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Et ici (6)

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Jamais, jamais, si tu veux vivre et croitre, tu ne pourras dire à la Matière: Je t'ai assez vue, j'ai fait le tour de tes mystères... j'en ai prélevé de quoi nourrir pour toujours ma pensée...
Quand même, entends-tu, comme le Sage des Sages, tu porterais dans ta mémoire l'image de tout ce qui peuple la terre ou nage sous les eaux... cette Science ne serait comme rien pour ton âme, parce que toute connaissance abstraite est de l'être fané... parce que pour comprendre le Monde savoir ne suffit pas : il faut VOIR, TOUCHER, VIVRE dans la Présence... boire l'existence toute chaude au sein même de la Réalité... !
Ne dis donc jamais, comme certains : La matière est usée, la matière est morte !
Jusqu'au dernier moment des Siècles, la matière sera jeune et exubérante, étincelante et nouvelle pour qui voudra...
Ne répète pas non plus : La matière est condamnée, la matière est mauvaise !
Quelqu'un est venu qui a dit : Vous boirez le poison et il ne vous nuira pas ! et encore : La vie sortira de la mort !... et enfin... proférant la parole définitive de ma libération Ceci est mon Corps !
Non, la pureté n'est pas dans la séparation... mais dans une pénétration plus profonde de l'Univers...
Elle est dans l'Amour de l'unique essence... incirconscrite... qui pénètre et travaille toute chose par le dedans... Plus loin que la zone mortelle où s'agitent les personnes et les nombres...
Elle est dans un chaste contact avec ce qui est "le même en tous" !
Oh ! Qu'il est beau l'esprit s'élevant tout paré des richesses de la terre !
Baigne-toi dans la Matière fils d'homme !
Plonge toi en elle, là où elle est la plus violente et la plus profonde !
Lutte dans son courant et bois à son flot !
C'est elle qui a bercé jadis ton inconscience... c'est elle qui te portera jusqu'à Dieu !


Pierre Teilhard de Chardin

Commentaires

  • Décidément, on ne vient pas chez vous par hasard ... :)
    Alors que j'étais à peu près certaine de mes impressions, pour ne pas dire, d'une certaine décision (virtuelle), de celle qui suit logiquement la question : ("a quoi bon ?") ;
    Pierre Teilhard de Chardin s'est mis avec une douceur insensée, peu à peu à l'anéantir.
    Un texte sublime, pourrait-il à ce point tout modifier ?

    "Non, la pureté n'est pas dans la séparation...
    Mais dans une pénétration plus profonde de l'Univers...".

    Au delà de la citation, votre billet ne parle pas, il (se) respire. Merci Marc !

  • @ Frasby : le hasard... J'aime bien moi aussi, comme si le hasard avait de la suite dans les idées, rencontrer chez Teilhard de Chardin cette idée des entrailles exprimée à sa façon. Que cette citation réponde pour vous à la question « à quoi bon ? », elle l'a fait pour moi à la même question formulée ainsi « je suis ici, et alors ? » Merci de votre accompagnement.

  • Le hasard a de la suite dans les idées, ou bien nous lui soufflons l'itinéraire sans le savoir ? A ce passeur, (comme c'est outrecuidant ! :). Faisons comme si. J'aime cette idée autant que ce verbe "accompagner", il fait moins de "bruit" (d'emblée) que le verbe "rencontrer", aucune promesse c'est mieux ainsi, la rencontre vient pourtant au fil à fil, si rare. Votre accompagnement précieux, l'est aussi par ces textes souvent courts qui ont, est ce un hasard ? Comme certains lieux, une "certaine" réverbération... Vous êtes ici, surtout maintenant. C'est présent. Et alors ? ...

    ps :
    C'est un présent :)

  • Je prends tout sauf Dieu - mais chacun peut lui donner le nom qu'il veut quand je ne lui en donne pas (serait-ce encore le nommer de ne pas dire son nom ?).

  • @ Frasby : Accompagner. Bien sûr. Depuis le temps. Je voudrais être présent de façon plus constante. Je lis, je relis, j'attends, je suis lent. Mon continent est l'Île de la Tortue, tandis que vous, à Lyon - où il y a des lions il y a des gazelles... Merci de m'attendre si souvent.

    @ Jean : C'est vrai, Dieu... Nom difficile pour moi aussi. Mais je comprenais ce que vous avez compris ; qu'il s'agit de l'innommable - dont on ne saisit ni l'intention ni la présence, qui demeure cependant un objectif vers lequel on se laisserait porter. Un lieu ?, vers lequel toute vie se dirige et à la fin, trouve son sens.

  • @ tous : il est bon parfois de se relire. Mon cher Rilke, dont j'avais cité un extrait il y a trois ans, pour l'utilisation qu'il avait faite du mot Dieu justement...
    http://epistolaire.hautetfort.com/archive/2008/11/13/taormina.html

  • "Accompagner" est un beau verbe. Vous êtes présent, Marc, (je cite) : "de façon plus constante" (je ne sais pas ce qu'il vous faut ! :) j'aime beaucoup la lenteur comme ont dit deux poètes : "A quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles ?"...

    "Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? ..."
    (Breton & Soupault, Les Champs magnétiques (1920)

    En parlant de (nos) champs magnétiques (2011), j'ai trouvé des petites choses fort sympathiques à propos de la tortue, je vais essayer de vous les retrouver et vous en ramener des extraits, petit à petit, (hâtons nous lentement), si vous le souhaitez, bien sûr.

    Ps: Un grand bonjour à Jean, ça me fait toujours plaisir de voir Jean se promener par chez vous (et ici)... Je ne vous dirai pas pourquoi... :)

  • Les tortues ? Je les aime bien sûr. La lenteur et la possibilité de se déplacer avec son propre mur, son plancher et son toit - sans que ce ne soit trop lourd. Mais qu'en sais-je ? J'aime aussi la décoration sur les toits des tortues, j'aime pouvoir lire leur âge sous les planchers, j'aime les couches de présence : maisons ouvertes et maisons fermées. Poids et refuge. J'aime beaucoup le mythe de la création du monde où il est question de l'Île de la Tortue. (Il n'y avait que de l'eau quand la mère de tous les hommes est tombée du ciel. Pour survivre, elle est montée sur le dos de la Tortue géante - immobile certainement ; puis les petits animaux sont allés chercher de la terre au fond de l'eau qu'ils ont déposé sur le toit de l'animal. Ce grand dos de la Tortue recouvert de sable, de terre et d'algue est devenu le continent où les humains ont pu vivre et se multiplier.) Enfin, dans cette histoire-là il n'y a pas de jardin d'Eden pas de pommier ou de serpent, pas de bien ou de mal ou de Dieu vengeur - inexplicablement mauvais père qui dit à ses enfants : « Ne goutez pas à ce fruit, sinon je vous chasserai pour toujours... » Non. C'est ainsi plutôt : au début il y a l'eau, puis la mère qui tombe sur la mer. Puis l'île qui est en réalité une tortue destinée à vivre plus longtemps que les hommes. Puis les petits animaux et la terre qui vient du fond d'une nuit liquide où l'humain ne peut pas survivre plus de neuf mois...

    J'aime aussi ce qu'écrit Jean et ses passages ici me font plaisir.

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