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Arras

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« Écrire, noircir du papier avec les signes d'une phrase, est inquiétant, douloureux presque toujours, pourtant merveilleux. J'ai souvent senti que je plaignais l'homme qui devait vivre sans rien exprimer de sa vie. Son émerveillement est peut-être difficile parce qu'il voudrait, non pas recevoir, mais produire. » Pierre Jean Jouve, En miroir.

Commentaires

  • C'est beau de citer Pierre-Jean Jouve, "En miroir". Bel extrait. Merci.
    De plus en plus j'envie l'homme qui n'exprime rien de sa vie, dans certains cas bien sûr, c'est peut être qu'il vit pleinement et qu'il n'a pas besoin de "gratter" des pages pour s'apporter des preuves de ce qu'il a ressenti vu ou vécu (ou des points de vie ?), que sais je ? Pas de temps à perdre à noircir du papier. Pas de prétention à préserver des traces de quoique ce soit, pas de miroir :) ça doit être assez reposant ...
    Bonne soirée, Marc.

  • @ Frasby : Bien sûr, lorsque j'ai copié cet extrait, que je pensais à quelqu'un. Mon vœu serait bien qu'il vive pleinement, qu'il n'ait pas besoin de gratter, ni des pages, ni ses plaies...

  • Je parlais d'une sorte d'homme un peu étranger... A vous à moi (et ces autres), qui sommes pris dans une aventure, celle de lire, d'écrire, et de gratter, imaginer qu'il n'y ait plus à gratter, plus à glaner rien à noter et rien à venir lire, rien d'écrit... Nous mettrait dans quel monde ? Finalement, je ne sais plus si je l'envie cet homme qui n'exprime rien de sa vie, je crois bien que non... (Euh... On a le droit de changer d'avis ? :)
    Disons de perspectives...

  • Cet homme existe. Je le connais. Je connais cette légion. L'extrait de PJ Jouve est tiré d'un texte où celui-ci se préoccupe de sa capacité d'être émerveillé. Qui n'est pas qu'une sensation évidemment. Mais, il n'emploie pas ce mot : un partage. Une séquence hors de soi (hors-la-loi). J'avais compris votre commentaire. Et je comprends encore mieux votre changement de perspective. Car je ne crois pas que celui qui n'a pas la prétention de préserver des traces de quoi que ce soit est dans un état reposant. Je l'imagine tendu plutôt, sérieux, une sorte d'écolo sans environnement. Que lui-même. Qu'avec lui-même... Sous le désir puissant du rien. Sans produire. Sans possibilité d'émerveillement.

  • J'aimerais beaucoup garder une trace de ce que vous écrivez là :) j'aimerais bien que votre note, lumineuse nous en"toure"... ( voir billet ci dessus, :) ...
    "Une séquence hors de soi (hors-la-loi)" : tout est là, la formule est superbe, le sens d'une grande fragilité, ce hors-de soi ("hors la loi") qui est beau, semble paradoxalement si extrême et tellement accessible... Je partage absolument votre cheminement :
    "Car je ne crois pas que celui qui n'a pas la prétention de préserver des traces de quoi que ce soit est dans un état reposant."... A moins de venir d'une culture du détachement (bouddhiste hindouiste ?) que nous autres ne saisirons que partiellement, c'est peut être une plus grande prétention de ne vouloir s'encombrer d'aucune trace, la trace crée le désir, je crois, (si différente d'une collection) peut être que ceux qui réfutent toute idée de trace, ont une idée "étriquée" de la trace comme celles de collections qu'on garde pour soi ou montre fièrement aux autres en tant que "chose à soi" dans un cadre limité d'avance, ils refusent peut-être de "garder" quelque trace, accusant cet acte (garder) de vanité, mais accepter qu'il y a peut être dans le "recueillement" (la cueillette ? ;-) l'entretien d'une trace, une part de vanité c'est aussi accepter de transformer cette vanité en autre chose, qu'on ne peut savoir à l'avance, celui qui désire nier la vanité "la possède généralement sous une forme si brutale qu'il ferme instinctivement les yeux devant elle pour ne pas avoir à se mépriser (c'est de Nietzsche ! :o) tout cela nous ramènerait-il au déni ? Plus sûrement à "L'écolo sans environnement" (image juste aussi) qui peut-être envisage que le rien le détachera de toute vanité humaine (?) par conséquent le mettra au dessus des autres (?) Son pouvoir d'émerveillement existe sans doute mais renié, chassé comme une faiblesse, le désir du rien, en solitaire est certes un choix libre qui se respecte, mais supposons que "notre adepte du rien" rencontre des gens, et se mette à communiquer, cela peut devenir une domination parce qu'il produit quand même "du rien", quoique l'on fasse dès qu'on croise "quelques autres" on produit quelque chose (ou quelque chose se produit) et si on ne veut rien, ce rien (incontrôlable) peut aussi créer un désastre alentour. Je crois que le désir du rien, la fascination du néant a parfois des conséquences beaucoup plus lourdes sur l'entourage que ce que prétendrait "notre adepte du rien". C'est comme vous le dites, une réelle puissance : "[...] Sous le désir puissant du rien. Sans produire. Sans possibilité d'émerveillement."... Celui qui nie toute idée de trace nie toutes les conséquences de son contact avec autrui, dont ce pouvoir d'anéantir le désir d'autrui et sa capacité d'émerveillement, il peut aussi puissamment créer de la destruction/ désillusion chez ceux qui ne la désiraient pas. Autre univers, intenable, donc... La trace a toujours quelque chose à voir avec l'empathie (je crois:) ; pardon, c'est long, et maladroit (mais je crois que vous pouvez comprendre ;-) ... Bonne nuit, bon matin, bonne journée, bonne soirée, Marc...

  • @ Frasby : Un vieil ami. Un ami plutôt ancien disons... Un homme que j'ai rencontré bien plus jeune et que j'ai accompagné tant bien que mal durant l'agonie de son épouse il y a quelques années et qui a pris le large depuis. Nous nous voyons peu depuis la mort de celle-ci. Mais récemment donc, ceci : « Marc, écoute. Tu te souviens lorsque Marie était enceinte, je répétais souvent que ce qui me faisait le plus peur "c'est que l'enfant qu'elle porte soit laid" ? En vérité j'avais peur qu'il soit un monstre. Je vais te dire pourquoi. Je suis le fils de mon grand-père. Je ne savais pas alors ce que je viens de te dire. Mais quelque chose en moi devait le savoir puisque l'idée d'une trace pour moi était insupportable. [Je pense qu'il a dit... trace "de" moi.] L'enfant est né beau. Il l'est resté. [C'est vrai je le connais.] Mais jamais plus je ne jouerai avec ce feu-là m'étais-je alors promis. Nous n'avons pas eu d'autre enfant. Marie est morte. J'accompagne mon fils en étant l'être excessif de bonté et de méchanceté que tu connais. Mais c'est toi, Marc, qui m'a poussé sur la voie sans retour quand tu m'as demandé, en insistant, de justifier l'absence de mes parents à l'enterrement de ma femme. À ma réponse évasive, tu as répliqué qu'il faudrait bien un jour que je demande à ma mère pourquoi elle ne m'aime pas - et que je ne la lâche pas tant qu'elle ne m'aura pas fourni une réponse vraie. Mais comment saurais-je si elle ne ment pas ? Tu le sauras, m'as-tu dit. Je ne voulais pas traverser ce feu là. Elle non plus. En pensant à toi j'ai insisté. Car tu avais ajouté : le silence, le mensonge nous tuent plus cruellement que la vérité, tu peux en être sûr. C'est tout. Je ne sais pas encore si je dois te remercier. Je n'ai encore rien dit à mon fils. Le lui dirai-je un jour ? Je ne sais pas. Mais je voulais te dire à toi que je me suis au moins rendu compte que mon obsession avait moins été de ne pas laisser de traces que de brouiller les pistes. Je pense que tu ne sais même pas de qui tu es l'ami. » [Je sais que je suis bouleversé par celui qui, courageusement a tenu tête à des fantômes si longtemps et qui, humblement, devant moi, a rendu les armes.]

    ...

    Frasby, je me permets de penser tout haut, et de l'écrire sans certitude, certainement pas arrogant... qu'il n'y a de (culture du) détachement que lorsque l'on sait à quoi (à qui) nous sommes attachés.

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