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  • Charlotte - 52

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    Fête des pères

    Du géniteur insignifiant qui n'aura transmis que sa semence à l'increvable patriarche dont la présence et l'autorité épuisent et vident de leurs ressources les gens de son entourage... Il y a tous les pères.

    ...

    S'il y a quelque chose de plus silencieux que les mots, en nous, quelque chose qui participe, puisque nous savons que le silence n'existe pas, à une mélodie intime, comme le battement du coeur et qui nous effraie et nous rassure. C'est bien cette trace-là.

    En quelle année au juste notre naissance était-elle prévue ? Quand, dans l'histoire des choses et l'histoire humaine, était-il admis que nous puissions vivre, toi, moi, les autres huit milliards d'individus présentement vivants ? Qui savait d'avance quand serait requis notre sourire ? Notre regard ? Qui savait si nous serions de ces enfants que tout le monde a envie de prendre dans ses bras ou bien de ceux dont on se tient éloigné, plutôt éloigné. Qui savait si notre voix serait blanche et possiblement anonyme ou bien si elle dépasserait la limite permise par le concert des familles, des alentours, des concitoyens, des purs de race, de religion, de culture et des idées ?

    Ou si notre regard serait bienfaisant. Si nos gestes seraient mesurés, équilibrés, calmes. S'ils seraient brusques et effrénés. Si nos bras, si nos mains seraient des havres, accueillants à l'heure du retour de l'école, du travail et à l'heure de la réconciliation. Personne ne le savait, certainement pas nos pères. Mais ce que nous sommes, ce que nous devenons, est en bonne  partie le résultat de leurs voeux. 

    ...

    Charlotte, je vais t'exprimer mon point de vue, je ne me fais pas beaucoup d'amis quand je l'exprime à voix haute : les familles sont plus souvent des freins que des tremplins. À toi de voir si un jour, lorsque tu seras une adulte, il te faudra t'éloigner de la tienne. C'est un drame à chaque fois sans doute. Mais ce n'est pas tragique. Notre civilisation a beaucoup valorisé la famille, la patrie... et le travail. Ce qui a pu être indispensable durant nos années de développement, nous en gardons de la nostalgie. De l'état de dépendance et de reconnaissance qui était alors le nôtre ; de la confiance dont nos jours étaient imbibés, nous retrouvons des traces dans nos souvenirs. Il faut sans aucun doute leur accorder de l'intérêt. Les aborder avec curiosité et bienveillance. D'ailleurs, il vaut sans doute toujours mieux aborder notre passé avec bienveillance. Que nos souvenirs soient glorieux ou humliliants, cela vaut la peine de les examiner sans complaisance et sans hostilité.

    Il vaut aussi mieux qu'on se souvienne, sinon on recommence. C'est lassant.

    Les pères, selon la psychologie populaire en ce moment, ce sont ceux qui nous délivrent de nos mères - dont l'amour nous étouffe à la longue. Rares sont celles qui savent aimer autrement. Plus l'amour de la mère est un maelström, plus la leçon du père s'enseignera par l'absence. Tu verras. Tu verras. Tu verras.

    Les péres. Les mères. Dans un monde idéal, seraient interchangeables. Je veux dire que l'un et l'autre aimerait et libérerait l'enfant de son amour. 

    Ne va pas prendre ce que je dis pour des vérités, des sentences universelles. Ces mots, ces lettres ce sont mes pas de danse. Ma façon d'être avec toi. C'est aujourd'hui lundi dans mon calendrier. Lendemain de la Fêtes des Pères ici. Fête qu'on aimerait tous souligner unanimement avec affection et bonne humeur. C'est ce que je te souhaite. Tout au long de ta vie. 

  • Charlotte - 51

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    L'oiseau de feu

    Tyrannie du présent. Soumission au réel. Bruit. Vulgarité. Laideur. Plates idées courantes. Penser que "les gens" pensent quelque chose.

    "Les gens" n'existent pas.

    Nos esprits repliés comme des perruches dans une cage couverte par le "tissus" social. Mais...

    Qui habite en nous ? À qui avons-nous affaire constamment ?  La légion le plus souvent. Le mauvais esprit. Elle. La foule abstraite. Nous laissons la salle se remplir. Puis... il n'y a rien sur la scène. Le spectacle est dans les fauteuils et les gradins. Les places sont gratuites ! Entrez ! On attend. On vit à genoux. À je-nous.

    C'est déprimant.

    vertical,dedans

    Charlotte,  Juste avant la fin de la nuit, de ma fenêtre ouverte j'entends les oiseaux qui appellent le jour dans l'espace restreint qu'occupe leur vie en été. Espace à peine plus grand que celui des abeilles qui butinent et dont la ruche se trouve non loin. 30 mètres à la verticale, un petit kilomètre à l'horizontale. Tout s'y trouve, les insectes, les vers, les herbes et les fleurs, leurs voisins. C'est là toute leur géographie. Je me demande pourquoi l'oiseau s'est-il logé sur cette branche-ci plutôt que celle-là ? Pourquoi a-t-il fait son nid là, dans ce vieil érable près de la remise plutôt que sur la tête touffue du jeune sapin baumier qui se trouve à côté ? Conditionnements nombreux et complexes.

    Sommes-nous plus libres qu'eux ?

    Je ne sais pas. Mais nous pouvons, comme je perçois qu'ils le font, vivre pour célébrer le fait d'être vivants. Appeler la lumière le matin. Cueillir la nuit des rêves. Vivre et apprendre à voler.

  • Charlotte - 50

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    Exercice d'alchimie.

    Charlotte, si tes émerveillements te poussent tout simplement à te réjouir sans arrière-pensée… Sois heureuse ainsi.

    Tu as compris bien sûr que ce n’est pas mon cas. Mes joies comme mes peines sont informées. Elles sont remplies d'autres histoires, les miennes, celles de mes proches, celles de l'humanité qui se sont rendues jusqu'à moi. C'est même devenu l'un des avantages d'ajouter des années à ma vie : celui de pouvoir saisir sans trop d'effort ma propre histoire dans la trame de l'histoire de l'humanité. J'y parviens entre autres en fréquentant les mythes fondateurs, ceux sur lesquels reposent l'existence des communautés et des familles.

    J’ai participé au démarrage de quelques affaires au cours de ma vie et je vois bien que les circonstances, la nécessité, l’utilité sont des terreaux fertiles… Mais le véritable moteur de toute entreprise est l’histoire qui la suscite ou qui la perpétue. Je veux dire qu’il n’y a pas d’entreprise humaine qui démarre ou tienne la route si elle n'est pas abondamment racontée.

    Voici deux histoires qui font écho en moi. Je suis athée. Non. Je suis polythéiste. Il y a des dieux tout le temps et partout.

    L'évangile qui raconte la vie brève du fondateur du christianisme : celui-ci nous invite à aimer même si cela nous crucifie.

    La doctrine bouddhiste qui se rend par bribes jusqu'à nous et qui nous invite à admettre la souffrance comme une réalité universelle et inévitable... Mais à y échapper en suivant la Voie.

    Le Christ n’était pas chrétien ; le Bouddha n’était pas bouddhiste. Leur aventure réelle sur la terre ne correspond vraisemblablement pas aux histoires qu’on raconte à leur propos. Si la folie radicale de Jésus de Nazareth, ou la sagesse océanique du prince Siddhārtha trouvent en moi un théâtre - un espace acoustique disons, pour résonner, c’est que l’amour et la souffrance, j'en suis convaincu, font partie de la trame de ma vie comme de celle de toutes les vies humaines.

    Et ce sont des réalités trop importantes pour que je les dépose dans la filière LQSR (Les Questions Sans Réponses).