21.11.2008

Téhéran

Je suis né dans un monde humain fracturé. Le gouffre qu'on mettait en évidence alors c'était : pays communistes / pays capitalistes ; les méchants / les bons ; les incroyants / les chrétiens. Certains régimes se sont effondrés. Certaines idéologies ont plié le genoux. Un lien commun s'est tissé. Nous sommes devenus con-citoyens, con-sommateurs universels d'un empire qui s'effondre en ce moment-même. Mais je suis à Téhéran aujourd'hui pour me souvenir qu'il s'agit de la première fracture politique d'extrême importance dont j'ai été le témoin. L'ayatollah Ruholla Khomeiny rentre en Iran en septembre 1979. L'image des foules en liesse à Téhéran et la sympathie que j'éprouve pour ce résistant me cachent durant un bref moment l'extraordinaire fissure qui est en train de se réaliser ici. M'importe vraiment peu que l'une des plus anciennes monarchies du monde se soit effondrée. Mais le retour du religieux me déconcerte.

Dans mon pays la libération passait par l'affranchissement du pouvoir temporel de l'Église et voici que des millions d'hommes ailleurs en réclamaient le retour ? Même s'il ne s'agissait pas de la même Église, je n'avais aucune difficulté à reconnaître dans les barbus intolérants, les curés, les évêques, les mâles dominateurs du monde de mes parents et de mes ancêtres.

Téhéran. J'apprendrai un peu plus tard qu'en 1943, alors que la victoire des armées alliées commençait à se dessiner, les dirigeants Churchill, Staline et Roosevelt se sont rencontrés ici - fin novembre et démembrèrent le monde pacifié. Ce que la conférence de Yalta ne viendra que confirmer une fois la guerre finie.