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Camagüey, Cuba

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camaguey_principal_theater.jpgTout à l'heure quand la nuit sera tombée à Camagüey, j'entrerai ici. Sur la scène du Teatro, dans un éclairage orange et vert un personnage immense et vaincu qui s'appelle Tupac Amaru s'adressant aux éperviers qui chassaient le Condor, dira : « ... j'ai choisi de trouver refuge ici. Dans le silence et dans le noir. Ce sera comme la mort je le devine. J'attendrai le jour, je sais qu'il viendra, où votre Dieu à son tour s'effondrera. »

Commentaires

  • C'est une histoire qui dure cent ans. À l'arrivée des premiers européens, les Incas d'abord les accueillirent, puis les affrontèrent. Ils prirent ensuite la fuite. Tout au long de ce siècle épouvantable ils tentèrent d'interpréter les signes, les rêves, les messages des dieux « riches et heureux » qui avaient été les leurs depuis toujours et qui les avaient nourris, éclairés, aimés. Ils furent contraint un jour d'admettre que « le dieu de la parole écrite avait vaincu les dieux de la parole vive et secrète » Pietro Citati (La lumière dans la nuit). Le dernier Inca Tupac Amaru mit un terme au temps des anciens dieux lors d'une scène inoubliable (mythique) où, monté sur l'échafaud où il allait être décapité, il imposa le silence à l'immense foule éplorée, désespérée qui le voyait humilié et attendait un miracle. Il aurait dit ceci en substance : « Sachez que tout ce que moi-même et mes ancêtres Incas vous avons dit jusqu'à présent est entièrement faux. »

    Les mots en italique du billet n'ont certainement pas été prononcés alors. L'Inca ne pouvait pas imaginer un monde sans Dieu(x). Mais les théâtres auront apportés ceci à l'humanité : des endroits pour attendre la fin de la soumission des êtres humains aux divinités.

  • Fort de café je suis. Ici.

    Car je prédis qu'un pape, entourés de soldats, répétera le même geste, dira, en substance, les mêmes paroles que le dernier Inca un jour. Je pense à ceux qui le savent déjà aussi ou qui le pressentent et qui souffrent. Comment leur dire, sans les blesser, que la fin de ce monde-là, pour moi, n'est pas la fin du monde. Comment les inviter à danser sur les décombres ? Et sur la vie continuelle, prochaine, que nous sommes incapables d'imaginer.

  • "terre nouvelle, monde nouveau"??? Comme j'aimerais danser dans ce monde là en toute fraternité... Alors, Marc, pour toi , ce n'est donc pas une utopie?

  • @ Lydie : Peut-être n'y aura-t-il pas un monde nouveau. Mais un autre monde. Un autre monde. Pas nécessairement meilleur que celui-ci. Ce monde-ci, celui dans lequel nous vivons, est fascinant. Il n'y aura jamais de monde meilleur que celui-ci pour nous. Aimons-le de toutes nos forces. Aimons notre vie. Et puis laissons la vie poursuivre son œuvre ensuite quand nous n'y serons plus. C'est, dit de façon très brève, ce que je pense du monde, de la vie et de nous qui passons dedans. Je n'ai aucune espérance. Aucune utopie. Je pense que nous pouvons danser, en toute fraternité, au présent.

  • mon grand père disait toujours, après ma mort, peu m'importe que les montagnes s'écroulent ! que la mer flambe ou que le ciel soit fendu ! j'adorais quand il disait ça, cette envie de vivre maintenant, au présent, et je n'ai jamais vu quelqu'un de plus heureux.

  • @ Leyla : Je serais incapable de le dire comme votre grand-père le disait. Je ne veux pas imaginer que les montagnes s'écroulent ou que le ciel fende ou que la mer... Mais je comprends bien sûr ce qu'il voulait dire. Et le contexte devait faire alors que cela avait un petit parfum de scandale, de provocation.

    Vous me permettez par votre commentaire de me souvenir de mon propre grand-père dont les dernières années furent marquées par la maladie de façon plutôt atroce. Un diabète sévère, les deux jambes amputées. Mais je le revois alors, qui se déplaçait avec une chaise roulante, levé le premier il nous attendait le matin immobile devant la grande fenêtre de la cuisine en regardant dehors ravi, profondément satisfait, il disait d'une voix forte et pas du tout pour se convaincre lui - mais pour nous ouvrir les yeux à nous : Maudit, que la vie est belle !

  • comme vous dites. "maudit"...

  • @ Leyla : Oui. En voici un bien placé.

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