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  • Caire (Le)

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    GD-EG-Caire-AlManyal022[1].JPGJ'entre ici, comme dans ma chambre, je redeviens l'enfant - il n'est jamais bien loin, celui qui sait écouter. Celui qui, de tous les âges de ma vie, sait le mieux entendre et comprendre.

    Je retrouve ici la lenteur de l'histoire, de l'Histoire. Les événements qui se produisent au rythme poétique de la vie. Nous entrons comme au théâtre un dimanche après-midi. Avec l'enthousiasme (et la petite pointe d'ennui), le discernement, l'attention, la concentration de l'enfance.

    Je suis vivant, je marche aujourd'hui parmi des millions d'hommes et de femmes, des enfants qui échappent enfin, enfin, enfin ! au rythme du tambour de la galère. Boum, boum, boum, boum. Travail, argent, la peur, la peur, la peur. Comme nulle part ailleurs, monte le chant des oiseaux. Même s'il n'y a plus d'oiseaux. 

  • Chicago

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    C'est peut-être bien la troisième consonne. Explosive. Chicago se vit en affrontement. Les choses se disent à voix haute ici. Pas dans un murmure comme à Cluny, à Chartres, ailleurs en C... Conflit.

    Je n'y suis venu que pour les préparatifs d'une fête. C'est mon choix. C'est mon appel. Ce sont mes limites. Être indispensable durant les quelques moments silencieux, délicieux, avant l'ouverture du rideau. Ensuite, quand le spectacle commence, laisser jouer leur rôle à ceux qui regardent, aux autres devant eux, aveuglés par les phares et qui ne voient plus personne.

     

  • Copenhague

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    « L'individu, dans son angoisse non pas d'être coupable mais de passer pour l'être, devient coupable. » Sören Kierkegaard

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  • Chartres (3)

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    Dans ce voyage immobile, parfois mon pied heurte une pierre. Le présent... Je reproduis ici des propos calmes et sensés de Frédéric Lenoir - tels n'auraient pas été les miens la semaine dernière. Cependant je me rends compte que je ne ressens plus de colère à l'endroit de l'Église catholique (cette pègre dit Moukmouk). Je l'ai quittée totalement, irrémédiablement. Il n'y a plus en moi que de la nostalgie... Car je n'oublierai pas les images, l'encens et la musique que j'aimais.

    « L'Eglise catholique traverse une crise d'une ampleur inédite depuis plusieurs décennies. Cette crise est d'autant plus profonde que sa crédibilité est atteinte dans tous les cercles : chez les non-catholiques, chez les catholiques culturels et chez les fidèles pratiquants.

    L'Eglise n'est pas victime d'une agression extérieure : les causes de ses maux actuels ne sont pas le fait des "ennemis de la foi" ou des anticléricaux. Deux graves affaires, qui relèvent de la responsabilité de sa hiérarchie, ont brutalement mis au jour ses contradictions : la levée de l'excommunication de quatre évêques intégristes, dont un tenant des propos négationnistes, et l'excommunication, quasi concomitante, par l'archevêque de Recife, d'une mère et d'une équipe médicale ayant pratiqué un avortement sur une fillette âgée de 9 ans enceinte de jumeaux, victime de viols, et dont la vie était en danger.

    A cela vient de s'ajouter les propos de Benoît XVI dans l'avion le menant en Afrique, continent le plus touché par la pandémie du sida : "On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire leur utilisation aggrave le problème."

    La première affaire a surtout scandalisé par les propos négationnistes odieux de Mgr Williamson et la triple faute du Vatican, qui n'a pas informé le pape de paroles connues des milieux avertis depuis novembre 2008 ; qui a promulgué le décret le 24 janvier alors que ces propos faisaient la "une" des médias du monde entier depuis le 22 janvier ; et enfin par la lenteur de leur condamnation.

    Mais cette levée d'excommunication "sans conditions", préambule à un processus de réintégration dans l'Eglise, a aussi profondément troublé de nombreux catholiques attachés au concile Vatican II (1962-1965) et à ses valeurs de liberté religieuse et de dialogue avec les autres religions, constamment niées par les intégristes. Dans la lettre aux évêques rendue publique le 12 mars, le pape reconnaît des erreurs dans la gestion de l'affaire Williamson et tente de se justifier sur la levée d'excommunication en utilisant l'argument de la miséricorde : "Qui annonce Dieu comme amour poussé "jusqu'au bout" doit donner le témoignage de l'amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent."

    On peut entendre, qu'au nom du message évangélique, le pape veuille pardonner et donner une nouvelle chance à des brebis égarées qui tiennent pourtant des paroles extrémistes et intolérantes depuis des années. Mais alors pourquoi l'Eglise continue-t-elle d'interdire la communion aux divorcés remariés ? Pourquoi condamne-t-elle avec une telle dureté les proches d'une fillette violée qui lui ont sauvé la vie en la faisant avorter ? La miséricorde ne doit-elle s'appliquer qu'aux intégristes ? Et comment peut-on considérer le viol d'une enfant comme moins grave qu'un avortement, qui plus est effectué à des fins vitales ?

    Le scandale est tel que plusieurs évêques français sont montés au créneau pour condamner une décision inique qui contredit non seulement la morale commune, mais aussi le message évangélique. Qu'il suffise de citer l'épisode où Jésus refuse de condamner une femme adultère, qui, selon la loi, doit être lapidée, et lance aux ultralégalistes de l'époque : "Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre" (Jean, 8). Lui-même a plusieurs fois transgressé la loi religieuse. Dostoïevski avait imaginé que si Jésus était revenu dans l'Espagne de Torquemada, il aurait été condamné au bûcher pour avoir prêché la liberté de conscience. On se demande, dans l'Eglise de Benoît XVI, s'il ne serait pas excommunié pour avoir prôné le dépassement de la loi par l'amour ?

    Nul ne demande à l'Eglise de renoncer à affirmer ses convictions. Mais ce qui ne passe pas, c'est la manière théorique et parfois brutale utilisée par la hiérarchie pour réaffirmer la norme, alors qu'il n'existe que des situations concrètes, singulières et complexes. Comme le soulignait Mgr Yves Patenôtre, évêque de la mission de France, la décision d'excommunication prononcée par l'archevêque de Recife, confirmée par Rome, "fait fi de la pratique pastorale traditionnelle de l'Eglise catholique qui est d'écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière de morale, de tenir compte du "moindre mal"". On peut dire la même chose pour la lutte contre le sida. L'usage du préservatif n'est sans doute pas la solution idéale, il n'en demeure pas moins, de fait, le meilleur rempart contre la propagation de l'épidémie pour tous ceux qui ont du mal à vivre l'abstinence et la fidélité prônées par l'Eglise. Les prêtres africains en savent quelque chose.

    L'histoire de l'Eglise est marquée par cette tension permanente entre la fidélité au message de compassion envers chaque personne de son fondateur et l'attitude de ses dirigeants qui finissent souvent par perdre de vue ce message pour privilégier l'intérêt de l'institution - devenue une fin en soi - ou s'enfermer dans un juridisme pointilleux, absurde et déshumanisant.

    Le pontificat de Jean Paul II a été marqué du sceau d'une profonde ambiguïté : intransigeant et traditionaliste sur le plan moral et doctrinal, il a été aussi un homme de dialogue et de coeur, multipliant les gestes forts envers les humbles et les autres religions. Benoît XVI n'est l'héritier que du versant conservateur de son prédécesseur. Et il n'y a plus dans l'Eglise d'Abbé Pierre ni de Soeur Emmanuelle, ces "croyants croyables", pour pousser un coup de gueule face à des décisions dogmatiques déshumanisantes, jouant ainsi un rôle cathartique et servant de précieux médiateurs entre les fidèles et l'institution.

    Un schisme silencieux menace l'Eglise sur sa gauche, autrement plus grave que celui des traditionalistes. Benoît XVI entendait réévangéliser l'Europe. Il n'aura peut-être réussi qu'à reconquérir une poignée d'intégristes, au détriment de la perte de nombreux fidèles attachés aux valeurs évangéliques et d'individus en quête de sens à qui Rome semble ne plus savoir offrir que du dogme et de la norme. »

    Frédéric Lenoir, Le Monde, hier.

  • Chartres (2)

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    Théorie des fractales. Il y a dans toutes formes, une forme initiale reproduite autant de fois qu'il faut pour produire ces nouvelles formes. Le monde est gigogne. Sur n'importe quelle pierre de n'importe quel sentier qui mène ici, la vision de cette cathédrale est possible. Il faut se pencher - et puis un peu se tordre le cou... Regarder de près. Pas de haut, pas de loin.

  • Chartres

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    « ... L'Île c'est comme Chartres
    C'est haut et propre
    Avec des nefs
    Avec des arcs, des corridors
    Et des falaises... »

    Félix Leclerc

     

    Haut et propre. C'est une vision de l'humanité qui est exprimée ici. Le haut est propre... Vrai ?

    Nostalgie aristocratique. J'aime bien quand même cette évocation, ce parallèle ; je vois la cathédrale, les nefs, les corridors, les falaises. Celles d'ici, celles-là au loin.

  • Chant-de-Mars

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    Le destin de l'homme se joue partout
    et tout le temps

    « Parler de l'humanité, c'est parler de soi-même. Dans le procès que l'individu intente perpétuellement à l'humanité, il est lui-même incriminé et la seule chose qui puisse le mettre hors de cause est la mort. Il est significatif qu'il se trouve constamment sur le banc des accusés, même quand il est juge. Personne ne peut prétendre que l'humanité est en train de pourrir sans avoir, tout d'abord, constaté les symptômes de la putréfaction sur lui-même. Personne ne peut dire que l'être humain est mauvais sans avoir lui-même commis de mauvaises actions. En ce domaine, toute observation doit être faite
    in vivo. Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l'humanité et contribue par sa vie, qu'il le veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur et de malheur, de grandeur et d'infamie, d'espoir et de désolation, de l'humanité.

    C'est pourquoi je puis oser dire que le destin de l'homme se joue partout et tout le temps et qu'il est impossible d'évaluer ce qu'un être humain peut représenter pour un autre. Je crois que la solidarité, la sympathie et l'amour sont les dernières chemises blanches de l'humanité. Plus haut que toutes les vertus, je place cette forme d'amour que l'on appelle le pardon. Je crois que la soif humaine de pardon est inextinguible, non pas qu'il existe un péché originel d'origine divine ou diabolique mais parce que, dès l'origine, nous sommes en butte à une impitoyable organisation du monde contre laquelle nous sommes bien plus désarmés que nous pourrions le souhaiter.

    Or, ce qu'il y a de tragique dans notre situation c'est que, tout en étant convaincu de l'existence des vertus humaines, je puis néanmoins nourrir des doutes quant à l'aptitude de l'homme à empêcher l'anéantissement du monde que nous redoutons tous. Et ce scepticisme s'explique par le fait que ce n'est pas l'homme lui-même qui décide, en définitive, du sort du monde, mais des blocs, des constellations de puissances, des groupes d'États, qui parlent tous une langue différente de celle de l'homme, à savoir celle du pouvoir.

    Je crois que l'ennemi héréditaire de l'homme est la macro-organisation, parce que celle-ci le prive du sentiment, indispensable à la vie, de sa responsabilité envers ses semblables, réduit le nombre des occasions qu'il a de faire preuve de solidarité et d'amour, et le transforme au contraire en co-détenteur d'un pouvoir qui, même s'il paraît, sur le moment, dirigé contre les autres, est en fin de compte dirigé contre lui-même. Car qu'est-ce que le pouvoir si ce n'est le sentiment de n'avoir pas à répondre de ses mauvaises actions sur sa propre vie mais sur celle des autres ?

    Si, pour terminer, je devais vous dire ce dont je rêve, comme la plupart de mes semblables, malgré mon impuissance, je dirais ceci : je souhaite que le plus grand nombre de gens possible comprennent qu'il est de leur devoir de se soustraire à l'emprise de ces blocs, de ces Églises, de ces organisations qui détiennent un pouvoir hostile à l'être humain, non pas dans le but de créer de nouvelles communautés mais afin de réduire le potentiel d'anéantissement dont dispose le pouvoir en ce monde. C'est peut-être la seule chance qu'ait l'être humain de pouvoir un jour se conduire comme un homme parmi les hommes, de pouvoir redevenir la joie et l'ami des ses semblables. »


    Stig Dagerman, Vi, 1950.
    Traduction de Philippe Bouquet

    J'emprunte cet extrait au site de l'éditeur oiedecravan.

  • Camagüey, Cuba

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    camaguey_principal_theater.jpgTout à l'heure quand la nuit sera tombée à Camagüey, j'entrerai ici. Sur la scène du Teatro, dans un éclairage orange et vert un personnage immense et vaincu qui s'appelle Tupac Amaru s'adressant aux éperviers qui chassaient le Condor, dira : « ... j'ai choisi de trouver refuge ici. Dans le silence et dans le noir. Ce sera comme la mort je le devine. J'attendrai le jour, je sais qu'il viendra, où votre Dieu à son tour s'effondrera. »