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Chennai (Madras) (2)

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Souvent je me demande jusqu'à quel point peuvent se reconnaître l'homme et la bête qui ne parle pas.

À travers quel paradis primitif, au matin de la lointaine création, courut le sentier où leurs cœurs se rencontrèrent.

Bien que leur parenté ait été longtemps oubliée, les traces de leur constante union ne se sont pas effacées.

Et soudain, dans une harmonie sans paroles, un souvenir confus s'éveille et la bête regarde le visage de l'homme avec une tendre confiance et l'homme abaisse ses yeux vers la bête avec une tendresse amusée.

Il semble que les deux amis se rencontrent masqués et se reconnaissent vaguement sous le déguisement.

 

R. Tagore, Le Jardinier d'amour, LXXIX

Commentaires

  • Il me semble que c'est exactement cela. Et comment le dire mieux ?

  • @ Frasby : Je pense que ce n'est pas la première fois que je cite cette page. Et je pense exactement comme vous : il me semble que les choses sont ainsi et je me demande comment on pourrait le dire mieux. Éviter l'anthropomorphisme en parlant de notre capacité (incapacité) à communiquer avec les animaux n'est pas chose facile. Mais je crois percevoir dans le regard de mon chien, par exemple, une vague reconnaissance (qui remonterait au temps des amibes ?)

    Et puis Tagore, ici, parce que ce continent m'apparaît fertile de poésie et de sagesse.

    Merci de votre passage.

  • Je crois que cette phrase de Tagore doit parler plus sensiblement à des gens qui ont des animaux, qui vivent en compagnie d'animaux ; parce que cette communication, cette "reconnaissance" très particulière s'établit aussi sur la durée d'une manière souvent étonnante et si l'on comprend un peu de quels rapports doivent se nourrir l'Homme et l'animal, on ne sera jamais dans l'anthropomorphisme... (on ne mettra jamais des manteaux à son chien, ou des kikis sur ses oreilles, parce que si on ose faire cela, le type de communication dont parle TAGORE me paraît impossible, il me semble que l'animal même ne s'y glisserait pas, comme par... euh disons instinct.)
    Ce que vous dites de votre chien, c'est souvent ce que je pensais en croisant le regard du mien. C'est assez peu communicable à un humain sans animal (votre reflexion). Les animaux sont des "esprits" peut-être ? Des êtres intermédiaires.
    Votre billet me touche beaucoup et me rappelle à quel point cette présence, cette harmonie sans parole manque terriblement à mes jours. Il me semble qu'en perdant mon chien, il y a un peu plus d'un an, j'ai perdu le sens d'une communication qui mettait en état de grâce, je ne saurais dire pourquoi ni comment... cette accès un peu mystérieux à un "monde" totalement incomparable à celui des humains et pourtant si proche me rendait plus "harmonieuse" je crois dans mes rapports à tout... Cela étant plus vrai, une fois que cette chose n'est plus, c'est comme s'il manquait aujourd'hui, une sorte de dimension précieuse, à toute perception...

  • @ Frasby : Merci. En effet, pas de manteaux, pas de kikis, pas de bijoux. C'est inconcevable. Violent. Inconscient. Puissiez-vous avoir longtemps accès à ce pays de silence, harmonieux et nostalgique qui vous a été révélé par un animal.

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