    Si l'on gardait, depuis des temps, des temps
    Si l'on gardait, souples et odorants
    Tous les cheveux des femmes qui sont mortes
    Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs
    Les liens des cheveux seraient longs, si longs
    Qu'en les déroulant du seuil des prisons
    Tous les prisonniers, tous les prisonniers
    Pourraient s'en aller jusqu'à leur maison...
    Jusqu'à leur maison...

    Marc Robine, (Casablanca 1950 - 2003 Nîmes)

    Puis elle est là, se dirige vers nous, Madame Felicity Minhxa, danseuse étoile chorégraphe, méduse. Je suis debout au fond de la scène, rangée des hommes côté jardin. Nous sommes une dizaine côte à côte. « Avancez en glissade. Go firmly, gently... », dit-elle presque imperceptiblement en fixant sur nous un regard terrible. Nous avançons d'un pas, puis d'un autre et subitement je lévite. Quelques centimètres seulement au-dessus du plancher. Chacun continue comme s'il ne me voyait pas. Comme s'il ne se passait rien de bien spécial ici. Madame non plus ne semble pas surprise. Cependant j'étire les jambes et je ne dépose les pieds que sur l'air, cinquième, ouverture, glissade, c'est la consigne... J'arrive heureusement à rester dans le corridor qui m'est octroyé. Un phare de poursuite me précède, j'entre dans la lumière. Il n'y a rien que je puisse faire pour que ça cesse. Je danse.

    Madame nous demande de semer d'un geste ample et détaché « graciously » les fèves qui se trouvent dans le repli de la veste verte que nous portons. Je dépose, une fève à la fois sur le plancher noir de la scène. Une plante surgit, s'élève jusqu'au plafond dès que ma petite fève touche le sol. Ce n'est pas prévu, je ne peux rien faire pour que ça s'arrête.

    Je danse dans mon éblouissement.

  • Rio de Janeiro (2)

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    Là-bas, là-bas sur la plage une sirène est apparue, livrée par l'océan. Mille voyous font la file pour la saluer, la regarder de plus près, tenter de la séduire.

    Allumée. Elle se croit désirée. Elle est désirable, ce qu'ils désirent, c'est le sac aux initiales, le foulard aux initiales, les bijoux, les vêtements griffés, les chaussures magnifiques ; la richesse : « la capacité d'apparaître en public sans honte. » *

    *La formule est d'Adam Smith, elle est citée par Chaque Homme ici. (Billet du 27 novembre 2008)

  • Rio de Janeiro

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    Danser, chanter et raconter des histoires autour du feu, durant la nuit de l'arrivée du nouvel an.

    Frileux et folkloriques, entamer des airs communs, partager des contes si enracinés dans notre petit monde qu'ils en deviennent universels ; bouger soi, ses jambes, ses bras et tout le reste et puis se réjouir de voir bouger en rythme ceux qu'on aime... Et puis aussi, tout à coup, c'est remuer dans la condition humaine.

    Le nouvel an arrive à Rio en été. Sur des airs de Jobim qui ont traversé l'équateur depuis longtemps, nous dansions la bossa nova sur le sol gelé à Reykjavik et le décor s'est transformé. Me voici, étonné, fasciné toujours dansant sur la plage de Copacabana. Pieds et torse nus, je danse sur le monde vieux du nord, sur la pauvreté de notre prétentieuse civilisation, sur la pauvreté et sur la faim, sur l'ignorance, sur la brièveté d'une vie humaine et sur la longueur de la vie humaine ; je danse sur la jeunesse et sur la vieillesse ; sur mes idées et sur mes illusions.

    Bonne année 2009.