27 juillet 2008

Enfermement

Pour sortir de l'enfermement : une fenêtre, une porte, un pont, un sentier ombragé, une longue promenade, une main, une tête familière penchée sur le travail, un tintement doux, une voix, un regard tendre, un pommier, une présence dans l'allée verte où tremblent les feuilles, un livre, un souvenir, des souvenirs, un écran, le réel, la confusion ténue, la lumière, le mur troué, la clôture de pierres rondes, le regard du chien, l'être au loin, la distance irréelle, impossible, les fleurs, les fruits, les rencontres, le regard sévère sur soi des juges durant la nuit, l'esprit, les chants, pas de drapeaux, des routes, un couple, l'attente. Des mots fastes.

26 juin 2008

Carte postale

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« Qui nous a retournés de la sorte, que nous

ayons dans tous nos actes, l'attitude

de quelqu'un qui s'en va ? Et comme sur

la dernière colline qui lui montre encore une fois

sa vallée tout entière, il se retourne et tarde -,

tels nous vivons, à chaque pas prenant congé. »

R.M. Rilke, Huitième Élégie

15 juin 2008

L'exil (de celui qui ne va pas loin)

r720no141960m.jpgIl n'y a pas de dessin dans le ciel, pas de carte routière, ni de GPS.

Tu cherches l'enfance, le coin du feu, la maison aimantée

Qui n'a jamais cessé, été éteint, été fermée.

À chaque jour devant cette porte

    qui n'a jamais existé

Tu te trouves... 

 

Mark Rothko, No.14, 1960

07:43 Publié dans Marc | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : poésie

17 mai 2008

La barre du jour

589488162.gifComment parler des fleurs ? Elles sont là autour de moi, elles sont belles, odorantes, toutes pareilles, des promesses que la nature finira par tenir... Autrement. Sur les arbres fruitiers, on dirait qu'elles sont lourdes, qu'elles ont toujours été là. Les branches semblent ployer sous leur poids, et pourtant, au moindre coup de vent, au premier orage, elles cèdent. Elles sont les pays éphémères des voyages d'insectes. Elles bégayent en chuchotant, comme en ce moment, à la barre du jour. Que tentent-elles de dire ? Ou ou ou ou ouais ouais ouais où est le ? Ne finissent jamais la phrase...

 

...

 

La barre du jour. Le beau mot, le beau moment. Mais c'est aussi le nom d'une revue de poésie influente dont les auteurs ont sévit dans mon pays vers la fin de l'autre siècle. Elle eut une fille, La Nouvelle barre du jour... Diable, que je me suis senti différent et exclu du monde en ce temps-là ! Peut-être était-ce leur réaction au baroquisme de Hugo, je n'y avais pas pensé avant aujourd'hui, merci Moukmouk, ou à la verve débridée des hugoliens et des romantiques ? Je soupçonnais moi qu'ils souffraient d'une incapacité, d'une maladie que j'appelais la rétention orale... On a publié dans ces revues des « poètes » subventionnés qui écrivaient par exemple les mots Possibles / transformations sur une page, toute une page, et c'était suffisant. Ils signaient (en caractères gras), obtenaient des bourses et des postes d'enseignants à l'UQAM (Université du Québec à Montréal) et enterraient avec sérieux la parole qui commençaient à jaillir ici. En fait, La barre du jour et sa fille, expriment, le réflexe est courant, une préférence pour la nuit. Ou le refus, dès la première lueur, de voir se lever le jour. Pas étonnant que les institutions approuvèrent.