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patience

  • Charlotte - 25

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    Devenir lectrice - 2

    Si on te dit que ça ne coûte rien d'écrire, de peindre, de dessiner, de jouer de la trompette, de la clarinette ou du piano et que les mots... Tout ça, c'est gratuit, que c'est de l'air, que des signes, que c'est du vide. N'en crois rien. Ne va jamais penser ça.

    ...

    Nous, les humains, tous sans exception, sommes des fabricants de signes. Des signes que nous fabriquons avec tous nos sens et que nous percevons par les oreilles, les mains, les yeux, la langue, la peau. Toute notre vie, chacun de nous, ne s'attache qu'à essayer de comprendre et de communiquer... Et si l'un de nous ne pense pas être compris avec les signes anciens, il s'emploie à en fabriquer de nouveaux. Nous sommes déchirés. Rien ne pourra jamais y remédier. Nous voudrions bien saisir : la fidélité, l'abandon, l'exaspération qu'il y a dans les yeux des chiens, des chats, des vaches et des moutons. Mais aussitôt, même en étant de parfaits éthologues, des observateurs impartiaux soi-disant, nous produisons des symboles, des mots, des idées. Pour survivre. C'est notre miel.

    Mon garagiste, Christian, me communique de la sécurité, de la bienveillance, de l'amitié avec les signes qu'il connaît bien. Mes restaurateurs du midi, Nathalie et Tim, c'est du répit (parfois quelques heures de survie), de la chaleur, du partage et de la curiosité. Mes collègues produisent chez moi des défis d'équilibre et d'expertise. Mes voisins, les Véronneau, Alain, Guylaine, Patrick et les enfants c'est de la familiarité, de l'exigence et du respect. Mes copains sans le dire avec des mots, me parlent de confiance, de loyauté et du courage de continuer. Ton papa (il a toujours été facile de l'aimer) me parle du temps, de la patience et du bonheur - même d'un bonheur sépia, qui n'est jamais vain. Mes concitoyens qui me parlent, dans leur comportement de fourmis ces jours-ci, de disparition, de conflit, d'indifférence... Peut-être de la prudence. Qui est peut-être une garantie de survie autant que la passion.

    Passion. Patience. Ces deux mots-là ne se contredisent qu'à première vue.

    Je t'aime, tu n'y peux rien, je t'aime

    Je n'y peux rien.

    Le bonheur serait que tu m'aimes aussi bien sûr.

    Mais je vais être heureux dès maintenant, en espérant sans t'attendre.

    ...

    Elle écrit. Quoi ? Voyez,
    Sa main qui bouge.
    Son beau jeune front penché
    Scrute des pensées qui lui semblent venues d'en haut, d'on ne sait-où.
    Ses longues mèches de cheveux en tombant lui cachent la lumière.
    Elle n'entend pas non plus ce ruissellement de cristal
    Sur sa robe de satin, qui se prolonge sans l'émouvoir
    En fontaine jusqu'à ses pieds.
    Sans laisser de trace et sans bruit,
    Pendant qu'elle poursuit son si doux labeur.

    Charlotte Brontë, Poèmes. (La traduction est de moi).