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écrire

  • Arras

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    « Écrire, noircir du papier avec les signes d'une phrase, est inquiétant, douloureux presque toujours, pourtant merveilleux. J'ai souvent senti que je plaignais l'homme qui devait vivre sans rien exprimer de sa vie. Son émerveillement est peut-être difficile parce qu'il voudrait, non pas recevoir, mais produire. » Pierre Jean Jouve, En miroir.

  • Corinthe

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    c,grèce.

    Tout au long de sa vie, son imaginaire s’est exercé, s’est manifesté le mieux dans des espaces publics. Dans les cafés en particulier. Il lui suffisait d’être seul assis à une table, à une distance raisonnable des tables voisines et de placer sa veste sur le dossier de sa chaise, puis de sortir de son sac à dos un cahier, un stylo et se mettre à écrire. Alors, ce qui manquait à sa vie, ce qui manquait à toute vie selon lui, se présentait, docilement, sous la forme de traits plus ou moins ronds, plus ou moins aigus ou fins, plus ou moins beaux, tirant avec eux une petite ou longue cohorte de mots, meute de voyelles, groupe de consonnes, classe de noms, une famille loquace de mots déjà formés et retenus, assemblée parfois bruyante, bruissant parfois, évoquant pour lui seul, la vie dans son entièreté, lui permettant ainsi d’échapper à l’angoissante solitude ; inévitable et qui ressemblait à une douleur. La douleur du jeune homme devant l’extrême beauté d’une jeune fille assise là, à quelques pas, qui attendait quelqu’un d’autre, qui parlait, dans le secret de son cœur à un absent. Ce qui le rendait lui, invisible, inintéressant, inexistant à moins qu’il se fût permis un geste, une parole, une intervention forcément inappropriée pensait-il, ridicule, et qui eut été un sujet de rigolade plus tard, dans ce même endroit ou dans un autre café, pour cette jeune fille et ses amies.

    D’une certaine façon, la vie valable pour lui tenait dans ce geste d’écrire, de tracer des signes, comme l’artiste forme, à force de concentration et de répétition, une calligraphie idéale et impersonnelle, qui évoque, autant par sa graphie que par son orthographe, la chose à laquelle l'image formée est associée.

    « Pourquoi écrivez-vous ? », lui avait un jour lancé Sibel, la serveuse du Santropol, repartie sans attendre une réponse. Il avait écrit dans son cahier : « c’est la seule façon d’attendre. A – tendre. A – tension. C’est le geste qui me permet de tendre vers ce que je désire tout en arrivant à supporter la tension. D’autres travaillent, courent, fument, font de l’exercice, lisent, mangent ou dorment… »

     

  • Ettersberg (le mont, la forêt)

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    Qu'y a-t-il dis-je irrité sans doute cassant. Le silence de la forêt vous étonne autant ?

    Il tourne la tête vers les arbres alentour. Les autres aussi. Dressent l'oreille. Non ce n'est pas le silence. Il n'avaient rien remarqué, pas entendu le silence. C'est moi qui les épouvante, rien d'autre visiblement.

    Jorge Semprun, L'écriture ou la vie.

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    Un phare maintenant dans la forêt. Un phare ? Non. Un clocher. Un phare pour les oreilles. Je retrouve les phrases brèves de Monsieur Semprun ici, qui, lorsqu'il revient, croit entendre à nouveau les sifflets du camp.

    Pour moi les cloches. Le silence. Le souvenir du regard d'un jeune homme qui a survécu et que l'on prend pour un fantôme. Le silence. L'oubli. L'horreur devenue une forêt paisible. Les oiseaux aussi sont revenus.

    ...

    Mais le chagrin est préservé. Qui me semble un avantage (que les européens se sont donné sur nous, nord-américains). Car les vies, très nombreuses, qu'a coûté notre bref empire - de l'espoir et de l'avenir ?, ont été effacées des consciences et des mémoires.

    Où pouvons-nous aller, où sont donc les pierres érigées vers lesquelles nous pouvons aujourd'hui nous tourner ? Sur ce continent, les ancêtres sont des cailloux sur les bords des chemins. Parfois je me penche, en saisis un dans mes mains. J'écoute. Je me souviens.