01.06.2009

Septentrion

Voici la fin de(s) T.R.A.C.E.S.

L'été arrive, le travail dans la framboisière devient plus captivant. C'est bien.

Merci aux voyageurs et aux passants.

Je vais laisser ici, pendant quelques temps les billets et les commentaires de ce projet, de ce voyage. Ensuite, ici ou ailleurs, Épistolaire reprendra avec le sous-titre suivant : Une voix dans le chœur.

28.05.2009

Savalou

Comment faire pour être moi ?

Que faire pour être moi ?

Mais s'il n'y a pas de toi ? De vous ? D'ils-d'elles ?

Ça signifie quoi, moi ?

18.05.2009

Et ici (3)

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Les gazelles et la fourmi

On dit que le roi Salomon, un jour qu'il était fatigué de ses palais et de ses femmes, s'en fut méditer au désert. Or, comme il cheminait à longs pas dans le sable, au bout de sa sandale il vit une fourmi qui marchait, le front bas, têtue comme au labour, refusant l'abri des cailloux, la halte au frais des herbes rares. Salomon, la voyant si brave et obstinée, se pencha sur elle. Il lui dit :

- Petite bête, où vas-tu donc avec une hâte aussi droite ? Elle répondit :

- Grand roi, ne me retarde pas. Je cours où mon âme m'appelle, à la poursuite des gazelles.

Salomon haussa les sourcils.

- Amie, dit-il amusé, je connais ces sœurs du désert. Elles sont si vives, si légères qu'elles semblent jouer avec Dieu. En vérité, que sais-tu d'elles ? En as-tu déjà rencontré sur tes minuscules chemins ?

- Hélas non, répondit l'insecte, mais j'ai vu leurs ombres passer. Leur miraculeuse beauté m'a pris l'âme, le cœur, les sens. je ne peux plus vivre sans elles.

Le roi des rois s'agenouilla, la prit sur le bout de son doigt.

- Tu rêves, lui dit-il. Tu voudrais les rejoindre ? Elles franchissent d'un saut la dune que tu escalades en cent jours ! Qu'espères-tu ? À les poursuivre, tu dégringoleras bientôt dans une empreinte de leur course et le vent t'enfouira dedans. Abandonne tes illusions. Retourne auprès de tes pareilles que tu n'aurais pas dû quitter !

- Je sais que la raison t'inspire, ô roi des rois, dit la fourmi. Mon pas est court, ma vie n'est qu'un jour de la tienne, mon ciel n'est pas plus haut qu'un brin d'herbe naissant. Je ne suis rien, j'aspire à la grâce parfaite. J'avoue que c'est une folie, Mais qu'importe à mon cœur aimant ? Le désir me tient, il me pousse, il ne me laisse aucun repos. Je me soumets à ce qu'il veut, et la mort ne me sera rien si elle me prend sur mon chemin, à la poursuite des gazelles.

Henri Gougaud, Les gazelles et la fourmi, L'amour foudre, Seuil, 2003

Photo : Éverest au loin.

10.05.2009

Eugene, Oregon

Eugene, ville de l'art et du plein air... Il y a vingt ans, au temps lointain d'avant les blogs, j'habitais à Montréal. D'où j'écrivais une lettre hebdomadaire - que je photocopiais et que je faisais parvenir par la poste à une trentaine d'amis. S'ils me répondaient, j'incluais leurs réponses dans la lettre suivante. Je voulais créer un « espace » de dialogue -, ce fut un espace d'écriture. Ce qui n'exclut pas nécessairement le dialogue.

Il m'est arrivé d'inventer des interlocuteurs dans ces lettres. Au cours de semaines sans réponses sans doute. Lucas, par exemple, (je-il) m'écrivait très souvent. Habitait à Florence en Oregon, était mon persifleur attitré. Déconstruisait mes lettres, étalait ma vie, décelait mes fautes et mes mensonges, me faisait des reproches comme une conscience peuplée.

J'ai de la tendresse pour la côte Pacifique en Oregon. Je pourrais y rencontrer Lucas maintenant à Florence près de l'océan, ou à Eugene, ville d'art et de plein air... Depuis que je ne cherche plus à l'éviter, il ne cherche plus ma petite bête noire.

09.05.2009

Évora

450px-Templo-Evora_1.JPGSous le ciel du Portugal. Une ruine romaine.

Éden, cité lointaine, grotte au haut de la montagne, nid d'aigle, temple détruit, mur du temple détruit, mur du temps où poussent quelques fougères, où percent quelques liserons verts, chambre interdite à l'intérieur du donjon, château blanchâtre perdu au fond de l'immense forêt pleine de cerfs, de biches, d'ours, de sangliers, de loups, de faucons, de vautours.

Toujours nous tente le désir de retourner là où nous avons été heureux.

Nous ne savons plus très bien où était ce lieu merveilleux et obscur. Nous croyons qu'il date de l'air atmosphérique et qu'il se trouve dans l'espace.

aussitôt après, sur la même page...

Les Indiens Sioux disaient : Nous aimons cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère

Pascal Quignard, Sur le jadis, Grasset, page 103.

06.05.2009

El Sur

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À Fra(mboi)se(s)by,

Certains jours, plus certains jours, plus certains jours = un an. J'aime certains jours, pour la gentillesse et pour l'esprit. Pour l'esprit et pour la gentillesse. Pour l'esprit gentil. Bravo et merci.

...

Je voulais aussi attirer votre attention sur la photo. Car Frasby, à plus d'une reprise, a publié la photo de cette dame, vue de dos, habillée autrement, portant d'autres chaussures. Mais c'est bien la même. À Lyon, à Bogota. Une conteuse à l'affût. De quoi ? De l'esprit gentil. Car c'est une porte ouverte sur l'extraordinaire.

Il y a très longtemps, du temps où nous pouvions faire un vœu et que cela avait le pouvoir de changer quelque chose, vivait un roi dont les filles étaient toutes vraiment belles ; la plus jeune surtout, était si belle que le soleil lui-même était émerveillé lorsqu'il l'illuminait. Près du château de ce roi, il y avait une forêt, sombre et tranquille, et près d'un arbre millénaire dans cette forêt, il y avait une fontaine. Les jours de temps chaud, durant les heures de canicule, la jeune enfant se rendait près de la fontaine et s'amusait là. Pour passer le temps, elle prenait sa petite balle dorée la lançait en l'air et la rattrapait ; c'était son jeu préféré.

Un jour, alors qu'elle jouait, il arriva que la petite balle dorée lancée ne retomba pas dans sa main, passa tout droit, bondit et roula directement dans l'eau. La princesse la suivait des yeux, mais la balle disparut. Et la fontaine était si profonde, si profonde qu'on n'en voyait pas le fond. Elle se mit alors à pleurer. Et tandis qu'elle pleurait elle entendit une voix. Qui s'adressait à elle. " Qu'avez-vous princesse, dit la voix, vous pleurez si fort, vos pleurs sont si impressionnants, qu'une pierre même serait émue. " Elle regarda tout autour et ne vit que la tête énorme, hideuse, d'un crapeau, qui surnageait dans l'eau de la fontaine.

Les frères Grimm, Les contes de fées - Le premier conte, Le roi Crapeau

Vous vous souvenez de la suite n'est-ce pas ? Le crapeau va chercher la petite balle dorée après avoir obtenu la promesse que la princesse le ramènerait chez elle et qu'elle lui permettrait de vivre près d'elle, de boire dans son petit verre, de jouer avec ses jouets, de dormir près d'elle sur l'oreiller. La gros crapeau hideux rapporta donc la balle dorée du fond de l'eau. Et la princesse, joyeuse, la saisit. Puis s'en retourna au château en oubliant sa promesse et le crapeau...

Ce crapeau était musicien. Évidemment, après cette apparition, il devint nostalgique. Il le redevint. Se remit au bandonéon. Joua éperdument. Tira des larmes aux saules pleureurs (ce n'est pas un exploit j'en conviens) qui poussaient près de la fontaine, mais même aux ifs, aux quands et aux peut-êtres dont les bosquets ombrageaient les trilles et les champignons. Enfin vous voyez. Il jouait du bandonéon. Se souvenant de temps heureux. En attendant des temps heureux.

Tandis que la princesse allait ça et là dans le château jouant à la princesse qui ne connaît pas son destin... Ayant oublié, apparemment, celui qu'elle avait rencontré près de la fontaine.

Il arrive parfois, dans les contes, dans les histoires, dans les légendes, que les héros, les héroïnes, ouvrent la porte du fantastique et que l'extraordinaire fasse irruption dans leur vie mais qu'ils mettent du temps à s'en rendre compte. Alors ce qui se trouve là derrière est bien obligé d'attendre ou d'insister un peu.

Certains jours, vous l'avez compris, c'est le Roi Crapeau qui joue du bandonéon. Nous qui le visitons, sommes des princesses. Certain(e)s jouent même près de la fontaine avec leur balle, la laissent tomber dans l'eau. Fidèlement, à chaque fois, le Roi, l'esprit gentil, nous la rapporte en nous faisant promettre une chose qu'on oublie aussitôt.

Nous ne vivons plus dans le temps où les vœux ont le pouvoir de changer quelque chose ?

...

Alors Frasby ? Je m'en suis bien tiré avec l'esprit gentil ? Sûr que j'ai eu envie d'effacer et de trouver mieux. Mais bon. Comme c'est un anniversaire et que je m'étais mis à chanter, enthousiaste, avec bien d'autres...

05.05.2009

Ettersberg (le mont, la forêt)

Qu'y a-t-il dis-je irrité sans doute cassant. Le silence de la forêt vous étonne autant ?

Il tourne la tête vers les arbres alentour. Les autres aussi. Dressent l'oreille. Non ce n'est pas le silence. Il n'avaient rien remarqué, pas entendu le silence. C'est moi qui les épouvante, rien d'autre visiblement.

Jorge Semprun, L'écriture ou la vie.

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Un phare maintenant dans la forêt. Un phare ? Non. Un clocher. Un phare pour les oreilles. Je retrouve les phrases brèves de Monsieur Semprun ici, qui, lorsqu'il revient, croit entendre à nouveau les sifflets du camp.

Pour moi les cloches. Le silence. Le souvenir du regard d'un jeune homme qui a survécu et que l'on prend pour un fantôme. Le silence. L'oubli. L'horreur devenue une forêt paisible. Les oiseaux aussi sont revenus.

...

Mais le chagrin est préservé. Qui me semble un avantage (que les européens se sont donné sur nous, nord-américains). Car les vies, très nombreuses, qu'a coûté notre bref empire - de l'espoir et de l'avenir ?, ont été effacées des consciences et des mémoires.

Où pouvons-nous aller, où sont donc les pierres érigées vers lesquelles nous pouvons aujourd'hui nous tourner ? Sur ce continent, les ancêtres sont des cailloux sur les bords des chemins. Parfois je me penche, en saisis un dans mes mains. J'écoute. Je me souviens.

 

02.05.2009

Ermoúpoli

Ermou - polis - la ville d'Hermès.

À Guy,

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Ne rien garder, des maison, des toits, des forêts, des plages d'autrefois. Donner, vendre. Partir. Découvrir en chemin tout ce qui se donne, ce qui s'abandonne et se laisse prendre. Être le dieu qui dérange. Celui du commerce et des échanges.

La musique pas à pas. Qui te suit pas à pas. Chaque jour, tu es, l'invité de la gloire.

Ne rien apporter, des livres, des breloques, des vêtements d'avant. Laisser ici et là, abandonner ces couches de soi. Accepter le don de la qualité de la lumière et de la qualité du son dans l'air. Être le dieu sans attaches.

Alors la musique pas à pas...

Ne rien laisser au hasard. Connaître de naissance certaine le moment juste et la note. Être le dieu qui semble improviser - qui n'improvise jamais. Celui qui ne maîtrise pas, apparemment.

Pour que la musique pas à pas t'accompagne jusqu'à la ville qui portera ton nom. Ses habitants le choisiront comme un joyeux talisman. Ermoupoli, Ermoupoli, Ermoupoli... Chanteront-ils en dansant..

 

22.04.2009

Cambridge

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1209 -2009

800 ans de recherches, de travaux consciencieux, de découvertes, de passions et de passionnantes communications, d'ouverture sur le monde, d'ouverture sur l'univers, d'arrogance, de stupides répétitions, de minutieuses données recueillies, de connaissances disponibles, de participation à l'évolution du monde, de recherches honnêtes, d'activités intellectuelles tronquées et de compromis, de fonctionnaires de la connaissance installés dans la matrice, de publications, de partage des connaissances, de discours, de défis et de dépassements humains, de mysoginie, de bruit, de musique, d'entrée dans le monde par la grande porte, de rivalités et de fourberies, de copinages indécents, d'exigence, de grandeur, de richesse, de leadership, de conformisme, d'originalité, d'orgueil et de superficialité, de favoritisme, d'aspiration à la liberté, de résignation, d'honneur, d'honneurs, de

14.04.2009

Chennai (Madras) (2)

Souvent je me demande jusqu'à quel point peuvent se reconnaître l'homme et la bête qui ne parle pas.

À travers quel paradis primitif, au matin de la lointaine création, courut le sentier où leurs cœurs se rencontrèrent.

Bien que leur parenté ait été longtemps oubliée, les traces de leur constante union ne se sont pas effacées.

Et soudain, dans une harmonie sans paroles, un souvenir confus s'éveille et la bête regarde le visage de l'homme avec une tendre confiance et l'homme abaisse ses yeux vers la bête avec une tendresse amusée.

Il semble que les deux amis se rencontrent masqués et se reconnaissent vaguement sous le déguisement.

 

R. Tagore, Le Jardinier d'amour, LXXIX

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