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  • Shawinigan

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    Il s'agit d'un matin gris à la fin-mars. Ce n'est pas le printemps. Après un brève nuit. Au café Morgane, 5e rue, la serveuse a les avant-bras tatoués. Elle s'occupe de ses affaires dans une bulle qu'on n'ose approcher ; il n'y aura donc pas de deuxième café. Dehors, il pourrait se mettre à pleuvoir (ou à neiger) dès huit heures. La voix nasillarde de Lennon au plafond, très haut de la salle. Imagine. Pas de nostalgie. Au centre-ville, il y a un parc en aménagement sous la neige grise. Cette place est un silence physique. Je l'observe de l'autre côté des grandes vitres. Quelque chose de la journée d'hier subsiste encore en moi. La bulle intacte, au fond, est la mienne. « Tu veux savoir si c'est du bonheur, tu veux savoir si c'est de l'amour ? » - « Oui, oui, bien sûr. » - « Si c'est du bonheur, si c'est de l'amour, ça doit aussi faire mal. »

  • Syrte

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    « Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. » Paul Valéry

    Nous écrivons ici pour partager une goutte d'or qui surgit sans être convoquée. Aussi pour nous parler sans obliger l'autre à écouter. Nous déposons des lettres en cet endroit, une fente dans le mur opaque du monde, une fêlure connue de nous deux. Nos lettres ne sont pas invisibles pour les autres ; n'importe qui peut les ouvrir, les déplier, les délier et lire. 

    « J'ai, as-tu écrit, du mal à me faire une idée, un point de vue sur les choses. Même les plus simples et les plus évidentes. Suis-je pessimiste ? Suis-je trop inactif, arrêté ; est-ce pour toujours ? Je me réveille ; douloureusement je tente de m'extraire du sommeil, des songes et des superstitions. Mais je ne suis pas sûr d'avoir la patience de le faire. »

    Tu peux être certain que tu n'auras pas le temps, aussi longue soit ta vie, de t'extraire entièrement du sommeil, des songes et des superstitions. Quelque chose en nous veut dormir. Se résigner. S'effacer. Se réfugier et attendre patiemment (tiens...) la fin. Une fin personnelle, à laquelle toute notre vie nous allons feindre de ne pas croire. Je n'ai jamais rencontré, de toute ma vie, une seule personne qui ait déployé sa vie sur l'idée qu'elle se soit faite des choses. Pas connu un seul véritable idéaliste au cours de ma vie.

  • Shalimar

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    Être né quelque part... Non loin d'ici par exemple. En temps de paix. Où les arbres, les fruits, les rencontres et l'eau sont abondants. Et grandir et puis vieillir dans l'orbe d'une pensée millénaire et sans rupture. Ne pas savoir ce que le nom de son jardin désigne ailleurs. Je m'appelle Sati, je suis le fils de Sati et j'ai quarante-douze ans. Je suis le jardinier, un des jardiniers de cet endroit qui se trouve à moins d'un kilomètre de la maison où je suis né, où j'habite aujourd'hui avec femme et enfants. Je sais que le monde est vaste. Mais je n'arrive pas à m'éloigner du parc, de la fontaine, des poissons dans le bassin nourris des miettes de pain, des montagnes qui nous enserrent et qui me retiennent. J'ai aimé chaque instant de ma vie jusqu'à présent. Je n'aime pas tous les gens de mon village. Heureusement. Car comment saurais-je qui j'aime, si je les aimais tous ? J'aime la plupart des êtres humains que je côtoie.