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coaticook

  • Station Sojan-Monseigneur - banlieue de C.

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    C'est là que tu as enfin réussi à t'extraire du parcours étouffant. C'est en descendant sur ce quai que tu as décidé de ne plus retourner dans l'enfer quotidien. Et tu as arrêté de reprendre soir et matin le circuit où sévissait la prétention, l'indifférence et la manvaise humeur. La chape de plomb de la haine de soi et de tous. Dans ce train-train des aspérités et de l'intimidation, les portes se sont enfin ouvertes. Tu es sorti ! Tu es sorti du tunnel des conversations à sens unique. Même silencieux, témoin-voyageur dans le même wagon, tu avais le sentiment d'offrir une tribune à la pensée inachevée et tonitruante. Au savoir (qui ne sait pas qu'il ne sait pas) dangereux. Et tu avais honte. Tu constates que ce n'est pas facile de retrouver la mélodie en soi. L'air libre. La liberté. Y parvenir, cela dure le temps d'une gestation, puisque chacun a pour tâche de se mettre au monde.

  • Coaticook (La rivière aux pins)

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    Juste un peu plus loin que le milieu dans Le roman inachevé, ces deux pages de vers qui riment et que nous apprenons par cœur dès la première lecture.

    ...

    Il n'aurait fallu / Qu'un moment de plus / Pour que la mort vienne / Mais une main nue / Alors est venue / Qui a pris la mienne

    Qui donc a rendu / Leurs couleurs perdues / Aux jours aux semaines / Sa réalité / À l'immense été / Des choses humaines

    Moi qui frémissais / Toujours je ne sais / De quelle colère / Deux bras ont suffi / Pour faire à ma vie / Un grand collier d'air

    Rien qu'un mouvement / Ce geste en dormant / Léger qui me frôle / Un souffle posé / Moins Une rosée / Contre mon épaule

    Un front qui s'appuie / À moi dans la nuit / Deux grands yeux ouverts / Et tout m'a semblé / Comme un champ de blé / Dans cet univers

    Un tendre jardin / Dans l'herbe où soudain / La verveine pousse / Et mon cœur défunt / Renaît au parfum / Qui fait l'ombre douce

    ...

    Tous ces trésors. Que faisons-nous de ces trésors ? Nous qui, pour un peu de temps encore, parlons français et partageons le privilège d'entendre cette musique sans effort.

     

  • Et ici (2)

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    À l'entrée de la ville

    il y a un petit pont.

    De l'autre côté vers les collines à l'ouest

    il y a trois écoles, le marchand de légumes et de fruits

    la maison de mon ami Théo.

    Je les salue, ce matin en passant

    d'un geste discret de la main

    celle qui est enfouie dans la poche de mon coupe-vent,

    et qui tient le diapason.

    La.

    Là.

    Heureux de vivre aujourd'hui.

    Heureux que nous soyons vivants.

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    Photo : Marjorie Tyroler

     

  • Et ici !

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    Les collines de chez moi

    Je salue les fleurs,
    je salue les pierres,
    je salue les collines,
    je salue les vieilles gens
    à la vie dure
    imprimée sur leur visage.

    Elles disent :
    heureusement tu es de retour.
    Nous avons pensé à toi.

    Je suis surpris
    d’entendre ces mots.
    Le visage d’en face
    est comme un billot cordial.

    À la fin, je me sens
    vraiment rentré chez moi.

     Tarjei Vesaas, Être dans ce qui s'en va

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    Photo : Maryse Bolduc, 2008