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  • Malaga - Méditerranée 8

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    Malade ! Eh oui. Rhume. De cerveau... Comme on disait quand j'étais petit. C'est-à-dire qu'on mouchait, morvait, toussait et qu'on avait mal à la tête. So what ? Rien. La dernière semaine des vacances ici sera sans doute consacrée à ce rien. Au début je décide de prendre des vacances, vient un moment (grâce au ciel !) où les vacances me prennent. M'enserrent, m'enveloppent, m'assoient dans un coin en m'ordonnant de rester là sans bouger, de ne rien faire que regarder le temps passer. Sinon. Sinon quoi ? Sinon les trois semaines auront passé et je ne me souviendrai pas du premier jour, ni du second, ni du troisième... Puis à quoi aurait bien pu servir servir ce voyage si je n'avais pas pris le temps de lire, de contempler, de marcher sans but ? / Un immense ficus au centre-ville de Malaga. On a eu le bon sens de supporter ses deux branches avant qu'il ne casse ou se fende. Ces deux grosses béquilles jaunes, ce sont des piliers de ciment, le rendent unique et précieux. Non seulement est-il un arbre. Et les grands arbres sont bien nécessaires dans les villes on en convient. Mais, pour moi, il est aussi un monument à l'attention et à la bonté. À travers les statues et les autres monuments dédiés à des personnages dont on a, le plus souvent jamais entendu parler, celui-ci attire mon attention et me parle. / L'immense chance qu'on a, quand on voyage à deux avec la personne qu'on aime, c'est que la confiance, même quand ça ne va pas, prend le dessus sur l'angoisse d'être au loin et le déplaisir de se retrouver vulnérable.
  • Séville - 2

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    Départ de Málaga. Train. 10h40, vendredi. 2h30 plus tard nous arrivons à Séville. Une des satisfactions les plus constantes de tous les voyages pour moi est le fait de pouvoir écrire à peu près n'importe où. Très rapidement ce sont les orangeraies. Fermes. Citroniers. Oliviers. Cailloux. Moutons. Maisons. Trains. Rivières ou ruisseaux. Le paysage défile comme les paroles d'une chanson enfantine... Or j'étais loin de me douter que nous étions sur le point d'entrer dans un conte et que j'allais retrouver le désarroi et l'inquiétude de l'enfance. Séville est une ville imprenable. Impossible de s'y retrouver à moins de la fréquenter quotidiennement pendant quelques semaines. Imprenable. Je ne trouve pas d'autre mot. Pour un esprit comme le mien en tout cas. Habitué de me considérer à peu près incollable sur la boussole et sur l'orientation même en forêt, j'ai vécu à Séville dans la vieille ville où nous logions et où se trouvent les éléments historiques et architecturaux remarquables, quelque chose d'inhabituel. Incapable de me faire des repères, de retrouver les rues et les immeubles que je venais pourtant de quitter. J'ai passé deux jours à battre la semelle dans une ville étrange en plus d'être étrangère. Tous mes sens annulés sauf l'ouïe. Sans doute parce que mon attention aux choses dites était devenue plus grande dans la mesure où tous mes autres sens étaient nuls : je ne sentais rien, ne goûtais rien, j'avais froid et j'étais perdu. Mais j'avais l'air de comprendre ce qu'on me disait...

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  • Séville

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    Départ pour Séville. Avec une petite valise car nous prévoyons y dormir. « C'est la véritable destination de ton voyage », disait la petite voix de mon esprit, celle qui m'avait empêché de dormir la nuit précédent notre départ. J'imaginais le pire. J'imaginais le meilleur. Et le samedi matin, l'œil bouffi et les sinus en feu, je prenais quand même le train. / Séville. La vieille ville. On devra d'abord s'y perdre c'est certain. Son développement, au fil des ans et des constructions, où aucune logique urbanistique n'a présidé à son organisation, sinon le bien-être des passants, la discrétion des maisons protégées des regards, la protection également de la chaleur et des intempéries, son développement est organique, comme celui d'une forêt. Ou d'une main ouverte...

  • Méditerranée 7 - Malaga

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    tauromachie,malaga,castillo,18h

    À 18h en Andalousie, les choses vont encore bon train. Nous battions la semelle depuis 14h dans les rues de Malaga et nous venions de traverser le port, sur toute sa longueur, pour nous retrouver près de l'arène, entre la mer et la colline du Castillo. L'arène, c'est un vieil établissement un peu délabré dont nous avons fait tout le tour avant de trouver une seule petite porte, la numéro 10, entr'ouverte. C'était fermé au public visiblement. Nous sommes quand même entrés en nous disant que nous jourions les innocents si jamais quelqu'un venait à nous demander ce que nous faisions là. Après avoir passé dans les couloirs sous les gradins sans rencontrer qui que ce soit, nous nous sommes retrouvés dans les premières rangées de l'arène soudainement, face à un paysage de lumière et de silence inoubliable. À un bout de l'arène, se tenait un grand enfant maigre. Un jeune garçon de 15 ou 16 ans, immobile. Il était revêtu d'une cape et portait dans sa main droite une épée de bois. Sur son bras gauche, la muleta rouge, plus petite me semblait-il que celle qu'utilisent les matadors à la corrida. Nous nous sommes assis, discrets, près d'une entrée et nous l'avons observé. Une demi-heure au moins sans bouger. Lui et nous sans bouger. Il bougeait, lui, mais imperceptiblement. Cela lui a pris tout ce temps pour faire un seul tour sur lui-même. Le regard fixement posé devant lui. Hypnotisé par une invisible créature aurait-on pu dire... Lorsqu'il eut terminé, il s'est mis à sautiller en reculant mais sans regarder derrière lui, pour accomplir un tour complet de l'arène. Ce n'est que lorsqu'il eut terminé ce tour complet que des voix, près du mur du même côté que celui où nous étions, se sont fait entendre. Douze autres jeunes, probablement debout ou appuyés contre le mur de l'arène plus bas que nous, ce qui les avaient rendus invisibles pour nous, se sont avancés pour saluer celui qui venait de terminer sa performance. Un vieillard, le dos voûté, s'est ensuite avancé vers le jeune pour lui serrer la main. Tous sont ensuite sortis. Ce fut comme si les lumières venaient de s'éteindre. Nous avons retrouvé la sortie sans faire de bruit. Voilà la corrida à laquelle nous aurons assisté finalement. Aaron avait raison. C'est une messe. Celle-ci fut dite pour nous, sans autres fidèles à moins que quelque part ailleurs dans les gradins, près d'une sortie, quelqu'un d'autre fut caché et retenait son souffle lui aussi. Ensuite nous sommes montés jusqu'au Castillo pour tenter de nous remettre de ce bouleversement pendant que le soleil disparaissait à l'horizon
  • Malaga - Méditerranée 6

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    D'abord fondée par les Phéniciens aux alentours de 770 av JC, la petite cité fut sans doute nommée ainsi à cause du mot malaha qui signifie "sel". L'histoire de cette ville qui compte aujourd'hui près de 600 000 habitants, nous propose un petit condensé de l'histoire de la Méditerranée. Car après avoir été gouvernée par Carthage, elle s'est développée durant l'Empire romain. À la chute de l'Empire elle fut d'abord prise par les Wisigoths pour être ensuite conquise par l'Empire Byzantin. À partir du 8e siècle elle fut d'abord la capitale du Caliphat de Cordoue. Au déclin de la dynastie Umayyad, elle devint capitale de la région dominée par les Zirid et en 1025 elle fut la capitale du Taifa de Malaga jusqu'à sa conquête en 1239 par l'Émirat de Grenade. Malaga est une des villes qui résista le plus longtemps lors de la Reconquista. Les armées chrétiennes qui, suite à un très long siège, prirent la ville le 18 août 1487, vendirent ou donnèrent comme esclaves les survivants. La ville connut ensuite un développement régulier grâce à sa localisation exceptionnelle, jusqu'au 19e siècle où elle devint une des 2 grands villes industrielles d'Espagne avec Barcelone. Cependant les politiciens d'alors (les Malagais ne devaient pas voter du bon bord...) ayant décidé que le développement se ferait plutôt dans le nord du pays, son dynamisme stagna. En 1936, après le coup d'état, le gouvernement de la 2e république d'Espagne prit le contrôle de Malaga et son port devint la base de l'Armée navale de l'armée républicaine. Jusqu'en février 1937 où l'armée franquiste appuyée par l'Italie et le Maroc bombarda lourdement la ville. 7 000 morts. La ville capitula et cette page d'histoire, racontée par des médias contemporains, attire notre attention sur la présence d'Arthur Kœstler parmi tant d'autres européens qui s'engagèrent aux côtés des républicains. L'Espagne fut le pays de l'Europe de l'ouest qui demeura catholique et un peu fermée sur le monde le plus longtemps. Jusqu'à l'élection d'un gouvernement socialiste en 1982 (Felipe Gonzales). Elle a vu naître Pablo Ruiz Picasso. Sa maison natale est aujourd'hui le siège d'une fondation qui accueille des expositions d'œuvres d'artistes de partout dans le monde. Pour s'y rendre à partir de Torremolinos, on prend le train ou l'autobus. Le centre ville est à 15 kilomètres. 20 minutes en train. Un peu plus long en autobus.

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  • Méditerranée 5

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    méditerranée,vent,campagne électorale

    La terre tourne. Ce n'est pas uniquement ça qui fabrique le vent. Sinon, il passerait au-dessus de nos têtes toujours dans la même direction. Le vent. Les Grecs lui avait créé une famille. Zéphyr, le vent d'ouest, fils d'Éole, le maître des vents et d'Éos, le vent de l'aurore ; aussi frère de Borée, le vent du nord. Et puis il y a les cousins Notos, le vent du sud et Euros, le vent du sud-ouest. De sorte que, fidèles à leur conception du monde, selon l'humeur, les empêchements, les aventures - et les mésaventures des dieux et des humains, les hommes d'alors se disaient qu'on ne pouvait jamais prévoir d'où viendrait le vent. Je prends des nouvelles du Québec et je constate que le vent tourne. Ou qu'on a peut-être, là-bas, comme les compagnons d'Ulysse, ouvert le sac de peau, cadeau d'Éole aux voyageurs, qui contenait les vents contraires. Ce qui a eu pour effet, bien peu de temps après leur départ, de ramener le bateau d'Ulysse et de ses compagnons au lieu-même qu'ils venaient de quitter. Et de provoquer la colère du dieu. « Éloignez-vous d'ici, j'ai bien assez longtemps été de votre bord, arrangez-vous bande de nonos ! », c'est en quelque sorte ce qu'Éole leur a dit en les voyant revenir quelques mois seulement après avoir repris la mer dans l'espoir de retrouver leur patrie.

  • Méditerranée 4

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    méditerranée,aaron,vacances,voyage de groupeCe long message sur le répondeur téléphonique du petit appartement à Torremolinos ce matin. Buenas dias Jocelyne y Marc, Je veux répondre à vos questions avec plaisir car il ne m'est pas arrivé souvent, durant ma carrière - je fais ce métier depuis 30 ans, de rencontrer des personnes qui exprimaient autant d'intérêt pertinent durant nos déplacements trop brefs, pour les lieux de notre visite. Pour les endroits que nous voyons. De même que pour le grand espace historique qui est derrière le rideau de ce que nous visitons. L'Andalousie est un animal que l'on met à mort depuis depuis bien des années et dont la vie s'achève. Voilà pourquoi maintenant on s'y intéresse. Il n'a plus de vigueur. Mon pays est exsangue. La bête n'est plus dangereuse. Reste-t-il d'ailleurs quelque part au monde des endroits qui ont conservé une personnalité - en espagnol on dit fuerza, une force ? Là d'où vous venez, Coaticou, si je me souviens bien du nom, est-ce que le monde a encore un caractère ? Ou bien est-il en train de devenir, comme le nôtre ici, un espace répétitif et morne plus ou moins éloigné du centre du tout global. Semblable au tout capitaliste et universel par ses valeurs, par ses habitudes, par ses désirs et ses objets de convoitise ? Encore différent pour quelque temps seulement, par ses matériaux de construction. Vivez-vous vous aussi dans le folklore ? Je suis né à Cordoba en 1960. J'ai étudié à Grenade et me suis fait congédier de l'université - indiscipline, en 1980. Je parle, lis et écris couramment en 4 langues, vous vous en êtes rendus compte. J'accompagne des groupes de touristes depuis 1990. Une ou deux fois par semaines, je fais le guide, le plus souvent pour des Européens du nord, vers les joyaux que sont Grenada, Sevilla et Cordoba. Les touristes me dérobent un peu de mon temps. Moi je leur dérobe un peu de leur ignorance en échange. J'essaie de les laisser, comme vous le dites en français, un peu pantois. Je leur raconte des histoires. C'est vrai qu'elle ne sont pas toujours vraies. J'aimais bien Marc, votre regard amusé, quand j'ai parlé de ma jeunesse estudiantine sur les collines de Grenada. Toutes ses histoires étaient vraies. Elles n'étaient pas toutes les miennes je vous l'avoue. Mais le serment prononcé un soir sur la place de l'Église St-Nicolas devant le coucher de soleil sur l'Alhambra est véridique. Ça vous pouvez me croire. « Tant que je serai vivant, tu vivras. ». Je m'adressais à tout ce que je voyais, à tout ce qui m'avait fait, à toutes les femmes et tous les hommes qui avaient participé de leur fil à l'étoffe dont je suis fabriqué. Donc, por lo tanto !, pour répondre à votre première question, c'est-à-dire, est-ce que la présence arabe est encore visible autrement que dans l'architecture ici ? Je pense que vous vouliez que je vous dise où regarder en priorité. Je vais vous répondre par une énigme. Ne cherchez pas, elle viendra à vous si vous la désirez. Elle sait que vous y êtes. Je vais être juste un petit peu plus spécifique. Le monde du Maghreb en Europe (ceux qu'ils appelaient les Maures venaient de la Mauritanie sans doute ou du désert - est de manière générale, un monde discret, un monde d'alcôves et de chuchotements. Vous vous souvenez des salles royales de l'Alhambra ? Rien ne laisse présager leur splendeur. Et pourtant, lorsqu'on y mettait le pied, lorsqu'on finissait par arriver jusqu'à elles, le roi déjà, savait tout de vous, de tous vos déplacements depuis votre naissance pour ainsi dire. Votre seconde question est intéressante aussi pour fils de Cordoba que je suis. La corrida ? Ce que j'en pense ? Allez-y, ne serait-ce qu'une seule fois. Elle va disparaître. Les Espagnols du nord ne veulent plus en entendre parler. À Barcelone c'est considéré comme un crime. Allez-y une fois, je vais vous dire pourquoi. Vous sembliez être intéressés par les mythes anciens. Fascinés pas le monde de la Méditerranée m'avez-vous dit. La corrida est une danse. Un théâtre. Un moment symbolique. Autrefois, tuer le taureau, c'était un peu, en quelque sorte, tuer le Minotaure. Autrefois, il n'y a pas si longtemps, l'homme ne croyait pas encore qu'il avait dominé le réel. Il avait encore peur. L'homme ressentait encore de la terreur devant la mort qui arrive d'on ne sait où, sans raison, sans avertissement. Elle pouvait même foncer sur vous comme un taureau dans un champ. La mort s'acharnait sur la vie des hommes. Mais aussi sur celle des enfants et des femmes. La corrida était une danse pour signifier au monde que nous osions, ici, défier la mort. Pour vrai. Bien sûr qu'elle va disparaître. Comme la mort est disparue de nos vies. Elle est devenue un truc intime. Furtif et accompli en cachette. Regardez-moi ces fourmis qui circulent dans les villes, qui consomment trop, n'importe quoi, de manière obsessionnelle. Qu'achètent-elles au juste ? L'oubli. La distraction. L'éloignement de ce à quoi la corrida nous rapproche. Voilà donc pour le moment. Oui, pour répondre à votre dernière requête, je vous accompagnerais avec un très grand plaisir à Sevilla jeudi prochain si je suis disponible ce jour-là. C'est la ville de l'extase et de l'ampleur. Comme Grenada est celle de la prière secrète et de la fidélité. Hasta luego. Aaron

  • Méditerranée 3

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    Rien. Nada. Nothing. Court circuit. Flagada. Beding, bedang. Off. Je le savais depuis plusieurs semaines. Que ce jour-là arriverait. Que si je ne le faisais pas moi-même, mon corps s'en chargerait... Voilà. Symboliquement, ça veut dire quoi le refus de digérer quoi que ce soit ? Le refus d'en accepter une seule goutte de plus ? À part me lever pour aller respirer sur le balcon de l'appartement, je n'ai pas mis le nez dehors hier. Ni rien mangé. Bu de l'eau. Pourtant c'était une journée splendide. Bien sûr que ça finit par nous rentrer dedans les déplacements, l'être ailleurs, le vertige (au sens où François l'exprime ici, plus haut, c'est-à-dire plus bas, dans un commentaire), les nuits brèves. Mais ce n'était pas ça. Ce sont les mois de stress, de colère et de frustration retournées contre moi, la mission inachevée, ce que l'aventure de la radio a eu de déplaisant jusqu'à présent et que je n'avais pas digéré. Il n'y a quand même pas eu que des choses déplaisantes heureusement. C'est ce qui m'a permis de tenir le coup. Barbu ? Pas barbu ? Définitivement pas barbu en mon fors intérieur. Un travailleur qui a encore quelque chose à prouver ? Un travailleur qui n'a pas le choix de ne pas travailler ? Un homme qui s'est donné une mission ? (J'entends rire les cyniques parmi vous...) Qui pourrait bien avoir des réponses à toutes ces questions ? « Arrête de te (de nous) poser des questions, disait mon père quand j'étais adolescent. C'est inutile. Et puis toutes les réponses sont dans la Bible. » J'ai refusé d'arrêter. Voyez-vous ce que ça donne ? Si on a de la chance d'avoir une bonne santé, est-ce que nos années de vie d'adulte sont une revanche sur notre enfance ?mur,malade,turista,jour de rien,nada

  • Le sort d'un livre 2

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    Éric Dupont... Comme vous pourrez le voir plus haut, plus bas, je ne sais trop, si vous avez la curiosité de lire quelques pages de ce blog, j'ai apporté votre roman en voyage. / Laissez-moi vous dire que j'ai attendu toute ma vie qu'un écrivain québécois écrive un roman comme celui que vous avez écrit. Toute ma vie. Vous allez dire que j'exagère. D'accord. Presque toute ma vie. Je n'ai commencé à aimer la littérature québécoise qu'aux alentours de 14 ou 15 ans. Ça fait quand même longtemps que j'attends ce roman ! Vous n'étiez pas pressé ! Dire que j'aurais pu mourir avant que vous l'ayez écrit ! N'eût été de la jeune bibliothécaire des samedis et dimanches à la bibliothèque municipale de Coaticook qui étudie en création littéraire à l'université de Sherbrooke, je serais probablement passé à côté. Pour les raisons qu'elle m'a dit. « C'est un auteur formidable. Mais je ne suis pas arrivée à lire son roman jusqu'au bout. Un problème d'édition. Mais si vous avez le temps et la patience... » Un problème d'édition ! Astie qu'elle a été polie ! Le monsieur Roger Des Roches qui a fait la mise en page de votre livre est un criminel ! Un assassin ! Un ennemi de la littérature ! Un pirate du livre ! Un gras phiste ! Un mononcle à monocle ! Un colleur d'affiches ! Un beau-frère de la plomberie ! C'est clair. / Dire que j'aurais pu mourir sans avoir lu La fiancée américaine ! / J'ai contrôlé mon impatience depuis une semaine. Je me suis même levé la nuit. J'en ai eu mal au cœur par bout. Mais j'ai fini par le lire. Je vais le relire. Et si jamais votre éditeur a la bonne idée d'en faire une deuxième édition dans un autre format... Je vais me le procurer et certainement l'offrir à mes amis.

  • Grenade

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    Les trois siècles de rois maures. Les rois catholiques qui n'étaient pas des ténèbres. Charles-Quint. Les fortifications qui encerclaient toute la ville. Les portes de la ville juste assez hautes, assez larges pour laisser passer les cavaliers et leurs chevaux. Les grottes habitées. L'Alhambra. Le flamenco. La température (un beau jour d'été à Québec). Tous les petits canaux qui captent l'eau des neiges fondantes des montagnes. Quatre-vingt mille étudiants universitaires dans une ville qui compte cinq-cents milles habitants. Un centre-ville vivant. Tous ceux qui y ont vécu nous en parlent avec un souvenir ému. Alors visite de l'Alhambra accompagnés de Antonio, vieux guide savant et ironique qui attire notre attention sur des détails que sans lui nous n'aurions pas su voir. Longue marche pour redescendre et puis remonter vers le quartier des grottes où nous assistons en fin de soirée à un spectacle de flamenco qui nous laisse gorge nouée pendant quelques heures. Un des meilleurs spectacles à vie pour moi. On ne dort pas à Grenade. On s'effondre de ravissement et de fatigue.
  • Le sort d'un livre - Torremolinos

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    C'est le voyage que peut faire un livre... Et comme il s'agit d'un roman québécois dont les personnages évoluent dans le Québec du Bas-du-Fleuve au milieu du 20e siècle, celui-ci me ramène à la maison. Je suis en train de lire La fiancée américaine de Éric Dupont. C'est le troisième roman, considérable, d'un auteur québécois que je viens de découvrir (merci à la bibliothèque Françoise-Maurice).

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    Il s'agit d'une saga familiale qui tourne autour de Louis (Cheval) Lamontagne, né en pleine église au pied de l'autel de la paroisse François-Xavier de Rivière-du-Loup pendant la messe de minuit le 25 décembre 1918. Héros bien malgré lui, mais consentant, car il est beau comme un prince et fort comme un cheval, Louis quitte sa ville natale à 17 ans pour faire de l'argent et des rencontres (aucune femme ne lui résiste) en défiant les hommes forts dans des foires aux États-Unis. Il est alors recruté par l'armée américaine et participe à la libération des quelques survivants du camp de Dashau. Au grand étonnement des siens, il retourne à Rivière-du-Loup après la guerre et y devient entrepreneur de pompes funèbres, croque-morts si vous voulez, la guerre lui ayant enseigné qu'on ne doit pas laisser ses morts sans sépulture. Son talon d'Achille est la vanité... Et son histoire sera bien sûr tragique. Achille. Vanité. Tragique. Voilà trois mots qui me retournent à la Méditerranée. Berceau de toutes les histoires dont nous ne faisons qu'élaborer des variantes depuis des siècles. Il me suffit de lever la tête et de fermer les yeux. Louis, dit le Cheval Lamontagne, a les traits de l'illustre et irrésistible personnage de la guerre de Troie qui rêvait de retourner chez lui pour y vivre en amitié avec les siens. Ce que le destin lui refusa.
  • Méditerranée 2

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    Poil au menton ! Dans ce territoire habité par Zeus, Ulysse, Socrate et Péricles, l'homme sage, l'aventurier ou le vainqueur, l'homme... porte la barbe. Dans le monde méditerranéen de l'antiquité, il faut attendre la canalisation de l'eau à Rome, pour que le dieu (Jules César) soit glabre. J'ai rasé la mienne complètement hier. Ce que je n'avais pas fait depuis 11 ans au moins. Pour offrir tout l'espace de mes joues et de mon menton à Hélios ? Pour voir si je me reconnais ? Pour marquer le début des vacances ? Quoi qu'il en soit, cela ajoute un détail aux observations que je fais sur les personnages qui surgissent dans le décor de sable et d'eau où je circule. Barbu. Pas barbu. Celui qui porte la barbe, surtout s'il a de l'âge, est un individu, un citoyen. Il va à l'agora discuter des choses de la cité ou de l'inconstance des dieux. L'autre est soit en vacances ou au travail, car ce sont les serviteurs que l'on rase, il est une voix dans le chœur.
  • Méditerranée 1

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    Une petite tasse de café. Un balcon au quatrième étage. Une table toute petite. Pas très solide. Petit matin. Soleil minuscule serti dans les nuages lourds qui descendent sur le vaste champ d'eau grise qui frissonne jusqu'à l'horizon. Plus bas, dans la rue, une école, les enfants sont déjà en classe. Quelques retardataires attendent sur le trottoir. Le ré grave des moteurs, comme le vrombissement calme d'un navire. Le vent très doux. La vieille langue espagnole qui fait dresser l'oreille. Le silence des chats sur les toits et les clôtures. L'agitation de l'invisible partout sur l'eau, dans l'air. Les mouettes pareilles sous tous les cieux. Le clapotis délicat des vagues. Ici, au bord de la mer ancienne, je reprends espoir. L'humanité me semble une réalité plus acceptable, moins vouée à l'échec. Moins désespérante. Est-ce que c'est parce que son histoire est inscrite depuis plus longtemps dans le paysage des rivages et qu'elle a laissé la mer tranquille ? Est-ce que c'est parce que j'arrive à admettre sans difficulté devant cette terre du Milieu du monde qui est en réalité la Mer du Milieu, que c'est normal et souhaitable que tout se dénoue dans la mort et l'anonymat ? Et qu'il est sage, comme l'ont pensé des millions et des millions d'êtres humains avant moi, de faire de la vie une aventure du corps et une expérience de l'esprit ?
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