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  • Savalou

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    Comment faire pour être moi ?

    Que faire pour être moi ?

    Mais s'il n'y a pas de toi ? De vous ? D'ils-d'elles ?

    Ça signifie quoi, moi ?

  • San Vicente de la Barquera

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    Les ponts sont des échelles horizontales. Roméo, Juliette, d'un bord et de l'autre de la baie, de la rivière, du ravin, du ruisseau. Ponts, monuments aux amants.

  • San Francisco

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    Il y a 160 ans, presque la moitié de la population de San Francisco était francophone (française en fait). Il y avait quatre quotidiens publiés en français. C'était alors une ville d'aventuriers. De chercheurs d'or.

    L'Amérique fut bien longtemps rêvée. Pour ceux qui rêvaient déjà ici, on peut parler des cauchemars qui durent des siècles.

    San Francisco me réconcilie-t-elle avec ce que l'Amérique est devenue ? Parfois, tout simplement, le rêve, des uns et des autres, c'est l'apparition dans la vie chaotique, d'une séquence ordonnée, calmée, où personne, ni soi, ni les anges, ni les démons, n'est vaincu, n'est vainqueur. Je veux dire que cet endroit n'est pas non plus un réveil brutal.

  • Et ici (5)

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    À Josse,

    C'est à l'extérieur de ma carapace. Mon monde. Juste avant le vaste monde. Durant le temps immobile et le 21 mai. Durant l'attente des fleurs et les fleurs, durant l'attente des fruits et les fruits. Durant l'attention et le travail. Je t'aime.

  • Et ici (4)

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    000_0006.JPGC'est à l'intérieur de ma carapace. Chaque mot qui me rejoint bat, comme un tambour, sur la peau dure des livres. Chaque regard passe par la fenêtre. Chaque son passe par le silence que je protège. Chaque présence - bien rare, passe par le temps, inouï, invraisemblable, merveilleux, d'une horloge qui bat selon le rythme du tambour, de la lumière qui passe par la fenêtre, du silence...

  • Et ici (3)

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    Les gazelles et la fourmi

    On dit que le roi Salomon, un jour qu'il était fatigué de ses palais et de ses femmes, s'en fut méditer au désert. Or, comme il cheminait à longs pas dans le sable, au bout de sa sandale il vit une fourmi qui marchait, le front bas, têtue comme au labour, refusant l'abri des cailloux, la halte au frais des herbes rares. Salomon, la voyant si brave et obstinée, se pencha sur elle. Il lui dit :

    - Petite bête, où vas-tu donc avec une hâte aussi droite ? Elle répondit :

    - Grand roi, ne me retarde pas. Je cours où mon âme m'appelle, à la poursuite des gazelles.

    Salomon haussa les sourcils.

    - Amie, dit-il amusé, je connais ces sœurs du désert. Elles sont si vives, si légères qu'elles semblent jouer avec Dieu. En vérité, que sais-tu d'elles ? En as-tu déjà rencontré sur tes minuscules chemins ?

    - Hélas non, répondit l'insecte, mais j'ai vu leurs ombres passer. Leur miraculeuse beauté m'a pris l'âme, le cœur, les sens. je ne peux plus vivre sans elles.

    Le roi des rois s'agenouilla, la prit sur le bout de son doigt.

    - Tu rêves, lui dit-il. Tu voudrais les rejoindre ? Elles franchissent d'un saut la dune que tu escalades en cent jours ! Qu'espères-tu ? À les poursuivre, tu dégringoleras bientôt dans une empreinte de leur course et le vent t'enfouira dedans. Abandonne tes illusions. Retourne auprès de tes pareilles que tu n'aurais pas dû quitter !

    - Je sais que la raison t'inspire, ô roi des rois, dit la fourmi. Mon pas est court, ma vie n'est qu'un jour de la tienne, mon ciel n'est pas plus haut qu'un brin d'herbe naissant. Je ne suis rien, j'aspire à la grâce parfaite. J'avoue que c'est une folie, Mais qu'importe à mon cœur aimant ? Le désir me tient, il me pousse, il ne me laisse aucun repos. Je me soumets à ce qu'il veut, et la mort ne me sera rien si elle me prend sur mon chemin, à la poursuite des gazelles.

    Henri Gougaud, Les gazelles et la fourmi, L'amour foudre, Seuil, 2003

    Photo : Éverest au loin.

  • Et ici (2)

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    À l'entrée de la ville

    il y a un petit pont.

    De l'autre côté vers les collines à l'ouest

    il y a trois écoles, le marchand de légumes et de fruits

    la maison de mon ami Théo.

    Je les salue, ce matin en passant

    d'un geste discret de la main

    celle qui est enfouie dans la poche de mon coupe-vent,

    et qui tient le diapason.

    La.

    Là.

    Heureux de vivre aujourd'hui.

    Heureux que nous soyons vivants.

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    Photo : Marjorie Tyroler

     

  • Et ici !

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    Les collines de chez moi

    Je salue les fleurs,
    je salue les pierres,
    je salue les collines,
    je salue les vieilles gens
    à la vie dure
    imprimée sur leur visage.

    Elles disent :
    heureusement tu es de retour.
    Nous avons pensé à toi.

    Je suis surpris
    d’entendre ces mots.
    Le visage d’en face
    est comme un billot cordial.

    À la fin, je me sens
    vraiment rentré chez moi.

     Tarjei Vesaas, Être dans ce qui s'en va

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    Photo : Maryse Bolduc, 2008
  • Eugene, Oregon

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    Eugene, ville de l'art et du plein air... Il y a vingt ans, au temps lointain d'avant les blogs, j'habitais à Montréal. D'où j'écrivais une lettre hebdomadaire - que je photocopiais et que je faisais parvenir par la poste à une trentaine d'amis. S'ils me répondaient, j'incluais leurs réponses dans la lettre suivante. Je voulais créer un « espace » de dialogue -, ce fut un espace d'écriture. Ce qui n'exclut pas nécessairement le dialogue.

    Il m'est arrivé d'inventer des interlocuteurs dans ces lettres. Au cours de semaines sans réponses sans doute. Lucas, par exemple, (je-il) m'écrivait très souvent. Habitait à Florence en Oregon, était mon persifleur attitré. Déconstruisait mes lettres, étalait ma vie, décelait mes fautes et mes mensonges, me faisait des reproches comme une conscience peuplée.

    J'ai de la tendresse pour la côte Pacifique en Oregon. Je pourrais y rencontrer Lucas maintenant à Florence près de l'océan, ou à Eugene, ville d'art et de plein air... Depuis que je ne cherche plus à l'éviter, il ne cherche plus ma petite bête noire.

  • Évora

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    450px-Templo-Evora_1.JPGSous le ciel du Portugal. Une ruine romaine.

    Éden, cité lointaine, grotte au haut de la montagne, nid d'aigle, temple détruit, mur du temple détruit, mur du temps où poussent quelques fougères, où percent quelques liserons verts, chambre interdite à l'intérieur du donjon, château blanchâtre perdu au fond de l'immense forêt pleine de cerfs, de biches, d'ours, de sangliers, de loups, de faucons, de vautours.

    Toujours nous tente le désir de retourner là où nous avons été heureux.

    Nous ne savons plus très bien où était ce lieu merveilleux et obscur. Nous croyons qu'il date de l'air atmosphérique et qu'il se trouve dans l'espace.

    aussitôt après, sur la même page...

    Les Indiens Sioux disaient : Nous aimons cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère

    Pascal Quignard, Sur le jadis, Grasset, page 103.

  • Erbil

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    Citadelle ! Je t'ai donc bâtie comme un navire. Je t'ai clouée, gréée, puis lâchée dans le temps qui n'est plus qu'un vent favorable.

    Navire des hommes dans lequel il manquerait l'éternité !

    Saint-Exupéry, Citadelle.

    La photo est de Erbil, en Iraq, province Kurde.

  • El Sur

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    À Fra(mboi)se(s)by,

    Certains jours, plus certains jours, plus certains jours = un an. J'aime certains jours, pour la gentillesse et pour l'esprit. Pour l'esprit et pour la gentillesse. Pour l'esprit gentil. Bravo et merci.

    ...

    Je voulais aussi attirer votre attention sur la photo. Car Frasby, à plus d'une reprise, a publié la photo de cette dame, vue de dos, habillée autrement, portant d'autres chaussures. Mais c'est bien la même. À Lyon, à Bogota. Une conteuse à l'affût. De quoi ? De l'esprit gentil. Car c'est une porte ouverte sur l'extraordinaire.

    Il y a très longtemps, du temps où nous pouvions faire un vœu et que cela avait le pouvoir de changer quelque chose, vivait un roi dont les filles étaient toutes vraiment belles ; la plus jeune surtout, était si belle que le soleil lui-même était émerveillé lorsqu'il l'illuminait. Près du château de ce roi, il y avait une forêt, sombre et tranquille, et près d'un arbre millénaire dans cette forêt, il y avait une fontaine. Les jours de temps chaud, durant les heures de canicule, la jeune enfant se rendait près de la fontaine et s'amusait là. Pour passer le temps, elle prenait sa petite balle dorée la lançait en l'air et la rattrapait ; c'était son jeu préféré.

    Un jour, alors qu'elle jouait, il arriva que la petite balle dorée lancée ne retomba pas dans sa main, passa tout droit, bondit et roula directement dans l'eau. La princesse la suivait des yeux, mais la balle disparut. Et la fontaine était si profonde, si profonde qu'on n'en voyait pas le fond. Elle se mit alors à pleurer. Et tandis qu'elle pleurait elle entendit une voix. Qui s'adressait à elle. " Qu'avez-vous princesse, dit la voix, vous pleurez si fort, vos pleurs sont si impressionnants, qu'une pierre même serait émue. " Elle regarda tout autour et ne vit que la tête énorme, hideuse, d'un crapeau, qui surnageait dans l'eau de la fontaine.

    Les frères Grimm, Les contes de fées - Le premier conte, Le roi Crapeau

    Vous vous souvenez de la suite n'est-ce pas ? Le crapeau va chercher la petite balle dorée après avoir obtenu la promesse que la princesse le ramènerait chez elle et qu'elle lui permettrait de vivre près d'elle, de boire dans son petit verre, de jouer avec ses jouets, de dormir près d'elle sur l'oreiller. La gros crapeau hideux rapporta donc la balle dorée du fond de l'eau. Et la princesse, joyeuse, la saisit. Puis s'en retourna au château en oubliant sa promesse et le crapeau...

    Ce crapeau était musicien. Évidemment, après cette apparition, il devint nostalgique. Il le redevint. Se remit au bandonéon. Joua éperdument. Tira des larmes aux saules pleureurs (ce n'est pas un exploit j'en conviens) qui poussaient près de la fontaine, mais même aux ifs, aux quands et aux peut-êtres dont les bosquets ombrageaient les trilles et les champignons. Enfin vous voyez. Il jouait du bandonéon. Se souvenant de temps heureux. En attendant des temps heureux.

    Tandis que la princesse allait ça et là dans le château jouant à la princesse qui ne connaît pas son destin... Ayant oublié, apparemment, celui qu'elle avait rencontré près de la fontaine.

    Il arrive parfois, dans les contes, dans les histoires, dans les légendes, que les héros, les héroïnes, ouvrent la porte du fantastique et que l'extraordinaire fasse irruption dans leur vie mais qu'ils mettent du temps à s'en rendre compte. Alors ce qui se trouve là derrière est bien obligé d'attendre ou d'insister un peu.

    Certains jours, vous l'avez compris, c'est le Roi Crapeau qui joue du bandonéon. Nous qui le visitons, sommes des princesses. Certain(e)s jouent même près de la fontaine avec leur balle, la laissent tomber dans l'eau. Fidèlement, à chaque fois, le Roi, l'esprit gentil, nous la rapporte en nous faisant promettre une chose qu'on oublie aussitôt.

    Nous ne vivons plus dans le temps où les vœux ont le pouvoir de changer quelque chose ?

    ...

    Alors Frasby ? Je m'en suis bien tiré avec l'esprit gentil ? Sûr que j'ai eu envie d'effacer et de trouver mieux. Mais bon. Comme c'est un anniversaire et que je m'étais mis à chanter, enthousiaste, avec bien d'autres...

  • Ettersberg (le mont, la forêt)

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    Qu'y a-t-il dis-je irrité sans doute cassant. Le silence de la forêt vous étonne autant ?

    Il tourne la tête vers les arbres alentour. Les autres aussi. Dressent l'oreille. Non ce n'est pas le silence. Il n'avaient rien remarqué, pas entendu le silence. C'est moi qui les épouvante, rien d'autre visiblement.

    Jorge Semprun, L'écriture ou la vie.

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    Un phare maintenant dans la forêt. Un phare ? Non. Un clocher. Un phare pour les oreilles. Je retrouve les phrases brèves de Monsieur Semprun ici, qui, lorsqu'il revient, croit entendre à nouveau les sifflets du camp.

    Pour moi les cloches. Le silence. Le souvenir du regard d'un jeune homme qui a survécu et que l'on prend pour un fantôme. Le silence. L'oubli. L'horreur devenue une forêt paisible. Les oiseaux aussi sont revenus.

    ...

    Mais le chagrin est préservé. Qui me semble un avantage (que les européens se sont donné sur nous, nord-américains). Car les vies, très nombreuses, qu'a coûté notre bref empire - de l'espoir et de l'avenir ?, ont été effacées des consciences et des mémoires.

    Où pouvons-nous aller, où sont donc les pierres érigées vers lesquelles nous pouvons aujourd'hui nous tourner ? Sur ce continent, les ancêtres sont des cailloux sur les bords des chemins. Parfois je me penche, en saisis un dans mes mains. J'écoute. Je me souviens.