04.02.2009
Au ras du sol (2)
Me rendre au travail à pieds. C'est à deux heures de marche. Il m'arrive de temps en temps de le faire. Le parcours est merveilleux. La campagne était figée hier matin. Immobile dans sa beauté. Le givre neuf sur chaque branche. Un frisson de délice, de vanité soudainement dans les arbres quand je passais près d'eux faisait tomber en flocons doux et délicats des pétales de neige. C'était un des plus beaux matins du monde.
J'ai pensé tout à coup en marchant à la photographie de la page couverture du premier livre de Christian Bobin que j'ai lu Une petite robe de fête, Folio 2466. L'extase de la jeune femme sous le cerisier en fleurs.* J'ai pensé à l'auteur aussi, c'était un matin Bobin.
Auteur que je n'ai pas été capable de suivre. Il publie trop. Envie fréquente de calmer ses éditeurs. Mais Une petite robe de fête demeure, dans ma vie, un des livres AH ! Qui m'a contraint au silence pendant des jours - je veux dire à me taire et à cesser d'écrire.
J'aurais bien aimé avoir l'appareil photo dans mon sac. Je me serais sans doute arrêté, pour saisir une image et pour vous le prouver. Quoi ? Que le monde est beau.
Mais je ne sais pas faire durer les matins comme celui-là. J'allais le qualifier d'inoubliable pourtant j'oublierai. Et une photographie n'y changerait rien.
* Cerisier du Japon. Photo E. Boubat / TOP.
08:19 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : a, enfances, bobin

Commentaires
Oui Marc: "le monde est beau" Tellement! Et je pense avec " Au ras du sol" au film " Microcosmos, le peuple de l'herbe" où une autre réalité nous apparaît , un autre monde en quelque sorte avec ses habitants extraordinaires... et maman qui perd pied au 2ième étage, " soins intensifs" !... Est- elle au ras du ciel? Elle voit des trucs extraordinaires... Persuadée qu'ils existent...Elle est euphorique: son sang empli de CO2... Voit-elle une autre réalité? Hallucinations? Va t-elle s'en sortir? Faut-il seulement le souhaiter? Quelle qualité de vie aura t-elle si elle "guérit"?
Marc, comme mon coeur se serre et mes yeux ont coulé . Pourtant, je me suis réjouie Mardi matin, à pieds en allant au travail: un des plus beaux matins du monde, tout blanc de neige, un matin pur comme le coeur de maman...
Ecrit par : Lydie | 04.02.2009
Très belle, cette évocation... Je n'aime pas Bobin. Sauf ... "Une petite Robe de fête", d'ailleurs ce titre est merveilleux, allégorique , enchanteur comme le livre... Merci, Marc, je l'avais oublié.
Je lis plus loin, ces mots terribles de Lydie... Au ras du ciel ... Ma grand mère voyait des dunes avec des fleurs, on ouvrait une fenêtre sur rue, elle voyait des montagnes, couvertes de neige . une autre réalité, certainement...
Traversons nous donc tous les mêmes enfers ? tout en frôlant le givre merveilleux des petits matins blancs. Plus beaux matins du monde, quand sur nous tout le chagrin pèse...
Ecrit par : frasby | 04.02.2009
une amie folle de Bobin, j'ai acheté celui-ci puis cet autre il faut que tu le lises et moi oui oui lecture, séduction, charme mais relecture charme séduction à la fin je trouve ça guimauve, collant comme ces friandises qu'on s'offre sur les fêtes foraines, trop de sucre, de couleurs, trop de cette vie intérieure qui n'en finit pas de se cloîtrer derrière les vitres grises de Saint-Etienne, à lire avec une extrême modération ou pas du tout, c'est personnel et vite dit, c'est pas, à la manière de Bobin, de l'orfèvrerie.
Ecrit par : patrick | 05.02.2009
@ Patrick : Je comprends. J'ai été séduit. Puis j'ai flairé la recette. Trop de sucre ? Peut-être bien. Ce qui a brisé l'enchantement pour moi c'est que je me suis mis à voir cela comme du bavardage autour du silence, de la méditation, de l'amour, de la solitude... C'est sûr qu'on ne peut empêcher un esprit de fonctionner ou un écrivain d'écrire. Ni un oiseau de chanter. Mais je continue de penser que les éditeurs n'ont pas fait leur travail. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu pour le « pauvre » Bobin, un guide, un ami pas complaisant qui lui dise à temps « assez » ou « attends un peu » ou « si on prenait le temps de laisser la poussière retomber » ou « écris donc un blog plutôt ». Alors si je devais en recommander la lecture à quelqu'un je pense que je lui suggérerais d'arrêter pour un bon moment après avoir lu Une petite robe de fête et puis Le Très-Bas. Je possède d'ailleurs encore mon exemplaire d'Une petite robe de fête. Il est là, sur la table juste à côté de moi, je n'ai pas osé en reprendre la lecture.
Mais quelque chose de l'enchantement initial est resté puisque l'autre matin c'est à ce livre que j'ai pensé. À la photo de la page couverture et à l'extraordinaire tendresse dans la façon de voir le monde.
Ecrit par : Marc | 05.02.2009
oui Marc, tu as raison...peut-être un sortilège.
Ecrit par : patrick | 06.02.2009
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