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  • Solesme

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    Solesme.jpgIl vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l'action. Cela s'appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux. Mais pour un cœur fier, il ne peut y avoir de milieu. Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée. Ce monde a un sens plus haut qui surpasse ses agitations ou rien n'est vrai que ces agitations. Il faut vivre avec le temps et mourir avec lui ou s'y soustraire pour une plus grande vie. Je sais qu'on peut transiger et qu'on peut vivre dans le siècle et croire à l'éternel. Cela s'appelle accepter. Mais je répugne à ce terme et je veux tout ou rien. Si je choisis l'action, ne croyez pas que la contemplation me soit comme une terre inconnue. Mais elle ne peut tout me donner et, privé de l'éternel, je veux m'allier au temps. Je ne veux faire tenir dans mon compte ni nostalgie ni amertume et je veux seulement y voir clair.

    Le mythe de Sisyphe

  • Sousse

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    Je disais que le monde est absurde et j'allais trop vite. Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire. Mais ce qui est absurde c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. L'absurde dépend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un à l'autre comme la haine seule peut river les êtres.

    Albert Camus, Le mythe de Sisyphe.1280px-Sousse_Grosse_Moschee.JPG

  • Sfax

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    SfaxRempart.jpgTout ce que je fabrique, me ressemble. Comment vivons-nous sous les remparts ?

    ...

    Je suis construit - je ne peux pas dire constitué, de telle sorte qu'éventuellement je serai en mesure de cesser de m'acharner sur des représentations de moi-même que je crois partagées, que je veux faire partager.

    ...

    Reconnaître ou abolir l'autre, c'est l'enjeu de toutes mes communications.

    ...

    Entrer dans le sommeil, sortir du sommeil, entrer dans le sommeil, sortir du sommeil ; et heureusement, entrer dans le silence en sortant du sommeil.

    ...

    Une orange, un café, tout à l'heure un peu de miel... De l'amertume, de la chaleur, possiblement un peu de douceur. Voilà le monde que je protège tous les jours, entre le désert et la mer. Voilà, ce qui valait la peine d'être fortifié.

    ...

    Si je vous enlevais vos dieux et les remplaçais par le goût de la recherche, le plaisir du chant, le désir de durer, l'acceptation de la solitude, l'adhésion volontaire au silence, le silence devant les mystères ; vous me reprocheriez de désenchanter le monde ?

  • Santiago, Cuba (2)

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    s,santiaguera s,santiaguera,jose aquiles,santiago,cuba

     

     

     

     

     

     

     

     

     Quand arrive novembre, je pense que ce qui me manque déjà le plus, citoyen du nord - fils de nord-man (des North men), c'est ce qui me manquera jusqu'au printemps...

    La chaude lumière que dégagent les corps.

    01 Santiaguera 1.m4a

    Jose Aquiles.

    photo: www.guije.com / André Bergeron

  • Sermange

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    s,sermanges,colère,trahison

    Je n'y viens pas souvent. J'y viens à contre-cœur. J'arrive ici à reculons pour ainsi dire. Rue de l'Église/Ruelle du Paul. Dès qu'apparaît la maison, le toit, la petite clôture fermée, qui grince depuis mon enfance et qui s'ouvre sur les pensées mauves et les roses trémières derrière le muret, j'ai mal au cœur. Car je sais qu'une fois encore mon espoir et mon attente seront trahis. Je sais que mes propres dons ne seront pas reçus et que je ne serai pas reconnu. Les uns et les autres nous sommes passés dans des mondes parallèles. Je ne les reconnais pas non plus.

    Ces humains qui vivent bien longtemps. Comment cette vie (celle où l'on n'a pas vécu avant de mourir) ne serait-elle pas faite pour eux ? Ils sont installés depuis leur naissance dans la médiocrité et la prudence. Dans l'inaventure. L'égoïsme élémentaire, la curiosité élémentaire, l'orgueil supplémentaire, la connaissance rudimentaire, la communication minimum, le silence primaire. Je suis mal dans cette maison où leur vie beige, grise, carreautée, s'est déposée comme une poussière sur les objets et sur les meubles... N'ouvrons pas les tiroirs où stagnent leurs idées, pliées, repassées, vieilles, endormies, mortes. Qu'ils portent comme des vêtements, sans nuance sur leur épiderme.

    Beige. Gris. De la graine d'éternels conseillers municipaux.

  • Saguenay

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    s,croyance,espritUn Royaume là-bas. Là-haut... Peut-être la source de l'eau ? Disaient ceux qui accueillirent Jacques Cartier lors de son premier voyage sur le fleuve.

    C'était au temps pas si lointain où la terre n'était pas ronde.

    L'esprit humain, enfin, ce qui fabrique le sens, est une région foulée, explorée, connue, dont la géo-graphie est effectuée. Cependant notre isolement, notre solitude, notre incapacité de communiquer avec d'autres êtres intelligents nous contraignent à inventer, à croire, à imaginer.

     Photo : Michel Corboz. J'ai pensé en la voyant au film Aguirre, la colère de Dieu.

  • Saint-Bernard (Grand)

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    Je passe ici pour la première fois. C'est en avril ou en mai. La route est sinueuse. Accrochée à flanc de montagnes. Je file du côté du sommet. Rapide et un peu imprudent. Soudain, à cinquante mètres devant, un éboulement. Que j'évite de justesse. Il n'y a, entre la chute et nous, que deux ou trois centimètres solides. Quelques cailloux glissent au ralenti dans le ravin. Je poursuis. Je ralentis à peine. Trois secondes ? Quatre ? Qui apparaissent dans mes rêves très souvent depuis.

  • Shalimar

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    Shalimar_gardens.jpg

    Être né quelque part... Non loin d'ici par exemple. En temps de paix. Où les arbres, les fruits, les rencontres et l'eau sont abondants. Et grandir et puis vieillir dans l'orbe d'une pensée millénaire et sans rupture. Ne pas savoir ce que le nom de son jardin désigne ailleurs. Je m'appelle Sati, je suis le fils de Sati et j'ai quarante-douze ans. Je suis le jardinier, un des jardiniers de cet endroit qui se trouve à moins d'un kilomètre de la maison où je suis né, où j'habite aujourd'hui avec femme et enfants. Je sais que le monde est vaste. Mais je n'arrive pas à m'éloigner du parc, de la fontaine, des poissons dans le bassin nourris des miettes de pain, des montagnes qui nous enserrent et qui me retiennent. J'ai aimé chaque instant de ma vie jusqu'à présent. Je n'aime pas tous les gens de mon village. Heureusement. Car comment saurais-je qui j'aime, si je les aimais tous ? J'aime la plupart des êtres humains que je côtoie.

  • Sabra et Chatila

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    s,liban,freudSi je ne cède pas à une pulsion scopique en tentant de graver une telle image dans mon esprit, qu'est-ce que je fais au juste ? Sabra et Chatila restera une page vide, un écran blanc de neige ?

    Je pense à un accident qui s'est produit non loin de chez moi il y a quelques années. Une conductrice d'autobus scolaire (une camionnette en réalité) a été distraite une seconde ou deux par un des enfants près d'elle. Le véhicule porté sur la gauche. Happé par un camion qui venait. Tous les enfants sont morts. Mais pas elle.

    Comment arrivons-nous à contempler l'horreur sans être terrassés ?

    Je ne sais pas. Mais je sais que nous parvenons à le faire.

  • Suez

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    - Comment se fait-il que tu t'intéresses à ces choses ?, lui ai-je dit. Tes études, ton expérience professionnelle ne sont pas dans ce domaine. Alors comment saisis-tu de façon aussi précise ce qui provoque le déséquilibre en nous ? Comment arrives-tu à cerner si justement la cruauté de ce qui nous manque ?

    - Te souviens-tu du personnage du jeune garçon dans le film Le sixième sens ? On pourrait dire que je vois, comme lui, des gens qui sont morts et qui ne le savent pas...

  • Sissili - Burkina Fasso

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    Léo - Burkina Fasso.jpgPlace du marché à Léo.

    Ici, les tomates, les petits oignons verts (qu'on appelle au Québec les échalottes), les fèves, des haricots, des pois séchés de toutes sortes, quelques herbes odorantes, les petites aubergines, les poivrons, les courges - les petites qu'on appelle les pâtissons. Tout ceci. Et l'air à la fois joyeux et indifférent des filles. La couleur de la robe de celle qui tourne le dos à la caméra, les paniers derrière elles et le mur sale près de la terre, le ciment (ou est-ce la terre qui est rose ?). Des choux, des gousses d'ail et quelques morceaux de charbon de bois. Tout ce temps gratuit entre les ventes. Et l'humanité n'inventerait pas Dieu ?

  • Solme (Sariwon, Corée du nord)

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    « Chère amie, dehors, en marchant je vous écris les plus belles lettres ; ici, à la maison, je gèle et ne suis qu'un décevant pédant en butte à mille choses négligeables et honteuses, je me borne à le constater et me garderai bien de vous entretenir à ce sujet. - Ce qu'il y a à dire plutôt (hélas, rien ne saurait l'exprimer) c'est combien tout ici se passe dans l'extraordinaire, dans le plus-grand-que-nature, je ne puis concevoir comment peuvent se l'expliquer les gens à qui tout ceci ne fut point imposé de façon aussi pure, aussi absolue, aussi indubitable - je veux dire : ce pour quoi ils le tiennent, comme ils l'acceptent, ce qu'ils en font intérieurement. [...] »
    RM Rilke, à Marie de la Tour et Taxis, le 13 novembre 1912
  • St-Joseph-de-la-rive

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    «I have press'd through in my own right,

    I have sung the body and the soul, war and peace have I sung, and the songs of life and death,

    And the songs of birth, and shown that there are many births. »

    Walt Whitman, So Long !