28.05.2009
Savalou
Comment faire pour être moi ?
Que faire pour être moi ?
Mais s'il n'y a pas de toi ? De vous ? D'ils-d'elles ?
Ça signifie quoi, moi ?
17:31 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : s.bénin
San Vicente de la Barquera

08:33 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : s, ponts
27.05.2009
San Francisco

Il y a 160 ans, presque la moitié de la population de San Francisco était francophone (française en fait). Il y avait quatre quotidiens publiés en français. C'était alors une ville d'aventuriers. De chercheurs d'or.
L'Amérique fut bien longtemps rêvée. Pour ceux qui rêvaient déjà ici, on peut parler des cauchemars qui durent des siècles.
San Francisco me réconcilie-t-elle avec ce que l'Amérique est devenue ? Parfois, tout simplement, le rêve, des uns et des autres, c'est l'apparition dans la vie chaotique, d'une séquence ordonnée, calmée, où personne, ni soi, ni les anges, ni les démons, n'est vaincu, n'est vainqueur. Je veux dire que cet endroit n'est pas non plus un réveil brutal.
08:28 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : s, ponts
21.05.2009
Et ici (5)
À Josse,
C'est à l'extérieur de ma carapace. Mon monde. Juste avant le vaste monde. Durant le temps immobile et le 21 mai. Durant l'attente des fleurs et les fleurs, durant l'attente des fruits et les fruits. Durant l'attention et le travail. Je t'aime.
08:55 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : e, josse
20.05.2009
Et ici (4)
C'est à l'intérieur de ma carapace. Chaque mot qui me rejoint bat, comme un tambour, sur la peau dure des livres. Chaque regard passe par la fenêtre. Chaque son passe par le silence que je protège. Chaque présence - bien rare, passe par le temps, inouï, invraisemblable, merveilleux, d'une horloge qui bat selon le rythme du tambour, de la lumière qui passe par la fenêtre, du silence...
19:03 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : e
18.05.2009
Et ici (3)

Les gazelles et la fourmi
On dit que le roi Salomon, un jour qu'il était fatigué de ses palais et de ses femmes, s'en fut méditer au désert. Or, comme il cheminait à longs pas dans le sable, au bout de sa sandale il vit une fourmi qui marchait, le front bas, têtue comme au labour, refusant l'abri des cailloux, la halte au frais des herbes rares. Salomon, la voyant si brave et obstinée, se pencha sur elle. Il lui dit :
- Petite bête, où vas-tu donc avec une hâte aussi droite ? Elle répondit :
- Grand roi, ne me retarde pas. Je cours où mon âme m'appelle, à la poursuite des gazelles.
Salomon haussa les sourcils.
- Amie, dit-il amusé, je connais ces sœurs du désert. Elles sont si vives, si légères qu'elles semblent jouer avec Dieu. En vérité, que sais-tu d'elles ? En as-tu déjà rencontré sur tes minuscules chemins ?
- Hélas non, répondit l'insecte, mais j'ai vu leurs ombres passer. Leur miraculeuse beauté m'a pris l'âme, le cœur, les sens. je ne peux plus vivre sans elles.
Le roi des rois s'agenouilla, la prit sur le bout de son doigt.
- Tu rêves, lui dit-il. Tu voudrais les rejoindre ? Elles franchissent d'un saut la dune que tu escalades en cent jours ! Qu'espères-tu ? À les poursuivre, tu dégringoleras bientôt dans une empreinte de leur course et le vent t'enfouira dedans. Abandonne tes illusions. Retourne auprès de tes pareilles que tu n'aurais pas dû quitter !
- Je sais que la raison t'inspire, ô roi des rois, dit la fourmi. Mon pas est court, ma vie n'est qu'un jour de la tienne, mon ciel n'est pas plus haut qu'un brin d'herbe naissant. Je ne suis rien, j'aspire à la grâce parfaite. J'avoue que c'est une folie, Mais qu'importe à mon cœur aimant ? Le désir me tient, il me pousse, il ne me laisse aucun repos. Je me soumets à ce qu'il veut, et la mort ne me sera rien si elle me prend sur mon chemin, à la poursuite des gazelles.
Henri Gougaud, Les gazelles et la fourmi, L'amour foudre, Seuil, 2003
Photo : Éverest au loin.
08:49 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : e, gougaud
16.05.2009
Et ici (2)
À l'entrée de la ville
il y a un petit pont.
De l'autre côté vers les collines à l'ouest
il y a trois écoles, le marchand de légumes et de fruits
la maison de mon ami Théo.
Je les salue, ce matin en passant
d'un geste discret de la main
celle qui est enfouie dans la poche de mon coupe-vent,
et qui tient le diapason.
La.
Là.
Heureux de vivre aujourd'hui.
Heureux que nous soyons vivants.

07:46 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : e, coaticook, ce qui est à venir
13.05.2009
Et ici !
Les collines de chez moi
Je salue les fleurs,
je salue les pierres,
je salue les collines,
je salue les vieilles gens
à la vie dure
imprimée sur leur visage.
Elles disent :
heureusement tu es de retour.
Nous avons pensé à toi.
Je suis surpris
d’entendre ces mots.
Le visage d’en face
est comme un billot cordial.
À la fin, je me sens
vraiment rentré chez moi.
Tarjei Vesaas, Être dans ce qui s'en va

21:54 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : e, coaticook
10.05.2009
Eugene, Oregon
Eugene, ville de l'art et du plein air... Il y a vingt ans, au temps lointain d'avant les blogs, j'habitais à Montréal. D'où j'écrivais une lettre hebdomadaire - que je photocopiais et que je faisais parvenir par la poste à une trentaine d'amis. S'ils me répondaient, j'incluais leurs réponses dans la lettre suivante. Je voulais créer un « espace » de dialogue -, ce fut un espace d'écriture. Ce qui n'exclut pas nécessairement le dialogue.
Il m'est arrivé d'inventer des interlocuteurs dans ces lettres. Au cours de semaines sans réponses sans doute. Lucas, par exemple, (je-il) m'écrivait très souvent. Habitait à Florence en Oregon, était mon persifleur attitré. Déconstruisait mes lettres, étalait ma vie, décelait mes fautes et mes mensonges, me faisait des reproches comme une conscience peuplée.
J'ai de la tendresse pour la côte Pacifique en Oregon. Je pourrais y rencontrer Lucas maintenant à Florence près de l'océan, ou à Eugene, ville d'art et de plein air... Depuis que je ne cherche plus à l'éviter, il ne cherche plus ma petite bête noire.
07:54 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : e, lucas, lettres
09.05.2009
Évora
Sous le ciel du Portugal. Une ruine romaine.
Éden, cité lointaine, grotte au haut de la montagne, nid d'aigle, temple détruit, mur du temple détruit, mur du temps où poussent quelques fougères, où percent quelques liserons verts, chambre interdite à l'intérieur du donjon, château blanchâtre perdu au fond de l'immense forêt pleine de cerfs, de biches, d'ours, de sangliers, de loups, de faucons, de vautours.
Toujours nous tente le désir de retourner là où nous avons été heureux.
Nous ne savons plus très bien où était ce lieu merveilleux et obscur. Nous croyons qu'il date de l'air atmosphérique et qu'il se trouve dans l'espace.
aussitôt après, sur la même page...
Les Indiens Sioux disaient : Nous aimons cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère
Pascal Quignard, Sur le jadis, Grasset, page 103.
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