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  • Et ici - 6

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    ici,pays,nuit

    Soi-même. Le pays irréalisable. Impossible à réaliser. Mis à part quelques-uns, quelques-unes, qui semblent posséder le plan et la carte des frontières depuis leur naissance - ou qui ont mis le temps qu'ils avaient à le découvrir. Nous autres, avançons dans la nuit. En nous racontant des histoires.

    Tableau : Le Christ et Pilate. Qu'est-ce que la vérité ? Nicolaï Gay

  • Gibraltar

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    gibraltar,yanito,autodétermination

    25 000 Gilbraltariens tiennent tête à l'Espagne et au Royaume-Uni. Parlent tous trois langues, entre eux ils emploient une variété de Spanglish, le Yanito. Hormis cette particularité, leurs institutions et leurs écoles sont anglaises. Vivent sur un territoire de 6km carrés à 13 kilomètres seulement de l'Afrique. Accueillent annuellement 7 millions de visiteurs. Ont dit oui, à deux reprises, à 99%, à une question sur l'autodétermination de leur territoire et refusent d'être annexés à l'Espagne. Ne se portent pas si mal... Dans le rocher il y aurait 36 km de tunnels. Au sommet du rocher, vivent des macaques de Barbarie, une variété de singes qu'on ne retrouve qu'ici sur le continent européen. Leur monnaie est la Livre Gibraltar, à parité avec la Livre Britannique. "Solide comme le roc de Gibraltar" est un slogan que les Britanniques ont employés pour désigner leur intraitable mainmise sur le territoire. Le statut politique de Gibraltar ressemble à celui du Canada d'avant 1982 - une monarchie constitutionnelle. À la tête de leur gouvernement, il y a la reine d'Angleterre. Mais c'est toutefois un parlement élu qui rédige les lois. La frontière de Gibraltar avec l'Espagne est à peine d'un kilomètre de longueur. La traverser peut, semble-t-il, s'avérer assez ardu certains jours. Bien que Gibraltar fasse partie de l'Union européenne, l'ouverture de la frontière ne s'applique pas ici. Donc, plusieurs agents des services frontaliers aux portes de l'Espagne qui, elle, considère Gibraltar comme un espace économique sans surveillance. Passer par là sans faire le détour et s'y arrêter est une erreur. Y déambuler est un plaisir. Monter vers les sommet du rocher, en redescendre est une merveilleuse aventure. Observer d'un bord, tout près, les côtes du Maroc et voir se dessiner Tanger dans la baie et tourner la tête pour admirer l'étendue du port de Algeciras en Espagne est un petit mouvement de tête assez vertigineux. / De retour de l'ascension du rocher, hier, assis à la terrasse d'un bistrot. Deux couples se sont installés à la table près de la nôtre. D'âge moyen. L'un d'eux, un gros bonhomme, Haroun el Poussah en bermudas, se comportait - ce n'était pas nécessairement ostentatoire, comme s'il était le propriétaire de tout. Tout. L'Espagne, Gibraltar, l'Afrique, le ciel, le bistrot, le trottoir, les tables, la cuisine, les trois autres avec lui, la femme de l'autre surtout, les pigeons et les murs, les dalles sur le plancher, l'assiette et les sandwichs. Tout. Rarement vu ça. Un personnage. Je cherchais la caméra cachée. Ne l'ai pas trouvée. Elle était dans sa tête je crois. Il y a 200 millionnaires à Gibraltar (jolie proportion) et dans le port, des bateaux, euh, des navires privés plus longs que la Nina, la Pinta et la Sancta Maria placés à la queue leu leu.
  • Méditerranée 14 - L'est

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    Quoi, le soleil se lève et nous l'observons sans trembler ?

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    Le vertige est bref. En effet. L'odeur du café et du pain grillé et je ronronne comme un minou.
  • Méditerranée 13 - Torremolinos

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    chats,torremolinos

    Je veux parler des chats. Nous habitons juste au-dessus d'une plage qui s'appelle la Playa el Gato ; je cherche le chat dont c'est la plage. Plusieurs dizaines de chats habitent dans le petit bout de la colline où nous sommes, qui sépare l'ancien Torremolinos (la haute-ville) et le moins ancien (la côte et la plage). Densément occupé par des constructions humaines, dans cet espace se trouvent deux hôtels, un restaurant, un immeuble à appartements, l'école, ainsi que quelques petites habitations accrochées sur la falaise dont certaines sont tout simplement blotties derrière des murets protecteurs et renferment un petit espace vert de jardin et des arbres. Les chats, eux, tous les chats habitent dehors. Ils appartiennent à tout le monde et à personne. Vous ne verrez jamais entrer un chat dans une maison. C'est étrange et curieux. Chez nous on dit très souvent que nous habitons chez nos chats tant ils se comportent en maître de céans dans nos maisons. Tant ils semblent mieux connaître que nous-mêmes tous les recoins de nos habitations. Ici, c'est toute la colline qui leur appartient. La pierre de la côte du soleil est poreuse et dure. S'y trouvent bien des petites cavernes où les pigeons, les hirondelles, les sarcelles et les chauves-souris font leur nid. Les chats prennent du soleil sur les toits. Se reposent du soleil sous les arbustes ou du côté de l'ombre des murets. Ils explorent, ils n'ont jamais l'air de chasser. Se laissent approcher par les humains - ceux qui insistent longuement. Ou bien par quelques vieilles dames qui les nourrissent. Ils s'approchent un peu plus près des pêcheurs à la tombée du jour. Même ici, les chats nous donnent l'impression que nous sommes chez eux. Que nous apprennent les chats ? Ce que nous apprennent les arbres et les paysages. Que les êtres humains ne sont pas indispensables. Que la mer et le vent s'agiteront sans nous. Que la terre, scarifiée, lourdement endommagée par nos prélèvements, accueillera sans doute d'autres vivants, moins parasitaires, si les humains viennent à disparaître. Que nous enseignent les chats ? La curiosité, le repos et la stabilité. La curiosité. Mais avec les limites que la survie impose. Voilà ma maison. Voilà mon plat, ma litière, mon lit (ou tous les endroits où je peux me permettre de dormir). Voici où le monde est entier. Vivre ailleurs est envisageable, bien que... Mais voyager ! Quelle folie.
  • Méditerrranée 12 - Torremolinos

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    Au fin fond, ce territoire du silence qu'est l'enfance, nous l'habitons toute notre vie. J'entends sous le balcon, il est 8h20, une classe de musique où des enfants jouent de la flûte. Tut tut tut couac tut tut couac... En essayant de rendre quelque chose qui ressemble aux premières mesures de Passe-Partout on dirait. Ou de l'Hymne à la joie. Ou de Yellow Submarine... Tut tut tut couac. C'est l'histoire de notre vie ça, non ? Deux bonnes notes, une fausse note. Un rythme approximatif. Et puis on recommence. Dans chaque matière. On tâche de suivre. La pièce intitulée "Notre place dans la famille" : tut tut couac. Celle qui s'appelle "Qu'est-ce qu'on attend de moi ?" : tut tut couac couac. "Comment vivre avec les autres" : couac couac tut. "La parole et la vérité" : couac couac tut. "Les garçons et les filles" : tut tut tut couac couac. Heureusement qu'il y a la musique qui nous enseigne que nous pouvons, en y mettant les efforts et le temps, développer un peu d'adresse. Un matin, l'un de nous arrive en classe, sort son instrument, s'exécute et ça fait : tadam ! Et nous tentons de l'imiter : tadam tut tut couac...

  • Méditerranée 11 - Torremolinos

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    méditerranée,école,ancêtres

    Sous notre balcon. Il y a, à 8h, quand les enfants arrivent à l'école, un silence d'avant l'éducation - éduquer qui veut dire, faire sortir du silence. Petits spectres silencieux qui n'ont pas encore oublié le sommeil. La cour d'école est un murmure. Je sais que chaque jour est un épreuve pour certains. Pour entendre le déchirement qu'ils ressentent il faut monter jusqu'aux nuages. Pas le choix, sinon, c'est la meute. Il fut un temps, ici-même, ici, où l'école n'était pas obligatoire. Où l'enfance elle-même n'était pas obligatoire non plus. Que savons-nous de nos ancêtres communs ? Parmi ces enfants, ici, ce matin, se trouvent nos cousins, nos neveux. Bien que rien ne subsiste de ce qui était là, quand la Méditerranée tout entière étaient moins peuplée que l'Estrie. Sinon la couleur du ciel la nuit, dont le turquoise de l'eau garde le souvenir tout le jour. Sur les contreforts de l'Espagne, de gros rochers que le temps use si lentement qu'on ne remarque pas qu'ils changent. Et le silence plein de sommeil des enfants au réveil.
  • Méditerranée 10 - Benalmadena

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    Mercredi, 2 avril 2014. 80 000 étudiants universitaires à Grenade, presqu'autant à Séville et à Cordoue qui ont elles aussi des universités excellentes. Plus de 200 000 étudiants à deux heures trente ou moins en train de la côte du soleil. Certains jours, ils arrivent par groupes, pour passer 24 ou 48 heures. Sans doute après avoir demandé aux parents, il me semble que j'entends les conversations un peu partout dans le monde, une avance sur les frais de scolarité, de l'argent pour une dépense imprévue... Ils viennent faire la fête. Chaque groupe dans sa langue. Les Allemands sont bruyants. Les Suédois, Norvégiens et autres nordiques se baignent sans façon dans la mer froide que les autres se contentent de regarder. Les Américaines, of course blondes. Ils mangent peu, fréquentent les gargotes, veillent tard, testent leurs hormones, s'allongent deux heures au soleil avant de retourner là d'où ils viennent. Ils apportent la surprise et la joie dans le décor silencieux et confortable où flânent les touristes et les retraités. On devrait les payer pour qu'ils viennent. On ne les verra pas sur la côte aujourd'hui, il pleut.

  • Méditerranée 9

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    5h30, heure de Malaga. Un navire de croisière passe sur la Méditerranée, noire et sans horizon. Une apparition. Il arrive que certaines de ces villes flottantes se rendent à Gibraltar pour accueillir le lever du jour. Ceux-là qui sont à bord, qui regardent vers la rive, ont dû voir s'allumer ma petite lampe. « Ah tiens, un ouvrier, un manœuvre, un tâcheron... », se sont-ils peut-être dit en voyant ma lumière de loin. / La peur de l'insignifiance nous rend fous - Une quête de sens et de liberté pour le XXIe siècle, Carlo Strenger. Belfond 2013. Voici un livre prêté par Bernard à Jocelyne dont je termine la lecture. Il faut le faire circuler entre amis, c'est urgent. Plusieurs d'entre nous se reconnaîtront dans le portrait que fait l'auteur de l'Homo globalis (l'être humain actuel, en prise directe sur le monde des communications). Il s'agit d'un phénomène nouveau auquel il serait dangereux de ne pas accorder l'attention qu'il mérite. La première partie du livre décrit de façon convaincante la situation dans laquelle nous plonge l'infodivertissement global. Infodivertissement dont la campagne « Just do it » de Nike exprime la vraie (dé)mesure. Ainsi que la portée culturelle. En s'interrogeant sur le sens que peut bien avoir une culture, un véritable héritage culturel dans ce contexte quasi universel, Strenger, en vient à proposer, pour se guérir du "political correctness" - ce relativisme déprimant qui fait en sorte que tout semble s'équivaloir en affirmant que la pensée humaine n'a jamais fait de progrès ou d'avancée notables, Carlo Strenger propose donc une attitude qui tient à la fois du repli et de l'ouverture qu'il appelle le « dédain civilisé ». En effet, comment demeurer en communication avec les défenseurs de la droite religieuse américaine (qui, doit-on le rappeler ne sont jamais loin du pouvoir) ? Comment maintenir le dialogue avec les barbus islamiques (qui, la preuve est faite, répondent à nos raidissements par encore plus de violence et de terrorisme) ? Comment maintenir tout simplement le contact avec des personnes qui se disent croyantes à présent que nous savons que les religions sont construites sur des fables ? Refuser que tout soit équivalent est la première condition ; la seconde serait de manifester notre dédain pour les éléments qui nous répugnent (excision, inégalités des sexes, lavage de cerveaux des enfants par exemple). Mais arriver à le faire tout en maintenant le dialogue ouvert puisque, nous réclamant des Lumières, nous admettons d'abord et avant tout qu'aucun système ne contient toute la vérité. Même le nôtre. Puisqu'il est psychologiquement fondamental pour l'être humain de défendre ce qui, pour lui, sert à évacuer (ou de façon très minoritaire à apprivoiser) la mort (c'est l'utilité de tous les consensus culturels), il ne faut donc pas compter sur la bonne foi dans ce débat. En s'appuyant sur le réel plutôt et l'histoire de l'humanité, nous avons la certitude que l'humanité n'est pas une espèce raisonnable. Sa peur de la mort n'est pas rationnelle. Même ceux qui croient se maintenir loin des superstitions des religions adhèrent pour les mêmes raisons aux textes philosophiques. Ou au rien... Cependant, nous rappelle Strenger, il est impératif et vital pour l'être humain de "faire" du sens. La folie ce n'est pas de vivre dans le monde du rêve, nous rappelle-t-il en citant Michel Foucault, ce qui fait qu'une personne devient folle c'est lorsqu'elle cesse de croire que ses rêves ou ses idées peuvent changer le réel.