09 juillet 2008
Les travaux des champs
« Avec quel plaisir je me rappelle avoir pensé, jadis, que pour écrire on a besoin de papier, d'un crayon et de ses genoux. Et quelle horreur fut la mienne en découvrant que, pour écrire, ne serait-ce qu'un sonnet, on a besoin d'un entrepôt. Tu peux facilement te retrouver si dérouté en écrivant un chapitre de trente pages qu'afin de préparer le plan du deuxième jet, tu aies besoin de louer une salle. J'ai souvent "écrit" avec l'aide mécanique d'une table de conférence longue de sept mètres. Tu disposes tes feuilles le long du bord de la table et tu arpentes ton travail. Tu longes les rangées ; tu arraches quelques mauvaises herbes, tu déplaces quelques plants, tu creuses à certains endroits, penché au-dessus des rangées, les mains pleines comme un jardinier. Deux ou trois heures plus tard, tu as fait une marche excessivement lugubre de quinze kilomètres et prends un bain de pieds. »
Annie Dillard, En vivant, en écrivant
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18 juin 2008
L'enchanteresse de Virginie*
Dans Télérama n°3048/11-06/2008.
*Le titre est de Télérama, tout le texte aussi. Et il y a une jolie photo, où elle ressemble un peu à Meryl Streep, une photo sous-titrée De la nature au cœur.
J'ai juste une question, ou plutôt deux : c'est quoi " le courant transcendantaliste "? Qui peut m'éclairer ? Pourquoi diable n'ai-je pas encore lu Annie Dillard ? Ce n'est pas faute que le maître des lieux en parle ! Je cours demain réparer cette bêtise !
« Il est des livres qui passionnent, d'autres qui émeuvent, d'autres encore qui irritent ou consolent... Plus rares en revanche, sont les ouvrages qui enchantent. C'est pour cela que dix-huit ans après sa traduction, on se souvient de celui-ci : Pèlerinage à Tinker Creek. Un livre des merveilles qui, en 1990, a révélé en France l'existence, dans le paysage littéraire contemporain, d'une femme écrivain, héritière directe et moderne d'Emerson, de Whitman, de Thoreau et du courant transcendantaliste : Annie Dillard (née en 1945). Qui, de la même façon qu'un siècle plus tôt Thoreau tient le " journal atmosphérique " du bois de Walden où il vivait en ermite, s'attacha, elle, à explorer et à décrire le petit coin de Virginie où elle avait élu domicile. S'appuyant sur l'observation minutieuse de la nature, la minuscule faune aquatique et des insectes, la flore, les variations du contour des nuages, pour se hisser vers des sommets poétiques et métaphysiques.
Annie Dillard l'enchanteresse est de retour, avec un roman cette fois, L'Amour des Maytree - une histoire d'amour, de désamour, de fidélité, qui est pour l'auteur l'occasion de poser sur le coeur humain et ses fluctuations subtiles le même regard précis et empreint de vraie grâce qu'elle posait naguère sur la nature. Étincelant ! »
traduit de l'anglais par Pierre-Yves Pétillon, Christian Bourgois, 278 p., 25€.
14:20 Publié dans Sophie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dillard, télérama, transcendantalisme


