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  • Carthage

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    c,carthage,didon,joieJ'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis, j'ai perdu la mer, tous les luxes alors m'ont paru gris, la misère intolérable. Depuis j'attends. J'attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j'admire les paysages, j'applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n'est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m'offense, je m'étonne à peine. Puis j'oublie et souris à qui m'outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j'aime. Que faire si je n'ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore... »

    Albert Camus, La mer au plus près, Journal de bord. 1953

  • Calico skies

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    Le livre ouvert contient les Notes sur la mélodie des choses de Rilke. Si je lève le regard, je plonge dans le ciel jaune, ocre et vert de la fin du jour.

    Il va neiger la nuit prochaine c'est certain. J'ai l'estomac noué. Les articulations des épaules et des genoux sont pleines de souvenirs. C'est bavard en moi où se tient une assemblée générale sans fin.

    Oh. Ô. Ommm... Passent les outardes devant le rideau de scène. Le monde entre par la fenêtre ouverte. Hivers arabes. Élections congolaises. Pingreries occidentales. Défaites des démocraties. Peurs et replis partout.

    Puis il y a toi. Ton regard tendre posé sur moi, ma main sur ton épaule.

     

     

     

  • Coaticook (La rivière aux pins)

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    Juste un peu plus loin que le milieu dans Le roman inachevé, ces deux pages de vers qui riment et que nous apprenons par cœur dès la première lecture.

    ...

    Il n'aurait fallu / Qu'un moment de plus / Pour que la mort vienne / Mais une main nue / Alors est venue / Qui a pris la mienne

    Qui donc a rendu / Leurs couleurs perdues / Aux jours aux semaines / Sa réalité / À l'immense été / Des choses humaines

    Moi qui frémissais / Toujours je ne sais / De quelle colère / Deux bras ont suffi / Pour faire à ma vie / Un grand collier d'air

    Rien qu'un mouvement / Ce geste en dormant / Léger qui me frôle / Un souffle posé / Moins Une rosée / Contre mon épaule

    Un front qui s'appuie / À moi dans la nuit / Deux grands yeux ouverts / Et tout m'a semblé / Comme un champ de blé / Dans cet univers

    Un tendre jardin / Dans l'herbe où soudain / La verveine pousse / Et mon cœur défunt / Renaît au parfum / Qui fait l'ombre douce

    ...

    Tous ces trésors. Que faisons-nous de ces trésors ? Nous qui, pour un peu de temps encore, parlons français et partageons le privilège d'entendre cette musique sans effort.

     

  • Corinthe

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    c,grèce.

    Tout au long de sa vie, son imaginaire s’est exercé, s’est manifesté le mieux dans des espaces publics. Dans les cafés en particulier. Il lui suffisait d’être seul assis à une table, à une distance raisonnable des tables voisines et de placer sa veste sur le dossier de sa chaise, puis de sortir de son sac à dos un cahier, un stylo et se mettre à écrire. Alors, ce qui manquait à sa vie, ce qui manquait à toute vie selon lui, se présentait, docilement, sous la forme de traits plus ou moins ronds, plus ou moins aigus ou fins, plus ou moins beaux, tirant avec eux une petite ou longue cohorte de mots, meute de voyelles, groupe de consonnes, classe de noms, une famille loquace de mots déjà formés et retenus, assemblée parfois bruyante, bruissant parfois, évoquant pour lui seul, la vie dans son entièreté, lui permettant ainsi d’échapper à l’angoissante solitude ; inévitable et qui ressemblait à une douleur. La douleur du jeune homme devant l’extrême beauté d’une jeune fille assise là, à quelques pas, qui attendait quelqu’un d’autre, qui parlait, dans le secret de son cœur à un absent. Ce qui le rendait lui, invisible, inintéressant, inexistant à moins qu’il se fût permis un geste, une parole, une intervention forcément inappropriée pensait-il, ridicule, et qui eut été un sujet de rigolade plus tard, dans ce même endroit ou dans un autre café, pour cette jeune fille et ses amies.

    D’une certaine façon, la vie valable pour lui tenait dans ce geste d’écrire, de tracer des signes, comme l’artiste forme, à force de concentration et de répétition, une calligraphie idéale et impersonnelle, qui évoque, autant par sa graphie que par son orthographe, la chose à laquelle l'image formée est associée.

    « Pourquoi écrivez-vous ? », lui avait un jour lancé Sibel, la serveuse du Santropol, repartie sans attendre une réponse. Il avait écrit dans son cahier : « c’est la seule façon d’attendre. A – tendre. A – tension. C’est le geste qui me permet de tendre vers ce que je désire tout en arrivant à supporter la tension. D’autres travaillent, courent, fument, font de l’exercice, lisent, mangent ou dorment… »

     

  • Cambridge

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    1209 -2009

    800 ans de recherches, de travaux consciencieux, de découvertes, de passions et de passionnantes communications, d'ouverture sur le monde, d'ouverture sur l'univers, d'arrogance, de stupides répétitions, de minutieuses données recueillies, de connaissances disponibles, de participation à l'évolution du monde, de recherches honnêtes, d'activités intellectuelles tronquées et de compromis, de fonctionnaires de la connaissance installés dans la matrice, de publications, de partage des connaissances, de discours, de défis et de dépassements humains, de mysoginie, de bruit, de musique, d'entrée dans le monde par la grande porte, de rivalités et de fourberies, de copinages indécents, d'exigence, de grandeur, de richesse, de leadership, de conformisme, d'originalité, d'orgueil et de superficialité, de favoritisme, d'aspiration à la liberté, de résignation, d'honneur, d'honneurs, de

  • Cape Breton (l'île)

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    450px-Cape_Breton_01.jpgAu Sommet des Amériques (Trinidad et Tobago), hier, le président Obama et Hugo Chavez du Venezuela se sont serrés la main.

    Hommes courageux / refrains de nos chansons.

    J'admire l'audace des héros. Mais elle m'effraie. J'ai peur pour leurs vies. Les héros sont des êtres contrariés à la fin. Leurs destins tragiques sont affligeants ; cette affliction donne généralement libre cours aux pires (peut-être parfois aux meilleurs) penchants chez les humains.

    ...

    Aujourd'hui, la seule personne au monde dont je puis dire que je serais le disciple si j'avais besoin d'un maître, est une femme âgée, qui habite par ici.

  • Chengguan / Lhassa

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    Petits départs

    Ce n'est probablement pas pour prendre possession de ce site que la Chine a envahi le Tibet en 1950. Mais pour « désenclaver » clamait l'envahisseur, pour moderniser et abolir le servage. Sans aucun doute des ressources, moins évidentes, souterraines probablement, y furent-elles également pour quelque chose.

    Aujourd'hui cela me semble comme étant un des épisodes d'un mouvement inexorable : celui de l'histoire humaine qui penche inévitablement, encore une fois, du côté du plus grand nombre.

    Ce n'est pas la première fois que la question se pose : la muette* ou le maquis.

    * De la mueta : la maison des chiens de la meute

  • Chennai (Madras) (2)

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    Souvent je me demande jusqu'à quel point peuvent se reconnaître l'homme et la bête qui ne parle pas.

    À travers quel paradis primitif, au matin de la lointaine création, courut le sentier où leurs cœurs se rencontrèrent.

    Bien que leur parenté ait été longtemps oubliée, les traces de leur constante union ne se sont pas effacées.

    Et soudain, dans une harmonie sans paroles, un souvenir confus s'éveille et la bête regarde le visage de l'homme avec une tendre confiance et l'homme abaisse ses yeux vers la bête avec une tendresse amusée.

    Il semble que les deux amis se rencontrent masqués et se reconnaissent vaguement sous le déguisement.

     

    R. Tagore, Le Jardinier d'amour, LXXIX

  • Chennai (Madras)

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    Une amie revient d'un long séjour en Inde et me raconte que là-bas, jamais, jamais, jamais durant ses déplacements elle n'a traversé un endroit où elle ne voyait plus d'êtres humains. J'ai frissonné en l'écoutant. L'Inde m'attire. Un continent de dépaysement et de familiarité. Là-bas m'attire, comme un lien amical. Mais je suis agoraphobe. Même dehors. Tous les êtres humains me sollicitent. Mon incapacité à leur répondre m'accable. Voilà sans doute pourquoi je suis né dans cette marge au nord de l'Amérique où il suffit de tourner le dos à quelqu'un pour se retrouver devant le vide.
    (Vide peuplé d'arbres, d'oiseaux, de nuages et de la nostalgie paradoxale d'une terre vraiment habitée).

  • Chemin de la Dame

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    0473_36!.JPGAucun autre endroit sur la terre ne m'a parlé aussi fort de l'histoire pré-humaine, in-humaine - du temps de l'histoire de la terre sans les humains. Cinquante kilomètres au nord du fleuve Saint-Laurent, nous nous retrouvions, en pleine forêt et en plein champs, sur les plages très anciennes de la Mer de Champlain. Sous les arbres, sous les champs de maïs, ourlait le sable blond et très fin du fond de la mer disparue.

    Cette mer, un système géologique immense, qu'avait réussi à contenir le Bouclier Canadien.

    Partout sous nos pas, dans nos jardins, sur les sentiers, dans les érablières même, la terre se souvenait des vagues, des glaciers, de l'eau, des dépôts, des courants d'autrefois. Et nous les hommes devions lui apparaître comme des petits intrus étranges. Des insectes neufs, durant les secousses amoureuses de ses systèmes éblouissants.

    La terre est vivante.

  • Caire (Le)

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    GD-EG-Caire-AlManyal022[1].JPGJ'entre ici, comme dans ma chambre, je redeviens l'enfant - il n'est jamais bien loin, celui qui sait écouter. Celui qui, de tous les âges de ma vie, sait le mieux entendre et comprendre.

    Je retrouve ici la lenteur de l'histoire, de l'Histoire. Les événements qui se produisent au rythme poétique de la vie. Nous entrons comme au théâtre un dimanche après-midi. Avec l'enthousiasme (et la petite pointe d'ennui), le discernement, l'attention, la concentration de l'enfance.

    Je suis vivant, je marche aujourd'hui parmi des millions d'hommes et de femmes, des enfants qui échappent enfin, enfin, enfin ! au rythme du tambour de la galère. Boum, boum, boum, boum. Travail, argent, la peur, la peur, la peur. Comme nulle part ailleurs, monte le chant des oiseaux. Même s'il n'y a plus d'oiseaux. 

  • Chicago

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    C'est peut-être bien la troisième consonne. Explosive. Chicago se vit en affrontement. Les choses se disent à voix haute ici. Pas dans un murmure comme à Cluny, à Chartres, ailleurs en C... Conflit.

    Je n'y suis venu que pour les préparatifs d'une fête. C'est mon choix. C'est mon appel. Ce sont mes limites. Être indispensable durant les quelques moments silencieux, délicieux, avant l'ouverture du rideau. Ensuite, quand le spectacle commence, laisser jouer leur rôle à ceux qui regardent, aux autres devant eux, aveuglés par les phares et qui ne voient plus personne.