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  • Charlotte - 64

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    Toi.

    - Depuis quand es-tu toi, toi ?

    - Pour ma part, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été là.

    Linji YiXuan

    toi

    Charlotte, Cette salutation, les mains jointes, signale que nous reconnaissons en nous, en l'autre, ce qui, en eux et en nous, au-delà des anecdotes fait exister le monde. Un jour, il sera peut-être midi, tu seras, sous la pluie comme un oiseau. Et tu verras soudain, plus loin que les nuages, bien plus profond que tous les gouffres que tu auras visités ; tu verras que rien n'existe sans toi. Quelle puissance se révélera alors !

    Si tu n'es pas là, tes parents, moi, les autres de la famille, tes amis, tes amies, ton chat, ton chien, les arbres, les rues, les villes, les personnages historiques, les personnages fictifs, les emmerdeurs, les choses belles, les choses dégueux sont des fracas que personne n'entend. Les êtres et les choses passent dans tes rues et sur tes rivières depuis que le monde existe. Tu existes depuis le commencement du monde. Tu peux être qui tu veux.

  • Charlotte - 63

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    L'essentiel... Et le reste.

    Il fallait bien une tasse pour de l'eau et une gamelle pour manger une ou deux fois tous les jours. 

    Je pouvais (ou non) partager mon toit ; il y avait aussi des murs et des fenêtres.

    Parmi eux j'ai trouvé une âme sœur, des amitiés.

    D'abord il y a eu eux.

     

     

  • Charlotte - 62

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    Les dimanches.

    Charlotte, et si nous étions des gens du dimanche. Le plus souvent possible. Qu'il y ait un peu de dimanche dans nos lundis, mardis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis. Dimanche, diadème sur notre semaine.

     

  • Charlotte - 61

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    Les mots du chemin.

    Paroles simples qu'on adresse au gros chat Gris du voisin qui arrive, comme à l'improviste, à l'heure où l'on nourrit les deux chatons adoptés il y a quelques jours : Non ! Va-t-en ! Pssst. Ceci n'est pas pour toi.

    Sachant fort bien que le Gris va se cacher sous les branches du cèdre et revenir à l'assiette dès qu'on sera rentré. Lui fait semblant de comprendre. Nous faisons semblant de croire que nous avons été compris.

    Nous sommes brouillons. Nos vies sont des brouillons. Nous disons ceci ou cela, en attendant de trouver le mot juste.

    Qui ne vient jamais.

    ...

    Charlotte, Nos vies sont en grande partie occupées par des efforts pour tenter de correspondre, de s'ajuster, de saisir la place qui nous est allouée. Faisons donc autant d'efforts à tenter de découvrir un espace que personne ne connaît, à refuser de s'ajuster et à essayer d'échapper à notre propre jugement. 

     

     

     

  • Charlotte - 60

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    L'autre versant

    Charlotte, jusqu'à présent, j'ai souligné le fait que tu es reliée, rattachée de façon bien évidente et parfois de façon mystérieuse aux tiens, aux autres, au présent, au passé surtout. Au passé, car ceux qui te parlent du présent, qui te le téléchargent constamment, sont tournés vers le passé. Tu verras comment dans les prochaines lettres que je t'adresserai.

    Être membre de la famille, compatriote ou citoyenne, bien que tu y puises du bon, du nécessaire, du vital, n'est pas ton seul destin. Tu as aussi pour horizon le retrait, la solitude, l'aventure, la création.

    ...

    Le parcours que te proposent ta famille, ton école, ton université, ton travail, n'est pas celui qui fera en sorte que tu deviendras ta propre autorité. Ta famille, ton école, ton université, ton travail ont tous pour mission de te faire croire que le langage commun, la sécurité, l'absence de crise, la longévité, la bonne opinion que tu as de toi-même et que les autres ont de toi, que ta "popularité" est ta finalité. Mais ce n'est pas vrai, c'est la leur quand ils sont tous ensemble.

    Tu te réveilleras de ce sommeil dans lequel on t'induit. Vers lequel on te conduit. C'est mon vœu le plus cher. Je ne vais pas tenter de décrire l'indescriptible. Mais, avec les mots du langage commun, je vais ouvrir quelques portes, quelques fenêtres vers des extérieurs que toi seule...

    D'abord, je t'invite à apprendre une autre langue que celle de tes parents, que celle de ta famille ou de ton entourage. Qu'elle soit morte ou vivante, ancienne ou actuelle. Donne à ta pensée un outil qui te permette d'échapper aux conventions évidentes et rapprochées. Pour le plaisir d'exercer, en toi-même, la faculté de penser sans te trahir. Comme les parents le font parfois quand ils changent de langue pour se parler devant les enfants quand ils ne veulent pas être compris.

  • Charlotte - 59

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    Mains

    Plus que les rides sur mon visage, plus que le poids - moi plus pesant ainsi que le poids des jours, ou que la fatigue, c'est par mes mains que je me suis senti vieillir. Tous les travaux qui nous mettent en mouvement on les appelle des travaux manuels. Il est bien rare que nos mains ne participent pas à nos activités - même si elles sont purement intellectuelles. Mes mains ont révélé ma fatigue avant tout le reste.

    ...

    Charlotte, regardent souvent les mains de ceux qui te parlent. De ceux qui ne parlent pas aussi. Tu sais lire ces choses. Comme des enfants qu'ils promènent et qui seraient eux en même temps. Je veux dire que leurs mains révèlent, pour ceux qui peuvent voir l'enfance, la vieillesse, l'assurance, la peur, le désarroi, la confiance, l'ouverture, elles sont les "voix off" du film de nos vies. Le fil ténu, fragile, bien réel, réel autant que les fils qui sont lancés entre les êtres qui se rencontrent ou qui sont en conversation part de leurs mains. Tout aussi réels que les courants et les ondes qui transportent nos images et nos voix.

    Ne va jamais croire que tu n'es pas reliée, connectée, raccordée, unie à ceux qui t'aiment dès que tu penses à eux. Mains ouvertes ou poings fermés.