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  • Cluny, Alberta (2)

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    Je ne sais comment écrire sous cette photo. Elle me rappelle à moi un endroit d'une très grande importance dans ma vie.
    Cependant elle est aussi la représentation de la douleur. Au Canada, ces écoles, sur des réserves indiennes, ont été créées avec la mission très claire d'assimiler (la plupart des enseignants, des religieuses et des religieux croyaient qu'il s'agissait d'évangéliser) les enfants des Indiens.
     

  • Cluny, Alberta

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    Je suis né plusieurs fois. Ceci n'a rien à voir avec la réincarnation. Je veux dire que je suis né plus d'une fois au cours de cette vie. Cluny, Alberta fut l'un de mes lieux de naissance. Un esprit joyeux y voit spontanément le prétexte de célébrer plusieurs fois à chaque année ses anniversaires... Ce qui ne serait pas être totalement clu_2_98DE22383.JPGà côté de la plaque. Or, les naissances dont je me souviens le plus clairement n'ont pas été les plus faciles, les moins douloureuses, les moins difficiles.

    Cette belle tête gothique provient de Notre-Dame de Paris, elle se trouve au Musée Cluny. Le personnage qui la portait fut décapité à la Révolution. Je me dis que si ma tête correspondait exactement à l'image que je me fais d'elle, je ressemblerais à ceci.

  • Charleville

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    Arthur Rimbaud. 12, rue Napoléon, devenue par la suite la rue Thiers, puis enfin renommée rue Bérégovoy. Charleville, France. Voilà. Comme si le chagrin s'était incrusté.

    Car tout entend autour de moi. Tout ouïlle ! En un seul passage, s'est imprimé à jamais le mot, le geste, la voix qu'il fallait pour permettre au silence d'entendre sa clameur. Traverser Charleville sans écouter Rimbaud qui l'a fuie est impossible. (Aller vers les poètes de sept ans sans la voix-guide de Léo Ferré m'est impossible aussi.) 

    Après avoir entendu, c'est un miracle très rare, juste ce qu'il faut là où cela devait être exprimé, je suis devenu sourd.

  • Agra

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    - Mais qu'est-ce qu'on fait ici ?, ai-je demandé à Monsieur L. que j'avais suivi en toute confiance, comme d'habitude, les yeux fermés.

    - Un pastiche.PICT0293-2.jpg

    - Quoi ?

    - Oui. Quelque chose à la manière de l'éventail.

    -  Ah? Pourquoi ?

    Il s'est contenté de me sourire. Narquois.

    J'aime le mot narquois.

    ...

    Vous croyez ça vous ?

    Qu'un homme peut faire construire une telle chose par amour pour sa femme. Morte au neuvième ou quatorzième accouchement.

    Je sais que je ne devrais pas insister - mais c'est important.

    Vous ne pensez pas que c'est aussi un tout petit peu par vanité ?

    Dans le mausolée, à côté d'elle il y a lui non ?

    La douleur et la construction. Ce n'est peut-être pas si incongru (j'aime le mot incongru).

    Allons, tous les samedis consoler ces hommes affligés dans les quincailleries.

    Mais à bien y penser...

    Mon amie Catherine quand son amour l'a quittée.

    S'est mise à réparer les murs, refaire l'éclairage et recouvrir le plancher de sa cuisine de tuiles neuves noires et blanches.

  • Au ras du sol (4)

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    « Et passe la tempête qui change toute forme,

    passe dans le bois et le temps,

    et tout est comme hors de l'âge :

    Le paysage, tel un verset de psaume,

    n'est que gravité, éternité.

    R.M. Rilke

  • Au ras du sol (2)

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    Me rendre au travail à pieds. C'est à deux heures de marche. Il m'arrive de temps en temps de le faire. Le parcours est merveilleux. La campagne était figée hier matin. Immobile dans sa beauté. Le givre neuf sur chaque branche. Un frisson de délice, de vanité soudainement dans les arbres quand je passais près d'eux faisait tomber en flocons doux et délicats des pétales de neige. C'était un des plus beaux matins du monde.

    J'ai pensé tout à coup en marchant à la photographie de la page couverture du premier livre de Christian Bobin que j'ai lu Une petite robe de fête, Folio 2466. L'extase de la jeune femme sous le cerisier en fleurs.* J'ai pensé à l'auteur aussi, c'était un matin Bobin.

    Auteur que je n'ai pas été capable de suivre. Il publie trop. Envie fréquente de calmer ses éditeurs. Mais Une petite robe de fête demeure, dans ma vie, un des livres AH ! Qui m'a contraint au silence pendant des jours - je veux dire à me taire et à cesser d'écrire.

    J'aurais bien aimé avoir l'appareil photo dans mon sac. Je me serais sans doute arrêté, pour saisir une image et pour vous le prouver. Quoi ? Que le monde est beau.

    Mais je ne sais pas faire durer les matins comme celui-là. J'allais le qualifier d'inoubliable pourtant j'oublierai. Et une photographie n'y changerait rien.

     

    * Cerisier du Japon. Photo E. Boubat / TOP.

  • Au ras du sol

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    Aujourd'hui, dimanche, moi je ne vais nulle part. Il neige. Un peu. En attendant... Comme pour avertir. Monsieur, le chien, qui entend les avertissements bien avant nous, dix ou douze heures avant une tempête ordinairement, ne s'éloigne pas beaucoup de la maison. Je l'entends sous la fenêtre qui jappe en ce moment. Des bruits inhabituels dans les bosquets au loin... Je reviens d'une brève marche avec lui, trois-quarts d'heure en passant par ce que nous, et les voisins, appelons le golfe. Je suis entré dans la pièce et j'ai ouvert cette page-ci en même temps que celle sur ITunes où se trouve les listes de lecture. J'ai cliqué sur la liste des 25 pièces les plus écoutées récemment.

    Présentement c'est Luiz Bonfa, Sambolero, un air merveilleux, en sourdine car j'ai du mal à écrire en écoutant de la musique. Même très familière. Puis je reviens à cette note (selon Hautetfort), ce billet (selon moi).

    Josse, aux urgences cette fin de semaine, est absente pour quelques heures.

    Mais je pourrais lire. Je voudrais terminer Dreams from my father de Barack Obama (1995). Je pourrais enfin aller lire attentivement les billets récents de Solko (longue parenthèse : si j'avais suivi mon réel penchant après l'université, si ma vocation n'avait pas été contrariée, je crois que j'aurais pu être enseignant - comme quelques-uns que je lis, ici et ailleurs. Mais j'ai été perverti par la culture. Fasciné par la fabrication des outils que les humains se donnent pour vivre ensemble et tenter de se comprendre. J'aime de Solko, pièce de grande valeur, sa face intelligente, savante et ironique. De belles qualités de profs. ça non ?) ; ou je pourrais aller chez Fuligineuse, ou m'arrêter pour méditer un instant sur une page de Marine ou de Chaque Homme. Je pourrais tenter de répondre quelque chose de spirituel chez Sophie L.L. Mais sous l'éventail, où j'interviens rarement, me prennent de vitesse et d'agilité de l'esprit Tang , Pascal et d'autres lecteurs intelligents et délicats ; ou chez l'admirable Frasby aussi, où je suis bon élève, passablement lourd je l'admets ; ou chez Oranginablack (nom d'une b.d. !) où lorsqu'il me vient une idée de commentaire, je suis le trentième à le faire et chaque commentaire qui précède le mien mériterait aussi un commentaire...

    En ce moment, sur ITunes, je ne sais à quel rang, Café Robinson de Marie-Jo Thério.

    Il y a d'autres lecteurs silencieux bien sûr. Qui ne laissent pas de commentaires ici ou dans les blogs que je fréquente le plus souvent. Qui passent sans reconnaître la piste qui leur permettrait d'atterrir. Cela m'arrive aussi ailleurs. Ce n'est d'ailleurs pas uniquement une question de reconnaissance. Peut-être le plus souvent tout simplement parce que le temps est trop court.

    À vous, qui mille fois (c'est évidemment un nombre dérisoire dans la blogosphère) avez rendu visite à Épistolaire en janvier et laissé plus de cent-cinquante commentaires, je veux dire que le temps précieux, important (le vôtre et le mien) consacré à tenter de discerner dans nos itinéraires les lieux où nous pouvons mettre en commun nos connaissances, nos dons, nos mots, nos idées, notre parole, notre réalité, nos rêves et nos révoltes, ne laisse peut-être rien d'autre qu'une trace fragile dans la neige, que « le vent emporte »... Mais au ras du sol, sous nos pas, je crois que des semences qui dormaient, se réveillent.

    Bonjour ou bonne nuit. Maintenant je vais lire, Obama.