28 août 2008
À propos
« [...] Une fois, j'habitais seule une maison et j'avais installé un bureau au rez-de-chaussée. Une machine à écrire portable verte, de marque Smith-Corona, était posée sur la table contre le mur. Je commis l'erreur de quitter la pièce.
J'étais à l'étage lorsque je perçus la première secousse. Le plancher remua sous mes pieds - qu'était-ce ? -, les cadres des tableaux s'agitèrent sur le mur. La maison tremblait et faisait du bruit. IL y eut une accalmie ; je surpris mon visage dans le miroir de la commode, inexpressif. Quand le plancher se remit à osciller, je descendis au rez-de-chaussée en me disant que je ferais aussi bien d'y aller tant que l'escalier tenait bon.
Je vis aussitôt que la machine à écrire était entrée en éruption. La vieille Smith-Corona verte posée sur la table crachait le feu et les cendres. Des gerbes d'étincelles jaillissaient de sa caldeira - le trou sombre d'où sortent les touches. De la fumée et des escarbilles s'en déversaient, les explosions se mêlaient aux crépitements, d'épaisses volutes noires s'élevaient, un feu profond et rugissant illuminait l'ensemble. Elle crachait des étincelles.
J'abaissai les rideaux. Lorsque je me penchai au-dessus de la machine à écrire, des escarbilles firent des trous circulaires dans ma chemise et les flammes roussirent une manche. Je tirai le tapis à l'écart des étincelles. Dans la cuisine j'emplis un seau d'eau et je retournai vers la machine à écrire en éruption. Sur mon visage et sur mes mains je sentais la chaleur sortant de la caldeira. Les flammes jaunes rugissaient violemment. Quand à la machine à écrire proprement dite, elle émettait grondements et grincements ; la table tanguait. Rien ne semblait nécessiter mon seau d'eau. La surface de la table était fichue, bien sûr, mais pas enflammée. Au bout d'une vingtaine de minutes, l'éruption s'arrêta.
Cette nuit-là, j'entendis d'autres grondement - faibles, sans cesse plus espacés. Le lendemain, je nettoyai la machine à écrire, la table, le plancher, le mur et le plafond. Je mis à la poubelle ma chemise brûlée. Le surlendemain, je nettoyai de nouveau la machine à écrire - il y avait toujours une fine pellicule de noir de fumée le long de la caldeira - et puis tout fut terminé. Je n'ai eu aucun problème avec elle depuis lors. Bien sûr, je sais maintenant que ça peut arriver. »
Annie Dillard, En vivant en écrivant
08:35 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, annie dillard, machine à écrire
27 août 2008
Où c'est-y ?
Où se trouve le prochain prétexte pour garder notre industrie à flots se disaient les marchands d'armes il y a quelques semaines.
Oussétie ?, demanda l'un d'eux dans un français accentué.
D'accord, firent en chœur les autres.
Ça ne vous fait pas enrager ? Leur grande culture, leur imagination, leur sens de la formule. Et leur incroyable capacité de forger le monde selon leurs désirs.
07:43 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, guerre, marchands
23 août 2008
Aux hauts...

08:54 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, chartreuse, nuages, frasby
Toto & Lérance
Anticlérical fanatique, gros mangeur d'ecclésiastiques, cet aveu me coûte beaucoup,
Mais ces hommes d'Église, hélas ! Ne sont pas tous des dégueulasses, témoin le curé de chez nous.
Quand la foule qui se déchaîne pendit un homme au bout d'un chêne sans forme aucune de remords,
Ce ratichon fit un scandale et rugit à travers les stalles : « mort à toute peine de mort ! »
Puis on le vit étrange rite, qui baptisait les marguerites avec l'eau de son bénitier
Et qui prodiguait les hosties, le pain bénit, l'Eucharistie aux petits oiseaux du moutier.
Ensuite il retroussa ses manches, prit son goupillon des dimanches et, plein d'une sainte colère,
Il partit comme à l'offensive dire une grande messe exclusive à celui qui dansait en l'air.
C'est à du gibier de potence qu'en cette triste circonstance l'hommage sacré fut rendu.
Ce jour là, le rôle du Christ bonne aubaine pour le touriste, était joué par un pendu.
Et maintenant, quand on croasse, nous les païens de sa paroisse, c'est pas lui qu'on veut dépriser.
Quand on crie « A bas la calotte ! » A s'en faire péter la glotte, la sienne n'est jamais visée.
Anticléricaux fanatiques, gros mangeurs d'ecclésiastiques, quand vous vous goinfrerez un plat
De cureton je vous exhorte, camarades à faire en sorte que ce ne soit pas celui-là.
G. Brassens, La messe pour un pendu.
...
Avec mes deux copains, recommencé les rendez-vous hebdomadaires pour chanter (et boire quelques bières). Nous préparons un concert pour les ami(e)s dans la petite salle de spectacle de la municipalité. On s'est demandé quoi faire avec les chansons paillardes un peu grossières qu'on aime bien mais qui font rarement plaisir à nos blondes et nos amies. « Eh bien, dit Théo, on leur dira juste avant de commencer : les prochaines, nous les chanterons entre nous, pour notre propre plaisir, vous n'êtes pas obligé(e)s d'écouter. » Et nous entonnerons Le Mauvais sujet repenti, Je me suis fait tout petit, et quelques autres qu'on dirait écrites pour les gars, entre eux, quand ils fanfaronnent au sujet des filles.
Et c'est ce qui fait vraiment plaisir à chanter Brassens : les idées sont vastes, le cœur est grand, l'esprit est aéré, les choses sont à la bonne place. C'est sain, ce n'est pas saint.
07:49 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, brassens, théo & donia
20 août 2008
Grave
« [...] Je disais à la nuit : Nuit pleine de soleils !
Je disais aux torrents, aux fleurs, aux fruits vermeils,
À ces formes sans nom que la mort décompose,
Aux monts, aux champs, aux bois : Savez-vous quelque chose ? »
Les voix intérieures, Victor Hugo.
07:06 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, victor, alfred, gustave
17 août 2008
Nos anges

À chaque instant le monde est occupé à ses affaires. Tout le monde. Tout ce qui fait le monde.
Les arbres appliqués à grandir. Les insectes à creuser, fouiller, construire. Les fleurs à ruisseler, de rosée, de bons sentiments, d'attente ou de déception. Les pierres à frémir, imperceptiblement. Les animaux, les gros, les petits à conquérir l'espace de leur vie. Les humains si distants, préoccupés d'eux-mêmes. Je viens ici vous saluer, tous, même si rien n'écoute, même si rien ne voit.
Comme devant une forêt d'absents, parce que c'est ma nature, j'ajoute à l'harmonie des formes et des sons, ma réponse et ma question.
07:28 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, mésange, salut, scène
12 août 2008
Saluer et sortir de scène
Dans une ville portuaire française sur la Méditerranée, une famille d'immigrants serre les rangs autour du père qui tente de réaliser un projet de retraite audacieux.
Certains y voient une leçon de cinéma.
08:11 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, cinéma, dernière sortie
10 août 2008
La magie

19:47 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, magie, carole
09 août 2008
L'illusionniste
Hier, ouverture officielle de la saison des récoltes chez les amis du Verger Gros Pierre. Dîner et soirée sous le signe de la magie sur la terrasse sous l'auvent - et les nuages. Repas préparé par des producteurs de la région et spectacle ensuite donné par un illusionniste, dont j'ai tenté pendant deux heures, de déceler les indices, les failles, les subtiles hésitations. Une seule fois, alors que je surveillais attentivement ses mains, j'ai cru voir glisser un billet qui est disparu ensuite dans une poche de sa veste. Furtif. J'ai compris que le scénario repose sur l'attention déviée. Notre regard, notre écoute (l'illusionniste parle beaucoup, constamment) sont sollicités dans une direction tandis que l'indice est lu, vu, ou scruté là où personne d'autre que celui qui dirige le jeu ne regarde. Démonstration troublante de la capacité limitée de notre esprit d'adhérer à l'image qui lui est présentée et de décoder les informations qu'il reçoit. Le métier d'illusionniste réclame un immense travail de la mémoire et une attention soutenue. Et pour créer l'illusion, il faut, dans l'espace du spectacle, maîtriser le temps.
08:05 Publié dans Lettres ouvertes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, gros pierre, vincent
07 août 2008
La route (2)
« Ils passaient par les villes qui tenaient les gens à distance avec des messages griffonnés sur les panneaux d'affichage. On avait enduit les panneaux de minces couches de peinture blanche pour pouvoir écrire dessus et à travers la peinture transparaissait un pâle palimpseste d'annonces publicitaires pour des marchandises qui n'existaient plus. Ils étaient assis au bord de la route et mangeaient les dernières pommes.
Qu'est-ce qu'il y a ? dit l'homme.
Rien.
On va trouver quelque chose à manger. On trouve toujours quelque chose.
Le petit ne répondait pas. L'homme l'observait.
C'est pas ça hein ?
C'est rien.
Dis-moi.
Le petit détournait la tête du côté de la route.
Je veux que tu me le dises. Je ne vais pas me fâcher.
Le petit hochait la tête.
Regarde-moi dit l'homme.
Il avait tourné la tête et regardait. Il semblait sur le point de pleurer.
Alors dis-moi.
On ne mangerait jamais personne, dis-moi que c'est vrai ?
Non. Évidemment que non.
Même si on mourait de faim ?
On meurt déjà de faim maintenant.
Tu as dis que non.
J'ai dit qu'on n'était pas en train de mourir. Je n'ai pas dit qu'on ne mourait pas de faim.
Mais on ne mangerait personne ?
Non. Personne.
Quoi qu'il arrive.
Parce qu'on est des gentils.
Oui.
Et qu'on porte le feu.
Et qu'on porte le feu. Oui.
D'accord. »
07:14 Publié dans Lectures commentées | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : épistolaire, la route, mccarthy, page 113


