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  • Charlotte - 50

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    Exercice d'alchimie.

    Charlotte, si tes émerveillements te poussent tout simplement à te réjouir sans arrière-pensée… Sois heureuse ainsi.

    Tu as compris bien sûr que ce n’est pas mon cas. Mes joies comme mes peines sont informées. Elles sont remplies d'autres histoires, les miennes, celles de mes proches, celles de l'humanité qui se sont rendues jusqu'à moi. C'est même devenu l'un des avantages d'ajouter des années à ma vie : celui de pouvoir saisir sans trop d'effort ma propre histoire dans la trame de l'histoire de l'humanité. J'y parviens entre autres en fréquentant les mythes fondateurs, ceux sur lesquels reposent l'existence des communautés et des familles.

    J’ai participé au démarrage de quelques affaires au cours de ma vie et je vois bien que les circonstances, la nécessité, l’utilité sont des terreaux fertiles… Mais le véritable moteur de toute entreprise est l’histoire qui la suscite ou qui la perpétue. Je veux dire qu’il n’y a pas d’entreprise humaine qui démarre ou tienne la route si elle n'est pas abondamment racontée.

    Voici deux histoires qui font écho en moi. Je suis athée. Non. Je suis polythéiste. Il y a des dieux tout le temps et partout.

    L'évangile qui raconte la vie brève du fondateur du christianisme : celui-ci nous invite à aimer même si cela nous crucifie.

    La doctrine bouddhiste qui se rend par bribes jusqu'à nous et qui nous invite à admettre la souffrance comme une réalité universelle et inévitable... Mais à y échapper en suivant la Voie.

    Le Christ n’était pas chrétien ; le Bouddha n’était pas bouddhiste. Leur aventure réelle sur la terre ne correspond vraisemblablement pas aux histoires qu’on raconte à leur propos. Si la folie radicale de Jésus de Nazareth, ou la sagesse océanique du prince Siddhārtha trouvent en moi un théâtre - un espace acoustique disons, pour résonner, c’est que l’amour et la souffrance, j'en suis convaincu, font partie de la trame de ma vie comme de celle de toutes les vies humaines.

    Et ce sont des réalités trop importantes pour que je les dépose dans la filière LQSR (Les Questions Sans Réponses).

     

  • Charlotte - 48

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    Couleurs.

    Je viens de terminer la lecture de L'incolore Tsukiru Tazaki et ses années de pèlerinage d'un romancier japonais que je découvre, Haruki Murakami. Ce roman sera-t-il encore disponible dans quinze ans ? Je pense que oui. Tu devrais pouvoir le trouver si tu le cherches.

    Je lis encore des romans de façon régulière. Au moins un par semaine. Les bons me renseignent et m'aident à vivre. Dans celui-ci la leçon de vie est de celles qui sautent aux yeux. Que nous admettons cependant avec le plus de difficulté : tout ce qui touche l'humain est complexe.roman,lqsr,amitié

    Tsukuru Tazani fait partie d'un groupe de cinq amis inséparables. Trois garçons, deux filles qui vivent à Nagoya. Adolescents, leur cercle est sans faille et ils sont heureux. Tsukuru part étudier à l'université de Tokyo tandis que ses amis restent dans la ville de leur enfance. Il revient à Nagoya le plus souvent possible et le cercle se reforme à chaque fois avec bonheur.

    Au cours de sa deuxième année d'études, un jour, les autres lui signifient qu'ils ne veulent plus le voir. Jamais. Sans explication.

    Ensuite il vivra comme s'il était mort. Impeccable. Intouchable. Immuable. Ce n'est que dix-sept ans plus tard qu'il entreprendra le bref pèlerinage auprès des anciens amis pour obtenir des réponses à ses questions.

    ...

    Charlotte, comme tu as dû t'en apercevoir, quand tu te poses une question au sujet du comportement de quelqu'un, cela mène souvent à une réponse qui elle mène invariablement à une autre question et ainsi de suite. Se laisser happer par ce genre d'enquête peut nous immobiliser, peut freiner notre élan aussi sûrement que le refus de l'aborder.

    Mais à chaque jour il faut vivre comme si nous savions, comme si nous avions compris, tout en sachant que nous ne savons pas grand chose. Que nous ne savons peut-être même rien.

    Tu as raison de faire confiance à ceux que tu aimes. Mais cette confiance que tu leur accordes est une arme dont ils peuvent se servir contre toi. Plus la confiance est grande, plus profonde sera la blessure évidemment.

    Le plus grand défi de toute vie humaine est de faire de cette blessure d'amitié ou d'amour le plus beau secteur de son jardin. Paisible, fertile et accueillant.

     

     

     

  • Charlotte - 43

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    LQSR

    Les questions sans rêponse.

    C'est une chambre plus ou moins grande de ton château. Pas vraiment terrifiante ou mystérieuse. Pas sombre. Pas verrouillée. Mais une porte dans un couloir que tu ne fréquentes pas tous les matins ; une porte fermée. Une pièce assez grande derrière. Probablement en désordre. Tu n'es pas obligée d'y mettre de l'ordre. Tu déposes là les grands accidents, les tragédies de l'humanité, la souffrance des enfants, des bêtes, la disparition des forêts et des lacs. Les choses qui auraient pu te rendre heureuse et qui ne sont jamais passées, les chances incompréhensibles que tu as eues aussi. Par exemple suite aux imprudences que tu as commises ou que tu aurais pu commettre. Ta vie sauve. D'innombrable si, si, si... Le grand cahier (c'est une image, car quand tu auras quinze ans il n'y aurra vraisemblablement plus de cahier, un fichier alors dans la mémoire de ton ordinateur). L'album photos (un fichier encore une fois - non pas des photos souvenirs. Mais des images que tu ne t'accordes pas le droit d'effacer. Sans raison. Sans raison, c est important).

    Une porte facile à ouvrir. Facile à fermer. Tu es libre d'entrer et de sortir. Une pièce éclairée. Qui pourrait l'être, car à chaque fois que tu y entreras elle te serrera le cœur. Laisse la fenêtre ouverte.

    Ne va jamais t'y enfermer. 

    Laisse-la s'empoussiérer. Ne cherche pas ce qui est disparu. Les questions sans réponses se fréquentent, se déplacent et voyagent comme des objets en pèlerinage. Elles peuvent donc sortir, partir ou changer d'idée. 

    LQSR.

    Charlotte.

    Tu peux parfois en sortir une, la montrer aux autres pièces du château. Pour vérifier si elle peut entrer en amitié avec elles. Comme un meuble que tu déplacerais ou pour lequel tu chercherais une autre fonction. Le plus souvent elles auront l'air de baignoires dans un salon, de divans dans une cuisine. Mais tu peux essayer. 

    Je veux dire, ma petite fille, que LQSR sont des énigmes. Elles peuvent le rester. Tu réponds comme Œdipe au Sphinx : « l'homme » (la femme ou l'humanité), à chaque fois et c'est suffisant. Tu peux passer. Tu peux continuer.