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frasby

  • Tête d'or (le parc)

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    Le premier mouvement de l'automne

    Avant l'enfer.

    I can still only think of God as the One who allows everything, the One who is not caught up in the whole inexhaustible drama.

    Rainer Maria Rilke, Letter to Marianne von Goldschmidt-Rothschild
    December 5, 1914
  • Et ici (6)

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    Jamais, jamais, si tu veux vivre et croitre, tu ne pourras dire à la Matière: Je t'ai assez vue, j'ai fait le tour de tes mystères... j'en ai prélevé de quoi nourrir pour toujours ma pensée...
    Quand même, entends-tu, comme le Sage des Sages, tu porterais dans ta mémoire l'image de tout ce qui peuple la terre ou nage sous les eaux... cette Science ne serait comme rien pour ton âme, parce que toute connaissance abstraite est de l'être fané... parce que pour comprendre le Monde savoir ne suffit pas : il faut VOIR, TOUCHER, VIVRE dans la Présence... boire l'existence toute chaude au sein même de la Réalité... !
    Ne dis donc jamais, comme certains : La matière est usée, la matière est morte !
    Jusqu'au dernier moment des Siècles, la matière sera jeune et exubérante, étincelante et nouvelle pour qui voudra...
    Ne répète pas non plus : La matière est condamnée, la matière est mauvaise !
    Quelqu'un est venu qui a dit : Vous boirez le poison et il ne vous nuira pas ! et encore : La vie sortira de la mort !... et enfin... proférant la parole définitive de ma libération Ceci est mon Corps !
    Non, la pureté n'est pas dans la séparation... mais dans une pénétration plus profonde de l'Univers...
    Elle est dans l'Amour de l'unique essence... incirconscrite... qui pénètre et travaille toute chose par le dedans... Plus loin que la zone mortelle où s'agitent les personnes et les nombres...
    Elle est dans un chaste contact avec ce qui est "le même en tous" !
    Oh ! Qu'il est beau l'esprit s'élevant tout paré des richesses de la terre !
    Baigne-toi dans la Matière fils d'homme !
    Plonge toi en elle, là où elle est la plus violente et la plus profonde !
    Lutte dans son courant et bois à son flot !
    C'est elle qui a bercé jadis ton inconscience... c'est elle qui te portera jusqu'à Dieu !


    Pierre Teilhard de Chardin

  • Saint-Marc

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    St-Marc, Antibonite, Haïti. Le 25 octobre 2010, 216 morts du choléra. Du choléra !

    Des milliards de dollars d'aide internationale sont accordés à la reconstruction d'Haïti depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Mais il y a encore des centaines de milliers de personnes sous des abris de toiles à Port-au-Prince et ailleurs - en Antibonite - il semble que des mesures sanitaires adéquates n'ont pas encore été prises...

    Nous allons aux recommencements, par la grande route qui ne va nulle part.

     

  • Sienne

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    The O'Shean Kyebow Circus. Je traverse la place d'un pas vif. Un type immobile près de l'entrée de la tour, grand, roux, regarde le ciel. Près de lui, deux valises, un bérêt sur le sol - quelques pièces. Derrière lui une belle affiche dans un plexi est appuyée sur le mur. Sur celle-ci il y a le nom du cirque. la caligraphie est élégante et puis ceci : siamo troppo lontani di gusti . Nos goûts sont trop éloignés...

    Il porte un costume étonnant. Trouvère et spationaute. Je pense à Turn around Norman sur le parvis de la Cathédrale St-Patrick à New-York. Un danseur (de trente ans et à la retraite) dont la performance trois fois par semaine est de tourner sur lui-même, sur place, si lentement qu'on ne peut en percevoir le mouvement. Le tour complet prend au moins deux heures, j'en ai été le témoin. Je m'attends, j'attends ici le mouvement imperceptible - je serais heureux de retrouver cette sensation de l'objet inanimé et du temps aboli. Mais je recule de quelques pas car j'imagine tout autant quelque geste brusque qui me fera sursauter.

    Quelques personnes s'arrêtent aussi près de moi. L'artiste s'anime soudain. C'est un magicien, Un mentaliste (nous annonce-t-il en italien, mâtiné d'anglais et de français). Buon giorno ladies e signori. Je suis O'Shean Kyebow de Edimburg. Grazie mille - stay a moment with me. Il passe près de l'un et tire de son oreille quelques pièces ou des petites balles rouges. Près d'une autre et l'invite à ouvrir son sac. Il en déroule un long papier fin sur lequel sont imprimés des dessins, des mots, des photographies. L'une d'elle est une photographie de la dame, éberluée, qui tient le sac.

    Nous sommes amusés, intrigués, joyeux. Il y a aussi les tours de cartes. J'essaie de trouver l'issue, le truc. Il va trop vite. Je n'ai pas le temps de réfléchir. Mais ce dont je me souviendrai toujours c'est cette séquence-ci. : il me demande à moi si j'ai un livre dans mon sac à dos. Je lui dis oui, plus qu'un. Il me dit d'en prendre un, au hasard, de l'ouvrir aussi à une page au hasard. Je pige dans mon sac j'en tire les Sonnets. Dès que j'ouvre la page, il récite d'une voix forte et dans un français impeccable :

    Devance tout adieu, comme s'il se trouvait derrière
    toi, à l'instar de cet hiver qui va se terminer.
    Car entre les hivers, il est un tel hiver sans fin
    qu'être au-delà de lui, c'est pour ton coeur l'être de tout.

    Sois toujours mort en Eurydice - et plus chant que jamais
    remonte, et plus louange, ainsi remonte au pur rapport.
    Ici, chez les passants, sois, au royaume où tout prend fin,
    sois un verre qui sonne et dans le son déjà se brise.

    Sois - et sache à la fois la condition qu'est le non-être,
    l'infini fondement qu'il est de ta ferveur vibrante,
    et donne à celle-ci, unique fois, pleine existence.

    A la nature, utilisée ou bien dormante et muette,
    à cette ample réserve, à cette inexprimable somme,
    ajoute-toi en joie et ne fais qu'un néant du nombre.

    Je jette un coup d'œil derrière moi, je cherche celui ou celle qui fait des gestes, ou qui tient des appareils, ou des miroirs. Je ne vois rien.

    Je suis sonné. Je ne vois plus le reste de la performance. À la fin je lui dis. Ouf ! Je suis impressionné. Je vais me demander longtemps comment vous faites. Il me répond. Ce n'est pas un poète que j'aime beaucoup. Too much eternity, too much... Mais j'ai une bonne mémoire et je suis attentif aux détails. Grazie signore Marc. Adieu... Maybe. Maybe not.

    Je sais ce poème par cœur depuis ce jour-là.

  • Saint-Germain au Mont d'Or

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    1243414134.2.JPG- Mais pourquoi Zacharie, habitez-vous ici ?  Cette banlieue lointaine. Y a-t-il au moins une bibliothèque ? 2 555 habitants...

    - À chaque jour je me souviens pourquoi j'habite ici. Et pourquoi j'aime cet endroit. C'est pour prendre le train. Du lundi au vendredi, avant de sortir du rêve et d'entrer dans le cauchemar ; ici, j'ai quelques minutes à perdre, quelques minutes à moi pour penser.

    Eux ils appellent ça une commune. Je ne participe pourtant à rien. Rien en commun. Mais, c'est mon sas, mon tunnel, mon petit bout de lumière - mon petit banc de lumière. Mon héritage. tenez. Comme si, avec les sales tours que m'a joué la vie, il y avait aussi eu ces dons étranges et exceptionnels : des nuits silencieuses et les entractes, deux fois par jour.

    Photo : Frasby

  • El Sur

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    À Fra(mboi)se(s)by,

    Certains jours, plus certains jours, plus certains jours = un an. J'aime certains jours, pour la gentillesse et pour l'esprit. Pour l'esprit et pour la gentillesse. Pour l'esprit gentil. Bravo et merci.

    ...

    Je voulais aussi attirer votre attention sur la photo. Car Frasby, à plus d'une reprise, a publié la photo de cette dame, vue de dos, habillée autrement, portant d'autres chaussures. Mais c'est bien la même. À Lyon, à Bogota. Une conteuse à l'affût. De quoi ? De l'esprit gentil. Car c'est une porte ouverte sur l'extraordinaire.

    Il y a très longtemps, du temps où nous pouvions faire un vœu et que cela avait le pouvoir de changer quelque chose, vivait un roi dont les filles étaient toutes vraiment belles ; la plus jeune surtout, était si belle que le soleil lui-même était émerveillé lorsqu'il l'illuminait. Près du château de ce roi, il y avait une forêt, sombre et tranquille, et près d'un arbre millénaire dans cette forêt, il y avait une fontaine. Les jours de temps chaud, durant les heures de canicule, la jeune enfant se rendait près de la fontaine et s'amusait là. Pour passer le temps, elle prenait sa petite balle dorée la lançait en l'air et la rattrapait ; c'était son jeu préféré.

    Un jour, alors qu'elle jouait, il arriva que la petite balle dorée lancée ne retomba pas dans sa main, passa tout droit, bondit et roula directement dans l'eau. La princesse la suivait des yeux, mais la balle disparut. Et la fontaine était si profonde, si profonde qu'on n'en voyait pas le fond. Elle se mit alors à pleurer. Et tandis qu'elle pleurait elle entendit une voix. Qui s'adressait à elle. " Qu'avez-vous princesse, dit la voix, vous pleurez si fort, vos pleurs sont si impressionnants, qu'une pierre même serait émue. " Elle regarda tout autour et ne vit que la tête énorme, hideuse, d'un crapeau, qui surnageait dans l'eau de la fontaine.

    Les frères Grimm, Les contes de fées - Le premier conte, Le roi Crapeau

    Vous vous souvenez de la suite n'est-ce pas ? Le crapeau va chercher la petite balle dorée après avoir obtenu la promesse que la princesse le ramènerait chez elle et qu'elle lui permettrait de vivre près d'elle, de boire dans son petit verre, de jouer avec ses jouets, de dormir près d'elle sur l'oreiller. La gros crapeau hideux rapporta donc la balle dorée du fond de l'eau. Et la princesse, joyeuse, la saisit. Puis s'en retourna au château en oubliant sa promesse et le crapeau...

    Ce crapeau était musicien. Évidemment, après cette apparition, il devint nostalgique. Il le redevint. Se remit au bandonéon. Joua éperdument. Tira des larmes aux saules pleureurs (ce n'est pas un exploit j'en conviens) qui poussaient près de la fontaine, mais même aux ifs, aux quands et aux peut-êtres dont les bosquets ombrageaient les trilles et les champignons. Enfin vous voyez. Il jouait du bandonéon. Se souvenant de temps heureux. En attendant des temps heureux.

    Tandis que la princesse allait ça et là dans le château jouant à la princesse qui ne connaît pas son destin... Ayant oublié, apparemment, celui qu'elle avait rencontré près de la fontaine.

    Il arrive parfois, dans les contes, dans les histoires, dans les légendes, que les héros, les héroïnes, ouvrent la porte du fantastique et que l'extraordinaire fasse irruption dans leur vie mais qu'ils mettent du temps à s'en rendre compte. Alors ce qui se trouve là derrière est bien obligé d'attendre ou d'insister un peu.

    Certains jours, vous l'avez compris, c'est le Roi Crapeau qui joue du bandonéon. Nous qui le visitons, sommes des princesses. Certain(e)s jouent même près de la fontaine avec leur balle, la laissent tomber dans l'eau. Fidèlement, à chaque fois, le Roi, l'esprit gentil, nous la rapporte en nous faisant promettre une chose qu'on oublie aussitôt.

    Nous ne vivons plus dans le temps où les vœux ont le pouvoir de changer quelque chose ?

    ...

    Alors Frasby ? Je m'en suis bien tiré avec l'esprit gentil ? Sûr que j'ai eu envie d'effacer et de trouver mieux. Mais bon. Comme c'est un anniversaire et que je m'étais mis à chanter, enthousiaste, avec bien d'autres...