04.02.2009

Au ras du sol (2)

Me rendre au travail à pieds. C'est à deux heures de marche. Il m'arrive de temps en temps de le faire. Le parcours est merveilleux. La campagne était figée hier matin. Immobile dans sa beauté. Le givre neuf sur chaque branche. Un frisson de délice, de vanité soudainement dans les arbres quand je passais près d'eux faisait tomber en flocons doux et délicats des pétales de neige. C'était un des plus beaux matins du monde.

J'ai pensé tout à coup en marchant à la photographie de la page couverture du premier livre de Christian Bobin que j'ai lu Une petite robe de fête, Folio 2466. L'extase de la jeune femme sous le cerisier en fleurs.* J'ai pensé à l'auteur aussi, c'était un matin Bobin.

Auteur que je n'ai pas été capable de suivre. Il publie trop. Envie fréquente de calmer ses éditeurs. Mais Une petite robe de fête demeure, dans ma vie, un des livres AH ! Qui m'a contraint au silence pendant des jours - je veux dire à me taire et à cesser d'écrire.

J'aurais bien aimé avoir l'appareil photo dans mon sac. Je me serais sans doute arrêté, pour saisir une image et pour vous le prouver. Quoi ? Que le monde est beau.

Mais je ne sais pas faire durer les matins comme celui-là. J'allais le qualifier d'inoubliable pourtant j'oublierai. Et une photographie n'y changerait rien.

 

* Cerisier du Japon. Photo E. Boubat / TOP.