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méditerranée

  • Méditerranée 11 - Torremolinos

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    Sous notre balcon. Il y a, à 8h, quand les enfants arrivent à l'école, un silence d'avant l'éducation - éduquer qui veut dire, faire sortir du silence. Petits spectres silencieux qui n'ont pas encore oublié le sommeil. La cour d'école est un murmure. Je sais que chaque jour est un épreuve pour certains. Pour entendre le déchirement qu'ils ressentent il faut monter jusqu'aux nuages. Pas le choix, sinon, c'est la meute. Il fut un temps, ici-même, ici, où l'école n'était pas obligatoire. Où l'enfance elle-même n'était pas obligatoire non plus. Que savons-nous de nos ancêtres communs ? Parmi ces enfants, ici, ce matin, se trouvent nos cousins, nos neveux. Bien que rien ne subsiste de ce qui était là, quand la Méditerranée tout entière étaient moins peuplée que l'Estrie. Sinon la couleur du ciel la nuit, dont le turquoise de l'eau garde le souvenir tout le jour. Sur les contreforts de l'Espagne, de gros rochers que le temps use si lentement qu'on ne remarque pas qu'ils changent. Et le silence plein de sommeil des enfants au réveil.
  • Malaga - Méditerranée 8

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    Malade ! Eh oui. Rhume. De cerveau... Comme on disait quand j'étais petit. C'est-à-dire qu'on mouchait, morvait, toussait et qu'on avait mal à la tête. So what ? Rien. La dernière semaine des vacances ici sera sans doute consacrée à ce rien. Au début je décide de prendre des vacances, vient un moment (grâce au ciel !) où les vacances me prennent. M'enserrent, m'enveloppent, m'assoient dans un coin en m'ordonnant de rester là sans bouger, de ne rien faire que regarder le temps passer. Sinon. Sinon quoi ? Sinon les trois semaines auront passé et je ne me souviendrai pas du premier jour, ni du second, ni du troisième... Puis à quoi aurait bien pu servir servir ce voyage si je n'avais pas pris le temps de lire, de contempler, de marcher sans but ? / Un immense ficus au centre-ville de Malaga. On a eu le bon sens de supporter ses deux branches avant qu'il ne casse ou se fende. Ces deux grosses béquilles jaunes, ce sont des piliers de ciment, le rendent unique et précieux. Non seulement est-il un arbre. Et les grands arbres sont bien nécessaires dans les villes on en convient. Mais, pour moi, il est aussi un monument à l'attention et à la bonté. À travers les statues et les autres monuments dédiés à des personnages dont on a, le plus souvent jamais entendu parler, celui-ci attire mon attention et me parle. / L'immense chance qu'on a, quand on voyage à deux avec la personne qu'on aime, c'est que la confiance, même quand ça ne va pas, prend le dessus sur l'angoisse d'être au loin et le déplaisir de se retrouver vulnérable.
  • Malaga - Méditerranée 6

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    D'abord fondée par les Phéniciens aux alentours de 770 av JC, la petite cité fut sans doute nommée ainsi à cause du mot malaha qui signifie "sel". L'histoire de cette ville qui compte aujourd'hui près de 600 000 habitants, nous propose un petit condensé de l'histoire de la Méditerranée. Car après avoir été gouvernée par Carthage, elle s'est développée durant l'Empire romain. À la chute de l'Empire elle fut d'abord prise par les Wisigoths pour être ensuite conquise par l'Empire Byzantin. À partir du 8e siècle elle fut d'abord la capitale du Caliphat de Cordoue. Au déclin de la dynastie Umayyad, elle devint capitale de la région dominée par les Zirid et en 1025 elle fut la capitale du Taifa de Malaga jusqu'à sa conquête en 1239 par l'Émirat de Grenade. Malaga est une des villes qui résista le plus longtemps lors de la Reconquista. Les armées chrétiennes qui, suite à un très long siège, prirent la ville le 18 août 1487, vendirent ou donnèrent comme esclaves les survivants. La ville connut ensuite un développement régulier grâce à sa localisation exceptionnelle, jusqu'au 19e siècle où elle devint une des 2 grands villes industrielles d'Espagne avec Barcelone. Cependant les politiciens d'alors (les Malagais ne devaient pas voter du bon bord...) ayant décidé que le développement se ferait plutôt dans le nord du pays, son dynamisme stagna. En 1936, après le coup d'état, le gouvernement de la 2e république d'Espagne prit le contrôle de Malaga et son port devint la base de l'Armée navale de l'armée républicaine. Jusqu'en février 1937 où l'armée franquiste appuyée par l'Italie et le Maroc bombarda lourdement la ville. 7 000 morts. La ville capitula et cette page d'histoire, racontée par des médias contemporains, attire notre attention sur la présence d'Arthur Kœstler parmi tant d'autres européens qui s'engagèrent aux côtés des républicains. L'Espagne fut le pays de l'Europe de l'ouest qui demeura catholique et un peu fermée sur le monde le plus longtemps. Jusqu'à l'élection d'un gouvernement socialiste en 1982 (Felipe Gonzales). Elle a vu naître Pablo Ruiz Picasso. Sa maison natale est aujourd'hui le siège d'une fondation qui accueille des expositions d'œuvres d'artistes de partout dans le monde. Pour s'y rendre à partir de Torremolinos, on prend le train ou l'autobus. Le centre ville est à 15 kilomètres. 20 minutes en train. Un peu plus long en autobus.

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  • Méditerranée 5

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    La terre tourne. Ce n'est pas uniquement ça qui fabrique le vent. Sinon, il passerait au-dessus de nos têtes toujours dans la même direction. Le vent. Les Grecs lui avait créé une famille. Zéphyr, le vent d'ouest, fils d'Éole, le maître des vents et d'Éos, le vent de l'aurore ; aussi frère de Borée, le vent du nord. Et puis il y a les cousins Notos, le vent du sud et Euros, le vent du sud-ouest. De sorte que, fidèles à leur conception du monde, selon l'humeur, les empêchements, les aventures - et les mésaventures des dieux et des humains, les hommes d'alors se disaient qu'on ne pouvait jamais prévoir d'où viendrait le vent. Je prends des nouvelles du Québec et je constate que le vent tourne. Ou qu'on a peut-être, là-bas, comme les compagnons d'Ulysse, ouvert le sac de peau, cadeau d'Éole aux voyageurs, qui contenait les vents contraires. Ce qui a eu pour effet, bien peu de temps après leur départ, de ramener le bateau d'Ulysse et de ses compagnons au lieu-même qu'ils venaient de quitter. Et de provoquer la colère du dieu. « Éloignez-vous d'ici, j'ai bien assez longtemps été de votre bord, arrangez-vous bande de nonos ! », c'est en quelque sorte ce qu'Éole leur a dit en les voyant revenir quelques mois seulement après avoir repris la mer dans l'espoir de retrouver leur patrie.

  • Méditerranée 4

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    méditerranée,aaron,vacances,voyage de groupeCe long message sur le répondeur téléphonique du petit appartement à Torremolinos ce matin. Buenas dias Jocelyne y Marc, Je veux répondre à vos questions avec plaisir car il ne m'est pas arrivé souvent, durant ma carrière - je fais ce métier depuis 30 ans, de rencontrer des personnes qui exprimaient autant d'intérêt pertinent durant nos déplacements trop brefs, pour les lieux de notre visite. Pour les endroits que nous voyons. De même que pour le grand espace historique qui est derrière le rideau de ce que nous visitons. L'Andalousie est un animal que l'on met à mort depuis depuis bien des années et dont la vie s'achève. Voilà pourquoi maintenant on s'y intéresse. Il n'a plus de vigueur. Mon pays est exsangue. La bête n'est plus dangereuse. Reste-t-il d'ailleurs quelque part au monde des endroits qui ont conservé une personnalité - en espagnol on dit fuerza, une force ? Là d'où vous venez, Coaticou, si je me souviens bien du nom, est-ce que le monde a encore un caractère ? Ou bien est-il en train de devenir, comme le nôtre ici, un espace répétitif et morne plus ou moins éloigné du centre du tout global. Semblable au tout capitaliste et universel par ses valeurs, par ses habitudes, par ses désirs et ses objets de convoitise ? Encore différent pour quelque temps seulement, par ses matériaux de construction. Vivez-vous vous aussi dans le folklore ? Je suis né à Cordoba en 1960. J'ai étudié à Grenade et me suis fait congédier de l'université - indiscipline, en 1980. Je parle, lis et écris couramment en 4 langues, vous vous en êtes rendus compte. J'accompagne des groupes de touristes depuis 1990. Une ou deux fois par semaines, je fais le guide, le plus souvent pour des Européens du nord, vers les joyaux que sont Grenada, Sevilla et Cordoba. Les touristes me dérobent un peu de mon temps. Moi je leur dérobe un peu de leur ignorance en échange. J'essaie de les laisser, comme vous le dites en français, un peu pantois. Je leur raconte des histoires. C'est vrai qu'elle ne sont pas toujours vraies. J'aimais bien Marc, votre regard amusé, quand j'ai parlé de ma jeunesse estudiantine sur les collines de Grenada. Toutes ses histoires étaient vraies. Elles n'étaient pas toutes les miennes je vous l'avoue. Mais le serment prononcé un soir sur la place de l'Église St-Nicolas devant le coucher de soleil sur l'Alhambra est véridique. Ça vous pouvez me croire. « Tant que je serai vivant, tu vivras. ». Je m'adressais à tout ce que je voyais, à tout ce qui m'avait fait, à toutes les femmes et tous les hommes qui avaient participé de leur fil à l'étoffe dont je suis fabriqué. Donc, por lo tanto !, pour répondre à votre première question, c'est-à-dire, est-ce que la présence arabe est encore visible autrement que dans l'architecture ici ? Je pense que vous vouliez que je vous dise où regarder en priorité. Je vais vous répondre par une énigme. Ne cherchez pas, elle viendra à vous si vous la désirez. Elle sait que vous y êtes. Je vais être juste un petit peu plus spécifique. Le monde du Maghreb en Europe (ceux qu'ils appelaient les Maures venaient de la Mauritanie sans doute ou du désert - est de manière générale, un monde discret, un monde d'alcôves et de chuchotements. Vous vous souvenez des salles royales de l'Alhambra ? Rien ne laisse présager leur splendeur. Et pourtant, lorsqu'on y mettait le pied, lorsqu'on finissait par arriver jusqu'à elles, le roi déjà, savait tout de vous, de tous vos déplacements depuis votre naissance pour ainsi dire. Votre seconde question est intéressante aussi pour fils de Cordoba que je suis. La corrida ? Ce que j'en pense ? Allez-y, ne serait-ce qu'une seule fois. Elle va disparaître. Les Espagnols du nord ne veulent plus en entendre parler. À Barcelone c'est considéré comme un crime. Allez-y une fois, je vais vous dire pourquoi. Vous sembliez être intéressés par les mythes anciens. Fascinés pas le monde de la Méditerranée m'avez-vous dit. La corrida est une danse. Un théâtre. Un moment symbolique. Autrefois, tuer le taureau, c'était un peu, en quelque sorte, tuer le Minotaure. Autrefois, il n'y a pas si longtemps, l'homme ne croyait pas encore qu'il avait dominé le réel. Il avait encore peur. L'homme ressentait encore de la terreur devant la mort qui arrive d'on ne sait où, sans raison, sans avertissement. Elle pouvait même foncer sur vous comme un taureau dans un champ. La mort s'acharnait sur la vie des hommes. Mais aussi sur celle des enfants et des femmes. La corrida était une danse pour signifier au monde que nous osions, ici, défier la mort. Pour vrai. Bien sûr qu'elle va disparaître. Comme la mort est disparue de nos vies. Elle est devenue un truc intime. Furtif et accompli en cachette. Regardez-moi ces fourmis qui circulent dans les villes, qui consomment trop, n'importe quoi, de manière obsessionnelle. Qu'achètent-elles au juste ? L'oubli. La distraction. L'éloignement de ce à quoi la corrida nous rapproche. Voilà donc pour le moment. Oui, pour répondre à votre dernière requête, je vous accompagnerais avec un très grand plaisir à Sevilla jeudi prochain si je suis disponible ce jour-là. C'est la ville de l'extase et de l'ampleur. Comme Grenada est celle de la prière secrète et de la fidélité. Hasta luego. Aaron