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  • Sault-Ste-Marie 2

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    La plupart des êtres humains y sont passés. Les choses me semblent ainsi. Nombreux - innombrable - à avoir pris cette route. Qui longe l'immensité. Ici c'est le Lac Supérieur. Je n'écris pas cela pour faire image. C'est bel et bien le cas. D'un côté l'eau douce jusqu'à l'infini, de l'autre côté la forêt jusqu'à sa disparition vers le Pôle nord. Pour d'autres cela a pu être une rue... Une rue. Ou une ruelle. Ou bien une chambre, un lit, un petit coussin sur lequel on s'est agenouillé, ou on y a mis la tête.

    Je tente de décrire le temps, l'espace ou le lieu d'une conversion. Mon chemin de Damas, on peut le voir ainsi ; l'endroit où je suis tombé du cheval. Où j'ai entendu une (des) voix et compris ce qu'elle(s) disai(en)t. Je me suis relevé plus fort. C'est évident. Cette expérience portait en elle son propre oubli. C'était l'une des conditions. Pour obtenir la force, l'oubli. Et pour la durée, la dureté.

    Je tente de décrire l'expérience d'être devenu pierre. Je veux aussi laisser entendre que j'ai mis au moins quarante années ensuite à tenter de redevenir chair.

  • Sault-Ste-Marie

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    De Sault Ste-Marie à Wawa : 200 km. De Wawa à Thunder Bay : 200 km.

    Je veux parler de la solitude. De l'expérience de l'éloignement. De ce qui nous enseigne la distance. L'irrémédiable. L'endroit où, précisément, j'étais lorsque j'ai vraiment cessé d'y être. D'en être. De naître plus. Pas. Presque pas. Pour personne. Les 400 km où j'ai tout perdu. Remarquez que cela aurait pu se faire sur 4 mètres aussi. L'illumination moins l'amour. Je veux dire le détachement moins la joie. La mise à l'écart et c'est tout. C'est un grondement sourd et puis une vague solide. La terre tremble. Mais rien ne s'écroule. Tout reste debout. Puisqu'il faut vivre. J'ai mis des années à me souvenir que c'est la distance exactement qu'il m'a fallu parcourir pour entrer dans la solitude. Une sorte de deuil... La colère passée. L'illumination sans l'amour.

  • Ste-Edwidge

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    Sophie et Sébastien. Un jeune couple, elle enseignante, lui restaurateur, ont ouvert dans leur maison un petit restaurant familial. Ils sont beaux et sympathiques. L'établissement - on entre par la cuisine - est à leur image.

    05_chemin_favreau.jpgLa première fois que nous y sommes allés, j'ai demandé à Sébastien, puisque c'est lui qui est aux chaudrons, s'il arrivait d'une école d'hôtellerie, ou bien s'il avait acquis une expérience de cuisine dans un restaurant auparavant.

    - Non. J'ai appris à cuisiner très jeune. Mon grand père est italien, m'a-t-il répondu sur un tel ton d'évidence que j'ai souri aussitôt.

    Et je lui ai raconté cette scène du film, Good Morning Babilonia. Une séquence inoubliable où les deux frères (caméra en contre-plongée) qui viennent de se voir refuser un emploi comme décorateurs pour un studio de Hollywood, se réclament de Léonard de Vinci, de Michelange... « Et vous, ajoute l'un d'eux en s'adressant au directeur technique qui leur est hostile et qui refuse de les engager, vous êtes le fils de qui ? »

  • Salem

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    Salemwitch.jpgNathaniel aimait Sylvie. Il n'est plus très sûr qu'il l'aime aujourd'hui. Depuis le cancer, il y a neuf mois, Sylvie « n'est plus la même. Ou peut-être que ce sont tous les côtés de l'ombre qui apparaissent ? Je ne supporte plus la dénégation, le mensonge, la rationalisation devant la maladie et son issue. »

    - ?

    - Elle ne veut pas qu'on prononce le mot cancer en sa présence. Elle suit des traitements de chimiothérapie à toutes les deux semaines et consomme des médicaments, une vraie liste !

    - C'est sûrement très difficile à vivre pour toi aussi.

    - L'angoisse.

    Photo : gravure de Howard Pyle (1883). Arrestation d'une vieille femme à Salem Village, Mass., Vers la fin du 17e siècle, en Amérique, une communauté isolée, laissée à elle-même, fit un procès pour sorcellerie à plusieurs de ses concitoyens qui avaient eu des liens avec les Amérindiens des alentours. 25 d'entre eux (elles) furent condamné(e)s à mort. La majorité des femmes. 

  • Sion

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    L'endroit où l'on retourne. Parce qu'on y a été heureux, enfant. Parce que notre nom, là-bas, est un nom familier. Ce n'est pas donné à tout le monde.

  • Sienne

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    sienne_2197.jpg

    The O'Shean Kyebow Circus. Je traverse la place d'un pas vif. Un type immobile près de l'entrée de la tour, grand, roux, regarde le ciel. Près de lui, deux valises, un bérêt sur le sol - quelques pièces. Derrière lui une belle affiche dans un plexi est appuyée sur le mur. Sur celle-ci il y a le nom du cirque. la caligraphie est élégante et puis ceci : siamo troppo lontani di gusti . Nos goûts sont trop éloignés...

    Il porte un costume étonnant. Trouvère et spationaute. Je pense à Turn around Norman sur le parvis de la Cathédrale St-Patrick à New-York. Un danseur (de trente ans et à la retraite) dont la performance trois fois par semaine est de tourner sur lui-même, sur place, si lentement qu'on ne peut en percevoir le mouvement. Le tour complet prend au moins deux heures, j'en ai été le témoin. Je m'attends, j'attends ici le mouvement imperceptible - je serais heureux de retrouver cette sensation de l'objet inanimé et du temps aboli. Mais je recule de quelques pas car j'imagine tout autant quelque geste brusque qui me fera sursauter.

    Quelques personnes s'arrêtent aussi près de moi. L'artiste s'anime soudain. C'est un magicien, Un mentaliste (nous annonce-t-il en italien, mâtiné d'anglais et de français). Buon giorno ladies e signori. Je suis O'Shean Kyebow de Edimburg. Grazie mille - stay a moment with me. Il passe près de l'un et tire de son oreille quelques pièces ou des petites balles rouges. Près d'une autre et l'invite à ouvrir son sac. Il en déroule un long papier fin sur lequel sont imprimés des dessins, des mots, des photographies. L'une d'elle est une photographie de la dame, éberluée, qui tient le sac.

    Nous sommes amusés, intrigués, joyeux. Il y a aussi les tours de cartes. J'essaie de trouver l'issue, le truc. Il va trop vite. Je n'ai pas le temps de réfléchir. Mais ce dont je me souviendrai toujours c'est cette séquence-ci. : il me demande à moi si j'ai un livre dans mon sac à dos. Je lui dis oui, plus qu'un. Il me dit d'en prendre un, au hasard, de l'ouvrir aussi à une page au hasard. Je pige dans mon sac j'en tire les Sonnets. Dès que j'ouvre la page, il récite d'une voix forte et dans un français impeccable :

    Devance tout adieu, comme s'il se trouvait derrière
    toi, à l'instar de cet hiver qui va se terminer.
    Car entre les hivers, il est un tel hiver sans fin
    qu'être au-delà de lui, c'est pour ton coeur l'être de tout.

    Sois toujours mort en Eurydice - et plus chant que jamais
    remonte, et plus louange, ainsi remonte au pur rapport.
    Ici, chez les passants, sois, au royaume où tout prend fin,
    sois un verre qui sonne et dans le son déjà se brise.

    Sois - et sache à la fois la condition qu'est le non-être,
    l'infini fondement qu'il est de ta ferveur vibrante,
    et donne à celle-ci, unique fois, pleine existence.

    A la nature, utilisée ou bien dormante et muette,
    à cette ample réserve, à cette inexprimable somme,
    ajoute-toi en joie et ne fais qu'un néant du nombre.

    Je jette un coup d'œil derrière moi, je cherche celui ou celle qui fait des gestes, ou qui tient des appareils, ou des miroirs. Je ne vois rien.

    Je suis sonné. Je ne vois plus le reste de la performance. À la fin je lui dis. Ouf ! Je suis impressionné. Je vais me demander longtemps comment vous faites. Il me répond. Ce n'est pas un poète que j'aime beaucoup. Too much eternity, too much... Mais j'ai une bonne mémoire et je suis attentif aux détails. Grazie signore Marc. Adieu... Maybe. Maybe not.

    Je sais ce poème par cœur depuis ce jour-là.

  • Saint-Esprit

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    Roger Echaquan, dont la fonction au sein de la nation Anishnabé est d'interpréter les rêves et d'en être le conteur, avait été invité par le département de psychologie de l'Université de Chicago pour y donner une conférence aux professeurs, chercheurs, psychologues, neuro-psychologues, etc. Joyeux et détendu devant un auditorium bondé, il s'était senti happé rapidement par la détresse et le désarroi qui surnageaient chez les participants.

    - Je vous imagine chargés de tant de choses que vous ne devriez pas garder en vous. Je vous invite, leur dit-il, à sortir avec moi de l'auditorium. Nous irons au bout du champ derrière l'édifice où il y a un petit bois. Là, chacun de vous fera un petit trou de ses mains dans la terre. Juste assez grand pour y enfouir le visage. Et puis vous appuierez votre visage contre la terre et en paroles ou en cris lui livrerez tout ce qui vous accable et qui ne vous est pas indispensable. La terre, ajouta-t-il, sait faire de la nourriture avec nos déchets. Tous nos surplus sont compostables.

    Et ils allèrent.

    ...

    photo14.jpgC'est le temps de l'épandage dans les champs de Saint-Esprit ces jours-ci. Fumier de poules, de vaches, de cochons. Odeurs nauséabondes sur dix kilomètres tout le long de la route 125 nord qui se dirige, on est quand même encore loin, vers chez Roger Echaquan et les siens. Deux fois l'an au moins, la terre fait de cette merde un terreau fertile pour les fleurs, les plantes et les fruits.

     

  • Saint-Germain au Mont d'Or

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    1243414134.2.JPG- Mais pourquoi Zacharie, habitez-vous ici ?  Cette banlieue lointaine. Y a-t-il au moins une bibliothèque ? 2 555 habitants...

    - À chaque jour je me souviens pourquoi j'habite ici. Et pourquoi j'aime cet endroit. C'est pour prendre le train. Du lundi au vendredi, avant de sortir du rêve et d'entrer dans le cauchemar ; ici, j'ai quelques minutes à perdre, quelques minutes à moi pour penser.

    Eux ils appellent ça une commune. Je ne participe pourtant à rien. Rien en commun. Mais, c'est mon sas, mon tunnel, mon petit bout de lumière - mon petit banc de lumière. Mon héritage. tenez. Comme si, avec les sales tours que m'a joué la vie, il y avait aussi eu ces dons étranges et exceptionnels : des nuits silencieuses et les entractes, deux fois par jour.

    Photo : Frasby

  • Saorge

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    Josse et moi, dans un petit resto de Saorge un midi. Arrivent quatre habitués. Trois hommes, une femme. Évidemment, par moments, nous saisissons des bribes de leur conversation puisque personne d'autre ne vient déjeuner.

    « Nous ne parlerons pas d'elle aujourd'hui, si vous le voulez bien... », dit l'un d'eux sur un ton exténué.

    Et quinze minutes plus tard.

    « Vous le voyez bien, elle pousse au crime ! Nous sommes déjà en train d'en parler. »

    ...

    Saorge n'est pas aussi imprenable qu'on le dit.

  • Shanghaï - 2

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    Je règne par l'étonnant pouvoir de l'absence.

    V. Segalen

  • Santiago, Cuba

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    Pour un fils de marin du nord, une journée à Santiago est une expérience de la touffeur.100_0305.JPG