10.02.2009
Agra
- Mais qu'est-ce qu'on fait ici ?, ai-je demandé à Monsieur L. que j'avais suivi en toute confiance, comme d'habitude, les yeux fermés.
- Un pastiche.
- Quoi ?
- Oui. Quelque chose à la manière de l'éventail.
- Ah? Pourquoi ?
Il s'est contenté de me sourire. Narquois.
J'aime le mot narquois.
...
Vous croyez ça vous ?
Qu'un homme peut faire construire une telle chose par amour pour sa femme. Morte au neuvième ou quatorzième accouchement.
Je sais que je ne devrais pas insister - mais c'est important.
Vous ne pensez pas que c'est aussi un tout petit peu par vanité ?
Dans le mausolée, à côté d'elle il y a lui non ?
La douleur et la construction. Ce n'est peut-être pas si incongru (j'aime le mot incongru).
Allons, tous les samedis consoler ces hommes affligés dans les quincailleries.
Mais à bien y penser...
Mon amie Catherine quand son amour l'a quittée.
S'est mise à réparer les murs, refaire l'éclairage et recouvrir le plancher de sa cuisine de tuiles neuves noires et blanches.
06:52 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : a, mausolée, éventail
08.02.2009
Au ras du sol (4)
« Et passe la tempête qui change toute forme,
passe dans le bois et le temps,
et tout est comme hors de l'âge :
Le paysage, tel un verset de psaume,
n'est que gravité, éternité.
R.M. Rilke
07:51 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : a
04.02.2009
Au ras du sol (3)
16:25 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : a, hiver
Au ras du sol (2)
Me rendre au travail à pieds. C'est à deux heures de marche. Il m'arrive de temps en temps de le faire. Le parcours est merveilleux. La campagne était figée hier matin. Immobile dans sa beauté. Le givre neuf sur chaque branche. Un frisson de délice, de vanité soudainement dans les arbres quand je passais près d'eux faisait tomber en flocons doux et délicats des pétales de neige. C'était un des plus beaux matins du monde.
J'ai pensé tout à coup en marchant à la photographie de la page couverture du premier livre de Christian Bobin que j'ai lu Une petite robe de fête, Folio 2466. L'extase de la jeune femme sous le cerisier en fleurs.* J'ai pensé à l'auteur aussi, c'était un matin Bobin.
Auteur que je n'ai pas été capable de suivre. Il publie trop. Envie fréquente de calmer ses éditeurs. Mais Une petite robe de fête demeure, dans ma vie, un des livres AH ! Qui m'a contraint au silence pendant des jours - je veux dire à me taire et à cesser d'écrire.
J'aurais bien aimé avoir l'appareil photo dans mon sac. Je me serais sans doute arrêté, pour saisir une image et pour vous le prouver. Quoi ? Que le monde est beau.
Mais je ne sais pas faire durer les matins comme celui-là. J'allais le qualifier d'inoubliable pourtant j'oublierai. Et une photographie n'y changerait rien.
* Cerisier du Japon. Photo E. Boubat / TOP.
08:19 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : a, enfances, bobin
01.02.2009
Au ras du sol
Aujourd'hui, dimanche, moi je ne vais nulle part. Il neige. Un peu. En attendant... Comme pour avertir. Monsieur, le chien, qui entend les avertissements bien avant nous, dix ou douze heures avant une tempête ordinairement, ne s'éloigne pas beaucoup de la maison. Je l'entends sous la fenêtre qui jappe en ce moment. Des bruits inhabituels dans les bosquets au loin... Je reviens d'une brève marche avec lui, trois-quarts d'heure en passant par ce que nous, et les voisins, appelons le golfe. Je suis entré dans la pièce et j'ai ouvert cette page-ci en même temps que celle sur ITunes où se trouve les listes de lecture. J'ai cliqué sur la liste des 25 pièces les plus écoutées récemment.
Présentement c'est Luiz Bonfa, Sambolero, un air merveilleux, en sourdine car j'ai du mal à écrire en écoutant de la musique. Même très familière. Puis je reviens à cette note (selon Hautetfort), ce billet (selon moi).
Josse, aux urgences cette fin de semaine, est absente pour quelques heures.
Mais je pourrais lire. Je voudrais terminer Dreams from my father de Barack Obama (1995). Je pourrais enfin aller lire attentivement les billets récents de Solko (longue parenthèse : si j'avais suivi mon réel penchant après l'université, si ma vocation n'avait pas été contrariée, je crois que j'aurais pu être enseignant - comme quelques-uns que je lis, ici et ailleurs. Mais j'ai été perverti par la culture. Fasciné par la fabrication des outils que les humains se donnent pour vivre ensemble et tenter de se comprendre. J'aime de Solko, pièce de grande valeur, sa face intelligente, savante et ironique. De belles qualités de profs. ça non ?) ; ou je pourrais aller chez Fuligineuse, ou m'arrêter pour méditer un instant sur une page de Marine ou de Chaque Homme. Je pourrais tenter de répondre quelque chose de spirituel chez Sophie L.L. Mais sous l'éventail, où j'interviens rarement, me prennent de vitesse et d'agilité de l'esprit Tang , Pascal et d'autres lecteurs intelligents et délicats ; ou chez l'admirable Frasby aussi, où je suis bon élève, passablement lourd je l'admets ; ou chez Oranginablack (nom d'une b.d. !) où lorsqu'il me vient une idée de commentaire, je suis le trentième à le faire et chaque commentaire qui précède le mien mériterait aussi un commentaire...
En ce moment, sur ITunes, je ne sais à quel rang, Café Robinson de Marie-Jo Thério.
Il y a d'autres lecteurs silencieux bien sûr. Qui ne laissent pas de commentaires ici ou dans les blogs que je fréquente le plus souvent. Qui passent sans reconnaître la piste qui leur permettrait d'atterrir. Cela m'arrive aussi ailleurs. Ce n'est d'ailleurs pas uniquement une question de reconnaissance. Peut-être le plus souvent tout simplement parce que le temps est trop court.
À vous, qui mille fois (c'est évidemment un nombre dérisoire dans la blogosphère) avez rendu visite à Épistolaire en janvier et laissé plus de cent-cinquante commentaires, je veux dire que le temps précieux, important (le vôtre et le mien) consacré à tenter de discerner dans nos itinéraires les lieux où nous pouvons mettre en commun nos connaissances, nos dons, nos mots, nos idées, notre parole, notre réalité, nos rêves et nos révoltes, ne laisse peut-être rien d'autre qu'une trace fragile dans la neige, que « le vent emporte »... Mais au ras du sol, sous nos pas, je crois que des semences qui dormaient, se réveillent.
Bonjour ou bonne nuit. Maintenant je vais lire, Obama.
14:29 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : a, ici, maintenant
24.01.2009
Anshan
Anshan est une ville chinoise très peuplée... De l'autre côté du monde dit-on ici.
Mais le monde n'a pas de côtés. Où je me trouve présentement, face au soleil, s'y trouvait il y a quelques heures, un inconnu qui pensait à un inconnu, ici.
« Il se peut alors qu'une ultime fois le miracle, déjà tant de fois attendu et vécu, ait lieu. Il ne se peut pas, une ultime fois, que le miracle n'ait pas lieu. En restituant morceau par morceau les événements d'une existence, cet être nommé Tianyi, si banal, si singulier, finit par permettre au courant d'une eau vive de relier ses parties séparées, lesquelles étaient en réalité d'un seul tenant ; au souffle de retrouver les méandres de sa voie, laquelle était d'une seule poussée. S'avançant dans l'écriture, il est tout d'un coup frappé par une certitude. Certitude qu'en dépit de tout la vraie vie ne fait que commencer. Puisque lui, Tianyi, avait appris la vie par un corps d'emprunt, l'heure est venue pour lui de l'apprendre par lui-même. La souffrance engendrant un sursaut toujours plus intense, la joie engendrant une joie toujours plus dense, ce qui pourrait arriver ne serait-il pas aussi réel que ce qui est effectivement arrivé ? »
09:13 Publié dans Correspondances | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : a, tianyi, nostalgie
22.01.2009
Astrakhan
Là-haut, à gauche de l'étendue d'eau, une artère verte descend du nord vers la mer, c'est la Volga. Astrakhan s'y trouve, sur le delta. Ce sont les filaments verts, ou l'éponge effilochée juste à côté de la petite tête d'éléphant turquoise. Astrakhan, dont j'évoque le beau nom, est pour moi signe d'étrangeté et d'éloignement.
Des êtres humains vivent là. Nombreux. Je n'ai jamais connu personne qui vive là. Je ne connais personne qui ait eu la mer Caspienne pour paysage quotidien durant l'enfance.
J'ai la nostalgie de ce que je n'ai pas eu l'occasion de connaître.
C'est loin là-bas. Comme cela se rapproche soudain... Alors, boujour Natalia, Nikolaï, Lilia, Kolia, Boris, Lubov, Vatiana, Maksim, Piotr, Serafim, Vassili... Et bonjour à la terre silencieuse qui vous habite. Car ce qui me rend votre vie familière ce sont vos lieux, moins étrangers que vos gestes.
15:48 Publié dans Inconsolable | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : a, loin
21.01.2009
'ntananariv'
À Madagascar, entouré d'humains gracieux, un endroit où Barack pourrait être anonyme.
13:01 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : a, beauté, île
20.01.2009
Athènes (2)
À Frasby.
Voici la place que je me réserve pour le sacre du héros. Non pas que cet événement ne me réjouisse pas. Mais je suis mal dans la foule. J'étouffe. Barack est roi. Le destin. On voudrait fermer le livre maintenant puisque ce qu'on lui demande est impossible à réaliser.
J'apporte moi-même mon café ici et je vais le boire, tranquillement assis sur l'une de ces chaises. Car comme vous le voyez, le restaurateur est allé, lui aussi, ajouter sur l'esplanade son poids de rêve et d'espoir.
Ce que je ressens c'est de l'admiration bien sûr. Pour l'humanité. Pour cette façon que nous avons de chercher l'équilibre en frôlant les abîmes. Après Bush... C'est-à-dire dans l'insignifiance et la fourberie, il y a toujours eu la possibilité d'une grandeur.
Et je me souviendrai en entendant la clameur au loin, que dans l'allégresse on entend l'accompagnement d'une plainte. (En ré mineur, comme la neuvième). Au sujet de Thésée il y a plusieurs façon de lire les légendes qui le concernent.*
*J'hésite à l'écrire, car je vais piquer la curiosité des lecteurs... Mais cette fois-ci, la page de Wikipedia consacrée à Thésée est particulièrement inepte. Une interprétation "alchimique" et emphatique qui me semble passer à côté de la signification du mythe.
09:45 Publié dans Carte postale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : a, mythes, obama
19.01.2009
Athènes
« Rien à Athènes sans Thésée ».
Lumineux , il représente parmi les héros des mythologies, l'honneur et l'humanité, l'idéal masculin. Et comme il ne réclame aucune autre adhésion que celle que je puis consentir à l'égard des valeurs qu'il représente. C'est-à-dire qu'il ne me demande pas, comme Jésus par exemple, de croire qu'il a existé ou qu'il est le fils de Dieu. Je suis tout à la fois libre et pourtant radicalement interrogé et mis au défi.
09:42 Publié dans Inconsolable | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : a, mythes, thésée, héros


