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  • Tipasa

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    1572_774940132_201196444dzhxaz_ph_H125021_L.jpgDésorienté, marchant dans la campagne solitaire et mouillée, j'essayais au moins de retrouver cette force, jusqu'à présent fidèle, qui m'aide à accepter ce qui est, quand une fois j'ai reconnu que je ne pouvais le changer. Et je ne pouvais, en effet, remonter le cours du temps, redonner au monde le visage que j'avais aimé et qui avait disparu en un jour, longtemps auparavant.

    L'été. Retour à Tipasa.

  • Tyr

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    800px-Tyre2009c.JPG

    Voilà pourquoi il est indécent de proclamer aujourd'hui que nous sommes les fils de la Grèce. Ou alors nous en sommes les fils renégats. Plaçant l'histoire sur le trône de Dieu, nous marchons vers la théocratie, comme ceux que les Grecs appelaient Barbares et qu'ils ont combattus jusqu'à la mort dans les eaux de Salamine. Si l'on veut bien saisir notre différence, il faut s'adresser à celui de nos philosophes qui est le vrai rival de Platon. « Seule la ville moderne, ose écrire Hegel, offre à l'esprit le terrain où il peut prendre conscience de lui-même. » Nous vivons ainsi le temps des grandes villes. Délibérément, le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs. Il n'y a plus de conscience que dans les rues, parce qu'il n'y a plus d'histoire que dans les rues, tel est le décret. Et à sa suite, nos œuvres les plus significatives témoignent du même parti pris. On cherche en vain des paysages dans la grande littérature européenne depuis Dostoïesvski. L'histoire n'explique ni l'univers naturel qui était avant elle, ni la beauté qui est au-dessus d'elle. Elle a donc choisi de les ignorer. Alors que Platon contenait tout, le non-sens, la raison et le mythe, nos philosophes ne contiennent rien que le non-sens ou la raison, parce qu'ils ont fermé les yeux sur le reste. La taupe médite.

    L'été, L'exil d'Hélène. 1948

  • Ashkelon

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    800px-Ashkelonskyline.jpgRendons cette justice à notre société c'est qu'elle supporte très bien les persécuteurs. Elle est habituée à l'idée qu'ils avaient leur utilité. D'une manière ou d'une autre, un matin ou un soir, vous devez vous attendre à voir surgir quelqu'un qui dira qu'il est mandaté par les persécuteurs et qu'il va donc vous priver de la liberté ou de la vie, ou de votre femme, ou, ce qui est pire de votre argent. Et il faut vous y faire puisque cela ne dépend pas de vous. Vous dépendrez du persécuteur au contraire. Même si vous détournez les yeux, il vous frapperait la face pour que vous les ouvriez de nouveau. Alors, autant admettre une fois pour toute qu'il fait partie du paysage. D'ailleurs, personne ne vous empêche de devenir persécuteur à votre tour. Notre société est raisonnable.

    Persécutés - Persécuteurs. Préface à Laissez passer mon peuple, de Jacques Méry, (1948)